Niché à Pikine au cœur de l’un des cinq départements de la capitale Sénégalaise, à la rue X 10, près de la mosquée « Nank-Nank », l’organisation non gouvernemental (ONG) Juddu, a vu le jour au Sénégal en 1989.
Intervenant dans la prise en charge des enfants défavorisés, la structure joue un rôle incontournable dans l’avenir, et le devenir de ces derniers.
C’est un reportage de Dame Diop
Devant la porte du siége de Juddu, s’installe notre guide. <<Venez c’est ici, prenons les escaliers. C’est au troisiéme étage>>, nous a ainsi accueilli Firmina Lopez, l’une des pensionnaires de la structure. En empruntant les escaliers, c’est un silence plat l’on observe. Mais plus on avance dans l’édifice, plus on entend des voix s’élever. Ce sont celles des élèves qui ont réussi leurs examens. De l’autre côté, s’invitent à l’ambiance, parents d’élèves et personnel. Au niveau du couloir, sur un tableau accroché au mur, se tient Bernadette, une nouvelle bachelière. Elle observe les photos comme pour faire ses adieux, pointant du doigt la sienne. « Je suis là, lance t-elle toute joyeuse. »

Un instant, nous apercevons quelqu’un bruyamment. Notre interlocuteur nous balance »tient voilà ,c’est lui le Directeur général de Juddu ». Avançant à petit pas, il nous présente à lui. « Bonsoir ! Soyez les bienvenus », nous souhaite-T-il, avant de se présenter à nous. C’est Bathie Mboup directeur de l’Ong Juddu au Sénégal ».
Éreinté après une journée de durs labeurs, Mboup oublie sa fatigue à l’évocation d’un entretien les enfants pris en charge par Judu.
L’humilité semble être au rendez-vous. En Lacoste noir, rehaussé d’une bande de couleur blanche au niveau de la poitrine, l’écorce d’ébène, la paire de lunettes bien vissée, le directeur de l’Ong nous accueille dans son petit bureau orné de rideaux beiges. Devant lui, un ordinateur de type portable et son unité centrale participent au décor.

Parlez nous de l’ONG Juddu, lui avons nous dit. Très émoustillé, il expire profondément avant de lâcher : « L’ONG Juddu a été créée en 1989 par un sénégalais du nom de Jean Marie Edmond Dasilva plus connu sous le nom de Jeano. Sa non scolarisation car issu d’une famille défavorisée est en fait ce qui l’a animé à mettre sur pied cette structure d’aide. C’est très tôt que Jean Marie Edmon Dasylva a connu le voyage. Il est parti en Belgique à l’âge de 14 ans, faisant face à d’énormes difficultés parce qu’il n’avait pas fait des études. Il voulait intégrer certaines entreprises mais son défaut de scolarisation était la barrière entre son ambition et lui. Et, en vrai enfant de la banlieue, Jean Marie s’est battu corps et âme pour réussir sa vie », nous explique d’emblée le directeur avant de poursuivre. « Entre 1987 et 1988, des amis belges à Jean Marie ont, durant leurs vacances, foulé le sol Sénégalais. Découvrant le pays, ses amis furent impressionnés, par le nombre d’enfants qui étaient dans les rues aux heures de cours, parce que le système d’alors, était celui du double flux. C’est-à-dire qu’il se constituait de deux groupes. L’un qui allait à l’école le matin et l’autre le soir. Quand on leur avait expliqué cela, ils étaient ébahis, et se sont demandés ce qu’ils pourraient faire afin d’améliorer la situation scolaire de ces enfants. De retour en Belgique, ils ont continué à s’entretenir avec Jean Marie de leur projet. Sachant que l’éducation est l’arme la plus puissante pour développer un pays, Jean Marie leur a rétorqué que la seule chose qu’il était possible de faire était d’aider ces enfants à intégrer les meilleures écoles de Dakar, afin qu’ils puissent préparer leur avenir. Et c’est ainsi qu’est né Juddu, reconnue aujourd’hui comme une ONG au Sénégal et une Asbl (association sans but lucratif) au niveau de la Belgique. Jean Marie est décédé en 2006 », relate le directeur de Juddu.
Ainsi, selon M. Mboup, de Dakar à Belgique, naquit l’Organisation Non gouvernemental Juddu qui signifie naissance en français. À ces débuts, la structure prenait en charge quelques trente individus. Mais avec le temps, la donne a changé. Aujourd’hui, Juddu assure la scolarité de plus d’une centaine d’enfants sous bon encadrement.
Des Conditions d’accès sous haute enquête
L’intégration à la structure n’est pas chose aisée. Selon son directeur, il est impératif que le nécessiteux « soit orphelin de père, de mère ou des deux. Ou alors qu’il soit dans une condition défavorisée. <<Une fois la candidature déposée, nous effectuons ce qu’on appelle une enquête sociale auprès des familles. Si nous avons cent demandes nous les soumettons à cent enquêtes juste pour nous assurer que les dires des candidats sont avérés C’est donc à l’issu de ces enquêtes sociales que nous organisons des tests de niveau pour voir qui, parmi ces enfants qui sont déjà à l’école détiennent une certaine capacité à réussir dans les études. Après cela se pose un entretien physique qui se fait avec chaque enfant dans le but de les tester intellectuellement et détecter les capacités de ces derniers. Et enfin vient la sélection qui respecte bien évidemment les critères surtout sociaux. Voilà comment procède l’Ong », détaillé-T-il. Et il ne s’arrête pas à ce stade de la vie scolaire des écoliers sélectionnés. Après le Baccalauréat, l’Ong continue la prise en charge de l’éléve. La structure leur paie une formation d’au moins trois ans pour leur faciliter leur intégration dans la vie professionnelle.
Des performances à la hauteur de l’engagement.
A Juddu, après les cours, un personnel d’enseignants rompu à la tâche est mis à la disposition des élèves. Ce, pour l’obtention des resultats favorables. L’année précédente (2020), la structure a obtenu 100% de réussite aux examens, même dans les classes intermédiaires. <<Et pour cette présente, les résultats de façon générale sont satisfaisantes. Pour le Certificat d’Entrée en 6éme nous avions 11 candidats qui ont tous réussi. Au BFEM, sur les 10 candidats, 9 ont obtenu le diplôme. Au BAC, ils étaient 10. Parmi eux 7 ont réussi et deux ont eu la mention assez bien. Et concernant les classes intermédiaires nous avons eu au moins 95% de réussite » se réjouit le directeur Mboup.
Reconnaissance des parents et pensionnaires à l’endroit de Juddu
L’entretien avec le Directeur général de Juddu, Bathie Mboup, ancien pensionnaire de la structure qui, depuis 14 ans a trouvé nécessaire de rendre à son Ong bienfaitrice la pièce de sa monnaie a duré une demi-heure.
Nous faisons feetback et croisons de passage un parent d’élève. Elle se nomme Khady Kane et est la mère de Ndeye Awa, fraîchement bachelière. « Je suis émue. Mon enfant a fréquenté cette structure depuis tout jeune. Aujourd’hui, elle a réussi grâce à Juddu », dit-elle.
À côté d’elle se tiennent, de la gauche vers la droite MENDY Bernadette ( bachelière) BA Ndéye Awa ( bachelière ) WADE Ddjiky Abdou Khadre breveté (BFEM).

Immersion à la salle de réunion.
C’est une entente incomparable qu’on constate à la salle. Parents d’éléves et personnel échangent conjointement. Tandis qu’on aperçoit Mboup inscrusté entre ses candidats heureux. Ils sont réunis en effet pour discuter de l’avenir des pensionnaires qui ont réussi leurs examens.

Maintenant, direction l’appartement de mère Diagne, plus connue sous le sobriquet de Mame Boy(grand-mère) comme l’appellent affectueusement les enfants. En effet, c’est elle qui gère la cuisine. Malgré son vieil âge, mère Diagne met tous ses efforts pour servir de bons plats aux enfants. Elle les adule sans conditions . »Je ne fais pas de distinction entre mes propres enfants et eux. Je ne vis pas avec mes enfants, donc je les ai (pensionnaires) à mes côtés. Je n’attends rien en retour, encore moins de paiement. Je le fais par amour. Bathie est trés gentil avec les enfants. Je me dois de l’être également>>, déclare mère Diagne. Elle s’empresse dans la foulée, à nous montrer le diplôme de reconnaissance que lui a décerné Juddu. « Regardez pointe-t-elle du doigt, j’ai été Honorée. Je remercie le bon Dieu », souffle dans un élan de grâces.
Financements, location, école de devoir..
À titre de reconnaissance, pour service rendu à la nation, l’ONG Juddu devait être portée à la connaissance de l’opinion publique. Mais tout porte à croire que la structure est amenuisée par les autorités. Pourtant, de 1989 date de sa création à nos jours, Juddu a pu former plusieurs générations dans tous les secteurs d’activités sans l’aide de l’Etat du Sénégal.
Après 33 ans d’usage de fonds propre, l’ONG exprime sa profonde souffrance mais ses appels à l’aide semblent inaudibles. Son directeur au Sénégal fait savoir qu'<<après 33 ans d’existence nous sommes (Juddu) toujours en location. Ce sont des partenaires belges et luxembourgeois qui s’occupent des dépenses. Parce que depuis un certain temps, Luxembourg Juddu a été créé. Ils financent de ce fait, le projet, prennant donc tout en charge : la scolarité des enfants, les salaires, le loyer entre autres. Jamais il n’y a eu de dons de la part de personnalités du Sénégal sauf deux qui en avaient fait pour la prise en charge des enfants il y a trois ans. C’étaient le Pr Daouda Ndiaye et Cheikh Ahmed Tidiane Thiam DG des ressources humaines d’ageroute. Nous avons pourtant rédigé des correspondances au niveau de nos Ministères de tutelle, à la fondation Servir le Sénégal, aux collectivités locales, mais sans retour positif. C’est vraiment décevant que ce soit des étrangers qui investissent à 100% pour un projet d’une telle envergure. Un projet qui prend en charge des enfants Sénégalais dont la réussite sera en même temps celle de leur pays puisqu’ils vont y investir. Je pense que les autorités devraient au moins aider cette structure à pouvoir se développer », se désole Mboup le directeur.
Construction d’une école de devoir .

Difficile à croire mais vrai. Pour la construction d’une école de devoir pour la prise en charge des pensionnaires de Juddu dans les normes souhaitées, deux jeunes de 17 ans ont lancé une collecte de fonds en Europe. Il s’agit de Isidore et Guillaume Swing.
Dans un article rédigé par le journal Mywort, dans sa parution de ce jeudi 26 août il est écrit : Après avoir réussi l’exploit en 2020 de rallier Arlon à Knokke à vélo en passant par les 10 chefs-lieux de provinces belges, Isidore et Guillaume Swing, deux jeunes arlonais de 17 ans se remettent en selle pour traverser la France, de Marseille à Mondercange au Luxembourg, avant de rejoindre Arlon. Leur objectif : récolter des fonds pour la construction d’une école au Sénégal.
Le 18 août, Isidore et Guillaume ont quitté Marseille à bord de leurs vélos pour réaliser un exploit sportif de près de 1100 km incluant l’ascension du mythique Mont Ventoux. Comme en 2020, les deux jeunes pédalent sous le patronyme « D’un bout à l’autre » afin de financer la construction d’une école à Pikine dans la banlieue de Dakar via l’association belgo-luxembourgeoise Juddu dont le siège Luxembourgeois se trouve à Mondercange « .
Après ce long parcours à la recherche de fonds de financement, les deux héros Guillaume Swing et Isidore vont terminer leur tour ce dimanche 29 août 2021.
Tel: 775020426
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Site web:www.juddu.org

