La fête de la korité s’annonce difficilement, au niveau de la sape cette année. Les ateliers de couture roulent au ralenti. Problème de conjoncture, manque de moyens, les causes de cette situation ronge les esprits. Dépassés, certains tailleurs se sont retrouvés à faire du crédit.
Les couturiers se désolent de cette situation, et les femmes alors ? Elles qui sont toujours partante pour de nouveaux habits. Elles pour qui, une jolie confection arracherait un sourire et les mettrait de bonne humeur.
Au marché HLM, l’ambiance montre que la Korité est à l’horizon. Le mois de Ramadan ne constitue pas un frein au retentissement de la musique. Les vendeurs sont au cœur de l’ambiance. Entre leur ‘tassou’, les notes de musique s’échappant des baffles, les cris, éclats de rire, et marchandage à haute voix des clientes, l’on a l’impression de sentir difficilement ses oreilles fonctionner.
A les voir, le regard si pétillant, s’emballant pour des choses, aussi minimes soient-elles, l’on ne pourrait s’empêcher de croire qu’elles vont dévaliser le marché. Comble de surprise, ceci, est loin d’être le cas. Amadou Gueye, tailleur au marché hlm en atteste : « La plupart d’entre elles se promènent. Elles voient quelque chose qui leur plaît, font le marchandage, et au finish, repartent bredouille, » avance-t-il la mine reflétant une visible incompréhension.
Pour cette année, elles sont nombreuses à avoir porté leur choix sur les boubous tout fait. Oumar l’a compris. Dans son atelier, ce qui frappe en premier, ce sont des habits, de styles différents exposés de telles sortes qu’ils ne puissent, échapper à l’œil. « Je n’ai reçu que très peu de commande cette année. Les quelques rares femmes qui viennent s’intéressent aux habits déjà confectionnés ». Ce que confirme Binette, la vingtaine, en plein marchandage avec Amadou. Elle avance que ces prêts à porter, sont moins chers.
D’aucunes se sont résignées. Toutefois, elles n’entendent pas mettre leurs enfants dans cette même posture, autant recourir à des sacrifices. C’est le cas de Ndeye Fatma, la quarantaine, rencontrée dans un atelier à Gueule-Tapée : « J’ai endossé une dette pour faire plaisir à mes enfants. Rien que d’imaginer leur sourire, leurs yeux s’illuminer, quand ils verront leurs habits, je ne puis éprouver le moindre regret. Ils sont habitués à porter du neuf à chaque fête musulmane. Nous qui sommes adultes, nous pouvons supporter certaines choses. Les enfants, non ! Cela fait maintenant quatre ans que je ne suis pas allée chez un tailleur pour mon propre compte. » En disant cela, l’on s’attend sans doute à une mine triste, ou désolé. Mais, hormis la fierté et le bonheur qui se lit sur son visage, l’on ne voit que son empressement à présenter ces cadeaux aux enfants.
Arona du marché hlm, précise que cette situation s’est retournée en aubaine pour celles qui attendent leurs confections. Car, les commandes ne traînent pas. « Nous arrivons à respecter les délais donnés. Remarque, nous n’avons pas grand-chose à faire. S’il y a une chose susceptible de nous retarder, et nous faire passer outre notre parole, ce sont les coupures intempestives d’électricité, » tonne-t-il.
« Je confectionne des boubous à crédit »
La solution de Khalifa le maestro, comme le surnomme ses clientes, témoigne de la conjoncture qui sévit dans ce pays. Son atelier de couture était d’habitude, bondé de monde. « Je n’ai jamais fait face à pareil cas. Mon atelier était couru, car, je maîtrise mon art et je sais répondre aux attentes de mes clientes. Mais cette année, c’est la dèche, au sens propre du terme, » explique-t-il, la voix enrouée. Au point où il en est, Khalifa confie qu’il a appelé ses clientes assidues, afin de s’enquérir de la situation. « Je voulais savoir les raisons qui les empêche de solliciter mes services, comme elles le faisaient à chaque occasion. » A cela, ses clientes ont presque toutes évoqué, la cause du manquement, des dépenses exorbitantes faites durant le Ramadan, ainsi que d’autres charges supplémentaires, a affirmé Khalifa. « J’ai accepté volontiers de coudre les vêtements de mes fidèles clientes à crédit. » Sans doute, la question de ses charges trottera les esprits. A cet aspect, il répond : « C’est exactement parce que j’ai des charges que je me suis retrouvé forcé de recourir au crédit. Si je n’ai pas assez de commandes, je ne pourrai pas régler mes dépenses. Alors autant prendre le risque. Espérant qu’elles vont solder leurs comptes assez tôt. »
Avec toutes ces difficultés soulevées, les marchés tels que Colobane, et HLM, bien approvisionnés en tissus, ne désemplissent pas pour autant. Même si, par rapport aux années précédentes, l’on note une présence moins accrue. Les vendeurs y restent jusque tard dans la nuit. Et les clientes y vont à n’importe quel moment, surtout, après la rupture du jeûne. Sans doute, nourrissent-elles encore espoir ?

