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Locales 2022 : Le contenu de la charte de non-violence soumise aux acteurs sociaux et politiques

Comme annoncé, le cadre unitaire de l’Islam au Sénégal (Cudis) et la Plateforme Jammi Rewmi ont tenu mardi 12 janvier à Dakar, la cérémonie de signature de la charte de non-violence soumise aux acteurs politiques et sociaux du pays. Dans le Préambule, les initiateurs soutiennent que dans un contexte de grande fragilité sociale et économique exacerbée par la pandémie de la Covid-19, la Nation court le risque de voir s’aggraver la crise politique et de rejoindre le peloton de certains pays de la sous-région dont les perturbations politiques ont fini par générer des coups d’État et des remises en question de leurs équilibres ».

Le Sénégal est un pays où la culture de paix et le vivre ensemble ont des fondements solides bâtis sur l’ouverture à l’autre, le métissage, la parenté à plaisanterie et la lumière de la foi. Nos actions et nos comportements s’en inspirent tout au long de notre histoire.

Conscients de leurs rôles légendaires de régulation sociale, de consolidation et de transmission des valeurs qui fondent le Sénégal au-delà de nos différences, les khalifes généraux, le Clergé catholique, ainsi que la société civile, avaient lancé un message à la communauté nationale dans un contexte de violence inédite en mars 2021. L’appel à la paix, une aspiration constante du peuple sénégalais, avait trouvé un écho favorable auprès de toutes les couches de notre société.

Lors des événements religieux récents, ils ont réitéré les appels à renoncer à la violence et à respecter les règles de bonne conduite dans les compétitions politiques qui se profilent à l’horizon,

Au demeurant, dans un contexte de grande fragilité sociale et économique exacerbée par la pandémie de la Covid-19, la Nation court le risque de voir s’aggraver la crise politique et de rejoindre le peloton de certains pays de la sous-région dont les perturbations politiques ont fini par générer des coups d’État et des remises en question de leurs équilibres. Devant de telles menaces, les acteurs politiques doivent être capables de se retrouver autour de l’essentiel pour les intérêts supérieurs de la Nation.

Les impacts sociaux et économiques de la pandémie de la Covid-19, notamment l’accentuation de la pauvreté et la destruction d’emplois et d’activités, se sont rajoutés au désespoir des jeunes, à la dépravation des mœurs et au grand banditisme. Ce contexte interne si inflammable invite à l’esprit de dépassement et à la préservation de la cohésion nationale qui constitue un legs acquis par le sang et par la sueur de nos valeureux ancêtres.

Face aux menaces en cette période préélectorale, les acteurs politiques et sociaux doivent être capables de se retrouver autour de l’essentiel pour les intérêts supérieurs de la Nation.

La responsabilité de tous les acteurs est décuplée surtout après les événements du mois de mars qui ont occasionné quatorze morts et des centaines de sénégalais blessés. La violence extrême observée à cette occasion avait surpris tous les acteurs de la société quel que soit leur camp. Cette violence présentait des risques de basculement de notre cher pays dans les affres de l’inconnu.

Un tel contexte invite à l’esprit de dépassement et à la préservation de la cohésion nationale qui constitue un legs acquis par le sang et par la sueur de nos valeureux ancêtres.

La non-violence n’est pas de la naïveté, de la faiblesse ou de la lâcheté, mais un choix philosophique, culturel, politique et stratégique payant. La non-violence a une profondeur historique et un sens moral profond dans notre pays, même dans des contextes autrement plus dramatiques et plus contraignants. Quels que soient leurs divergences et leurs différends, le dialogue et la concertation entre acteurs doivent prévaloir pour éviter que les logiques de confrontation violente ne prennent le dessus sur la clairvoyance et l’esprit chevaleresque. La non-violence doit constituer un impératif sans réserve et un viatique à prendre en compte à tout instant et surtout lors des compétitions électorales à venir.

Les acteurs et actrices politiques et sociaux, conscients de leur responsabilité historique et directe dans la préservation et la perpétuation de la paix et de la sécurité dans ce pays, aujourd’hui et demain, s’engagent par cette Charte à œuvrer pour la non-violence avec le soutien de tous les chefs religieux et des citoyens.

La Charte de non-violence invite le chef de l’État à toute action et posture visant à renforcer le respect de l’état de droit et de l’indépendance de la justice.

La Charte de non-violence requiert que le Président de la République, chef de l’État, garant du bon fonctionnement des institutions et de la qualité de la démocratie, mette en place les conditions d’une compétition électorale transparente, inclusive et sans contestation (publier le décret pour la mise à disposition du fichier électoral conformément à l’article 49 du code électoral et assurer la distribution transparente des cartes d’électeurs).

La Charte de non-violence recommande à l’État de mettre en œuvre tous les moyens mis à sa disposition par le peuple sénégalais pour assurer la sécurité individuelle et collective des citoyens avec les mécanismes et les dispositifs consacrés par la République.

La Charte de non-violence engage l’Etat à continuer de garantir, conformément à la Constitution et aux règlements en vigueur, les droits de manifestation, notamment la marche pacifique et le droit de la marche, l’obligation du respect de l’itinéraire et de la durée de la marche, l’encadrement de la réponse de l’autorité administrative dans un délai raisonnable en cas d’interdiction.

La Charte de non-violence recommande fortement à l’endroit de la classe politique, des acteurs sociaux et de l’autorité étatique la prise de toutes mesures allant dans le sens de la décrispation de l’espace politique (dialogue pour répondre aux préoccupations individuelles et collectives).

La charte engage l’opposition, la majorité et les acteurs sociaux à rejeter « la logique de l’affrontement qui conduit au pire » en s’engageant à « s’écarter publiquement de toute personne ou groupe de personnes, qu’il soit du pouvoir, de l’opposition ou des mouvements citoyens ou de la société civile, qui par l’acte ou la parole, susciterait ou encouragerait la violence et la haine.

La Charte exhorte les médias et réseaux sociaux à appuyer la dynamique de non-violence en informant en toute responsabilité, dans le respect des règles de l’éthique et de la déontologie de leur profession.

La charte de non-violence est accompagnée d’actions d’observation, de monitoring de la violence et, au besoin, de facilitation afin d’assurer l’implication des citoyens dans le processus politique et leurs contributions aux efforts conjugués de consolidation de la paix et de promotion de la non-violence dans notre pays.

Les chefs religieux garants de la stabilité et de la paix sociale recevront cette présente charte et contribueront à assurer le respect des engagements pris par toutes les parties.

Engagements des signataires

Je soussigné Mr/Mme, …engage notre collectif / organisation à :

  1. adopter la non-violence comme principe et pratique de notre action politique conformément à l’appel des autorités religieuses et de la société civile.
  2. ne pas attenter à la paix et à la convivialité par des attaques personnelles, des violences psychologiques, physiques ou armées.
  3. ne poser aucun acte et ne proférer aucun propos pouvant menacer les fondements du vivre ensemble ou favoriser la haine et les conflits religieux, ethniques ou communautaires.
  4. travailler à renforcer l’unité et la concorde nationales, et à privilégier le dialogue pour surmonter les conflits et différends politiques.
  5. contribuer au renforcement et à la perpétuation de l’État de droit, à la dignité des institutions, au respect des règles du jeu et des acquis démocratiques de notre pays.

Lieu et Date

Signature

A propos de l'auteur

Mame Khary Leye