Deux ans après son inauguration, le Musée des civilisations noires abrite un espace consacré aux œuvres de Cheikh Al Islam El Hadj Ibrahima Niasse, des suites d’une demande récurrente des visiteurs. « Ils veulent connaître l’histoire de Cheikh Ibrahima Niasse » confie El Hadj Ndiaye de la Zawiya Tidiania de Dakar Plateau lors de la cérémonie d’inauguration de l’espace ce mardi 8 décembre 2020.
Respect des mesures barrières au MCN
Pour avoir accès à l’intérieur, il était impératif de présenter une accréditation pour les journalistes ou invitation pour les visiteurs.

Tout juste à l’entrée, un autre dispositif est mis en place, pour le contrôle des masques,en raison de la pandéme de coronavirus. En effet, trois autres agents assuraient le contrôle, suivant une chaîne bien organisée. L’un tient une bouteille de gel, l’autre un thermo-flash et le dernier est chargé de tout faire passer sous la machine scanner (montre, portable, portefeuille, clés entre autres).
A trois mètres de l’entrée, un autre agent en civile se tient. « Nous voudrions visiter l’espace réservé à Baye Niasse lui avons nous dit. Très accueillant, « prenez l’ascenseur, c’est au deuxième étage », nous indique-t-il.
De fait, des agents, y’en a partout dans le musée, les uns en civile et d’autres en tenue. Devant la porte de l’ascenseur, un autre chargé du contrôle de surnombre nous avise : « l’ascenseur prend un nombre limité. Soyez 20 dedans « nous dit-il.
Arriver devant le grand portail, des groupements de 10 personnes se formaient à compte goutte ,psalmodiant les écrits du Cheikh en chœur;mélodique, doux et plaisant. Ils n’étaient pas trop difficile de reconnaître les initiés. Ils pouvaient être distingués de par leur port vestimentaire : Bonnet bien serré chapelet en main assorti de leurs habits traditionnels de l’orthodoxie gnostique.
Une heure plu tard, la grande salle, où sont exposées, les œuvres des hommes religieux du Sénégal est ouverte. Un agent nous accueille puis renseigne « l’espace Cheikh Al Islam Baye est à gauche.

Dans l’espace réservé à Cheikh Ibrahima Niass, on aperçoit d’emblée un tableau blanc avec des écritures noires, sur lequel est mentionné « Ce vingtième siècle est parcouru par un courant de liberté et de nationalisme que rien ne saurait arrêter. Par conséquent tous les pays seront gouvernés par leurs populations qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes ou communistes. Et les peuples sont plus forts que les gouvernements. Quoi qu’il en soit ,l’ère du gouvernement d’un pays par des étrangers est à jamais révolue. Donc l’Afrique aux africains « , fin de citation El hadj Ibrahima Niasse.
Eveil de conscience!
Dans la citation ci-dessus, Baye Niasse fait référence à la négritude ,mais pas comme celle créée par le poète et homme politique français Aimé Césaire (1913-2008) ,pour se placer du côté du ressenti des personnes de couleur noire et pour s’approprier la meurtrissure infligée par l’Histoire.
En revanche, c’est au-delà de cette idéologie. La négritude qu’incarnait le Cheikh, ne se limite pas sur les écritures ou dénonciation, elle met en exergue la prise de responsabilité de l’homme noir dans son propre territoire, d’où la fin de la citation l’Afrique aux africains. Pour répondre, face aux détracteurs de l’islam, qui à l’époque avaient au travers un article acerbe et malveillant, manqué de tolérance vis à vis de l’islam et des musulmans de l’Afrique noire. Plus de dirigeants étrangers chez nous (africains). L’alternance était le maître mot.

Ainsi, « la réplique de Cheikh Ibrahima Niasse ne manqua-t-elle pas de susciter l’admiration de grands intellectuels, en raison de la portée pana-africaine de son discours. Ce qui amena l’ancien président du Conseil, Mamadou Dia, à suggérer l’inscription de « l’Afrique aux africains au programme d’enseignement des écoles sénégalaises. Or ,au-delà de l’exclamation revendicative bien justifiée. C’est surtout la tolérance, le respect de l’autre ,et de la différence que nous professe le Guide religieux, comme gage de la stabilité du Dialogue fraternel entre les hommes, dans l’acceptation de leurs croyances respectives », lit-on sur la première de couverture du livre intitulé « l’Afrique aux africains » dont l’auteur est Cheikh Al islam El Hadj Ibrahima Niasse.
Dans l’espace Baye Niasse au musée des civilisations noires ,dans une cage en verre est exposé un des manteaux du Cheikh. Il est de couleur marron ,accroché sur un porte-manteau ,avec une écharpe blanche, rappelant le port vestimentaire légendaire du Cheikh. Juste à coté d’une autre cage, babouches et éventail de Cheikh al Islam y sont soigneusement exposés. A coté de la cage qui contient babouches et éventail du Cheikh, une plaque d’ardoise de bois sur laquelle sont dressées des écritures arabes est exposée également dans une autre cage en verre.

Cheikh Al Islam rayonne au musée des civilisations noires!
Fourré dans un grand boubou blanc bien tissé à la poitrine de files dorées ,assorti d’un bonnet nigérian El Hadj Ndiaye Mouhadam (guide) se réjouit de l’exposé : « Je remercie le bon Dieu dit-il. Ensuite, poursuit-il, nous nous joignons à nos vaillants guide pour magnifier l’événement, malgré le retard accusé. L’important était d’exister, ou coexister parmi ceux qui sont là (autres guides religieux dans le musée). Aujourd’hui c’est chose faite grâce à Dieu. Je rends hommage à une grande dame, une fille de Cheikh Ibrahim. Qui il faut le reconnaître, le nord lui revient en grande partie. Au commencement, c’est elle qui a eu confiance moi(Cheikh Ndiaye) en m’appelant pour m’informer effectivement, de la vacuité de la famille Niasse dans l’espace du musée. C’est à dire ,tout ce qui était Niasse était vide .Et depuis qu’elle m’a dit ça ,j’ai considéré que, c’était une mission dont je venais d’être assigné. Je me suis battu donc ,corps et âme avec effectivement l’aide de Cheikh Mady ,et d’autres pour en arriver là », allègue-t-il.
Dans la même vaine, El Hadj Ndiaye de la Zawiya Tidiania de Dakar Plateau parle de l’importance de l’espace Baye Niasse sur le plan diplomatique « Les autorités du musée ont estimé qu’en réalisant un espace réservé à Baye Niasse, serait pas pour le compte de Médina Baye ni du Sénégal. Mais en vérité c’est pour la vulgarisation du musée. Parce que, les visiteurs étaient de cesse, si nombreux à réclamer ou à s’interroger sur l’absence de l’espace Cheikh Ibrahima Niasse, à tel enseigne que, ils en sont arrivés à considérer que la réalisation de cet espace est fait en réalité ,pour rehausser le blason du musée. Et que par conséquent on a collaboré la famille et les autorités du musée à travers des organes ou des manifestations ultérieures pour que effectivement, l’image du musée soit relayée.

Pour conclure ,El Hadj lâche une information de taille vérifiable « Dans le monde entier, les chaussures du Prophète (Psl), on en trouve nulle part ailleurs que dans deux pays. La Turquie et vous serez surpris que le deuxième pays, c’est le Sénégal. Il n’y a même pas en Arabie Saoudite. Mais où au Sénégal? s’interroge-t-il. La chaussure du prophète Muhammad est gardée minutieusement à Médina-Baye. La canne de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif est également à Médina. Donc la musée a forcément besoin de Medina Baye pour sa promotion mondiale ».
A l’issue de cet événement fils, petits fils et adeptes du Cheikh, ont manifesté immensément leur joie. « Je m’appelle Madiam Araby Niasse, je suis une petite fille de Zeyda Khady Faty Niasse fille à Baye Niass. Je suis venue aujourd’hui comme tout bon disciple au musée des civilisations noires à l’inauguration de l’espace Baye Niasse. C’est grandiose pour moi. Parce que la dimension de Baye Niasse n’est plus à démontrer au Sénégal, voire internationale. Si aujourd’hui on réserve un espace à Baye Niasse ça va sans doute nous procurer de la joie. Et nous prions que le grand public ait accès aux œuvres de notre vénéré Cheikh », a ainsi parlé cette petite fille de Cheikh Al Islam El Hadj Ibrahima Niasse.

