Le jour s’est levé ce mardi 13 février tel un arc-en-ciel au milieu de la pluie. La journée se dessine, colorée. Déjà, le soleil darde ses premiers rayons. La fraîcheur de ces derniers jours se fera moins sentir aujourd’hui.
En allant au travail, l’on tombe sur un enfant déguisé comme pour aller à un bal masqué. Puis un autre, puis un autre. On est où là ? A Rio ? Se pose-t-on à force. L’esprit vacille un peu. Ah d’accord, c’est mardi-gras.
Ironiquement, nombreux sont les gens qui se remémorent ce jour grâce aux enfants. On ne peut pas les rater. Le charme de cette fête, c’est eux qui le font, lui conférant de la couleur, du peps. Téméraires, certains passants les applaudissent, ou leur jettent un compliment. Ils volent la vedette aux chrétiens amoureux de la tradition. Toute l’attention est portée sur eux. L’on en viendrait même à oublier qu’elle marque le début des privations chrétiennes.
Chez les petits des écoles privées catholiques, mardi-gras est une tradition de la plus grande importance. Il est 9h30 à Anne Marie Javouhey. Les enfants affluent parfois par petits groupes, parfois seuls avec leurs accompagnateurs. Certains déguisements sortent tout simplement de l’ordinaire, faisant ressortir les fantasmes des enfants. Pour quelques heures, les petites filles veulent donner vie à leur rêve d’être une princesse, une fée, une sirène. Les garçons, à incarner les acteurs de leur dessin animé préféré.
A l’entrée de l’école, une mini-mariée en pleurs arrache son foulard. « Je veux être une poupée, » crie-t-elle à sa mère. La petite fée à côté d’elle lui a sans doute donné cette envie. En gagnant l’enceinte de l’école, l’on ne peut s’empêcher de rire à la vue des enfants. Le spectacle qui se dresse sous nos yeux est prodigieux. En les regardant, l’on a l’impression qu’ils sont dans leur monde à eux. le plus attirant est Saliou Goudiaby, cinq ans, qui dit être un « ninja ».
Ne prévenant pas, la musique coupe court aux échanges et fait place à une ambiance de chants et danses.
11H, nous gagnons l’école Mère Jean-Louis Dieng. Là-bas, une petite indienne fait l’objet d’attraction dans la cour. Un petit cercle est formé autour d’elle. La fillette, consciente de son pouvoir d’attrait, fait sa star. Certains la prennent en photo, elle se meut dans tous les sens. « Je suis la princesse qui est dans le film Hindoue, » dit-elle profitant de son univers.
Comme tout est sujet au débat, ces déguisements qui imitent d’autres civilisations, sont souvent rejetés. La mère de la petite indienne justifie son choix : « Elle voulait se déguiser en indienne j’ai réalisé son souhait. Il faut faire la part des choses. Tout a son côté positif. C’est justement cette part qu’il faut exploité. Je pense que c’est une ouverture au monde. Une façon d’accepter et de vivre avec les différences sociales et religieuses, » théorise-t-elle.
Des dépenses supplémentaires pour les parents
Pour bien marquer ce début de restrictions et privations liées au carême, le déguisement est incontournable. Une tradition qui s’est démocratisée ou plutôt modernisée. A peu près dix années séparent le temps où mardi-gras était fêtée sans grandes dépenses à nos jours où elle est préparée comme Halloween aux Etats-Unis. Pour cause, les enfants portent leurs choix sur des déguisements hors de prix. Pour la plupart, les habits « thiossanes », ne les attirent pas le moins du monde.
Mamadi Bâ, parent d’élève, l’explique par le fait que, ce qui était important autrefois, ne l’est plus aujourd’hui. « Les mentalités ont changé. Aujourd’hui la télévision, les dessins animés ne laissent plus la place aux contes et légendes. Avez-vous vu un enfant déguisé en prince du Cayor ? Ils se fondraient en larmes si vous le leur proposer. Mon fils en est un exemple, dit-il en le pointant du doigt. Il est déguisé en je ne sais pas quoi » « Spiderman », lui dis-l‘enfant, tout content.
Pourtant, ces déguisements parlent. Car, elle montre l’appartenance de l’enfant à tel ou tel groupe ethnique. Ce qui joue sur beaucoup de choses notamment la fierté d’appartenance, et la connaissance de ses origines.
Astou Fatimata Kane, sans doute l’une des rares mamans à choisir le déguisement de sa fille parle d’une occasion de l’immerger dans ses origines. La petite de quatre ans, déguisée en princesse Hal Pulaar, cure-dent en bouche scrute, l’air ailleurs, le déguisement de ses camarades.

Contrairement aux autres enfants, la petite Farmata Khary Ly ne fait pas de fixation sur son déguisement. Mais, cela ne l’empêche pas de faire sa reine devant ses autres camarades, répondant balisant d’un sourire coquin, les compliments des passants.

