Comme l’on pouvait si attendre, la sortie inhabituelle du Président Kabila ce vendredi 26 janvier a eu l’effet escompté. Les médias congolais avancent que le Président a émis beaucoup d’attaques lors de sa conférence de presse et peu de réponses. Il a répondu à ses différents détracteurs : opposition, Eglise catholique et communauté internationale. Mais il est resté vague sur les revendications du comité laïc de coordination de l’Eglise catholique, organisateur des marches de protestation de ces dernières semaines.
Joseph Kabila a promis de « rassurer » et « clarifier la situation » au début de son intervention. Mais cette fois encore sur les questions les plus sensibles, le Président de la RDC a botté en touche. Il a refusé de dire formellement qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, se contentant sous les rires de ses conseillers de faire remettre un exemplaire de la Constitution à la journaliste qui l’interrogeait.
Idem sur la question d’un possible référendum que l’opposition l’accuse de vouloir préparer pour rester au pouvoir. Joseph Kabila a répondu que l’actuel calendrier électoral ne prévoyait aucun référendum. Mais il a refusé de répondre lorsqu’on lui a demandé s’il pouvait promettre qu’en 2018 la Constitution ne serait pas modifiée.
Aucune annonce non plus sur les mesures dites de « décrispation » prévues dans l’accord politique signé l’an passé et dont les laïcs et l’ONU réclament l’application, comme la libération de prisonniers politiques ou le retour de certains opposants en exil par exemple. « Il y a eu beaucoup d’évolution, il y en aura encore. Ne vous en faites pas », a esquivé le Président.
Joseph Kabila s’est cependant engagé à « tout faire pour que les élections soient effectivement organisées » et a promis que d’ici fin mars une « loi » viendrait « recadrer » le droit de manifester, et donner un « nouveau départ pour tous ceux qui souhaitent s’exprimer ». Sans plus de précision.
Les religieux récadrés
« Nulle part, dans la Bible, Jésus-Christ n’a jamais présidé une commission électorale. » Sous le vernis de l’humour la critique est cinglante. Joseph Kabila a ainsi tenu à recadrer l’Eglise catholique. Elle n’a pas à se mêler du processus électoral, selon lui.
Les propos du chef de l’Etat, qui s’exprime très rarement, sont très commentés, disséqués. Du côté du G7, la coalition de partis ayant quitté la majorité présidentielle par opposition au maintien au pouvoir du chef de l’Etat après la fin de son mandat, Pierre Lumbi, le président du G7, soutien de Moïse Katumbi pour la présidentielle, a reçu ce dimanche les journalistes et il s’est montré très virulent.
« Quoi qu’il en coûte, et quoi que le Président Kabila et ses partisans fassent, l’année 2018 doit être celle de la fin de la dictature, » a-lancé Pierre Lumbi. Les congolais de toutes les confessions religieuses ont démontré qu’ils sont déterminés à briser les chaînes de la dictature. Le Président Kabila tient à rester au pouvoir, même au prix du sang des congolais. Néanmoins, les marches populaires du 31 décembre 2017 et du 21 janvier 2018 l’ont ébranlé et ont remis en cause certaines certitudes qui alimentaient ses illusions ».
Le président du G7 a lancé encore une fois un appel à l’unité de l’opposition : « J’invite tous les principaux leaders de l’opposition à transcender leur état d’âme, leurs rancœurs, pour privilégier l’intérêt général de notre nation. »

