« Ahhhh, dit-il les yeux pétillants de joie, on va faire comme si l’on jouait au théâtre. Je serai l’acteur et vous la réalisatrice. Et je vais faire comme si ma vie était une aventure. » Ces mots ne sont-ils pas purement ceux d’un enfant ? L’on comprend pourquoi on entend souvent dire que ces êtres sont le reflet de l’innocence. Voilà comment Moustapha, le petit garçon de 7 ans comprend « un portrait ». Sept années d’une existence racontée avec ses mots à lui, fragments d’une vie vécue comme une aventure.
Il est de ces petits garçons que l’on aime dès le premier contact. Un sourire intensément chaleureux, le regard pur, son visage rond et mignon, sont les premières choses que l’on remarque chez sa personne. Aucune méfiance ne filtre dans sa façon d’être, ou son regard. Dans la cour de son école où l’on le trouve, assis, tenant un livre entre ses mains « Charlie et la chocolaterie » , Moustapha profite ainsi de sa pause-récré, pendant que ses camarades s’adonnent à des jeux.
En classe de CP, Moustapha confie, à voix basse, ne pas aimer l’école. « Lorsque je vais à l’école, je boude souvent. Mais, je retrouve ma joie dès que je croise des enfants talibés et que je me compare à eux, » dit-le petit futé. Au fond de son cœur d’enfant, Moustapha préfère ses dessins animés, ses parties de football, à sa routine scolaire.
De sa petite voix, il nous fait savoir qu’il est l’aîné de ses parents. Le petit prince dit pouvoir mieux communiquer avec les filles que les garçons. Pour l’expliquer, Moustapha affirme que son père ne discute pas assez souvent avec lui. « Je suis plus proche de ma mère. C’est à elle à qui je parle de mes problèmes à l’école ou avec mes amis. »
A ce stade de sa vie, le plus gros problème de Moustapha Ndiaye est sa voix. » Mes camarades de classe me surnomment ‘fifille’ à cause de ma voix. Le fait d’entendre ce nom me mets hors de moi, je me bats souvent avec eux. Pourtant, je n’aime pas les histoires, » dit-il avec un sourire coquin.
As-tu entendu parler de la journée de l’enfance ? A cette question, Moustapha affirme que non ! » Je connais la journée de la femme, dit-il parce que ce jour-là, ma maman m’empêche de regarder mes dessins animés. Les programmes proposés ne parlent que des femmes ».
A sept ans, Moustapha sait déjà ce qu’il veut faire de sa vie. « Je veux être Président de la République, pour sauver le monde, » dit-il avec un enthousiasme presque contagieux.
Visiblement, il est comme tous les enfants du monde. Même si les questions qu’il se pose montre en effet son degré d’intelligence. Notre pièce de théâtre terminé, le petit garçon demande : « Quand on envoie un missile sur une ville, est-ce que ça tue aussi les animaux ? » Oui, malheureusement, les animaux font aussi partie des victimes. Il nous fait remarquer que le journal télévisé oublie systématiquement de comptabiliser les animaux morts.
Ce genre de vérités élémentaires auxquelles on ne pense plus. Comme si les mots des enfants avaient véritablement ce pouvoir d’ouvrir les yeux aux adultes.
Parce qu’il est des enfances aujourd’hui qui ressemblent à des épopées, guidées par une passion suffisamment démesurée pour guider un gamin à réaliser son rêve, tout seul contre l’incrédulité ou l’indifférence des adultes, et malgré une existence chargée par des journées d’école et autres contraintes.
Qu’un enfant se déguise le soir en personnage de manga, qu’il rêve de partir vivre la vraie vie de leurs Mickey ou qu’il s’entraîne pour devenir champion de ping-pong au prochain tournoi de Tarascon, il porte en lui assez d’aventures pour que l’on puisse raconter son existence sous un angle suffisamment romanesque, et faire de lui le petit héros d’une existence différente, où les récits des livres et des chansons l’aideront à s’inventer une vie imprévue, juste un peu plus aventureuse.
Moustapha s’éloigne en courant, se comportant comme un enfant, empresser de dire à ses camarades qu’il parlait à une journaliste.

