La décision des autorités burkinabè de suspendre l’exportation du bétail jusqu’à nouvel ordre continue de provoquer de vives réactions au sein de la population et des acteurs de la filière animale, à quelques semaines de la fête de la Tabaski.
Annoncée le 8 mai dernier par le gouvernement, cette mesure vise officiellement à garantir la disponibilité du bétail sur le marché national et à lutter contre la flambée des prix observée à l’approche des grandes fêtes religieuses. Les autorités assurent également vouloir renforcer la politique de « souveraineté alimentaire » engagée depuis plusieurs mois.
Mais sur les marchés à bétail de Ouagadougou et dans plusieurs régions du pays, commerçants et éleveurs dénoncent une décision brutale qui menace directement leurs activités économiques. De nombreux exportateurs affirment avoir déjà reçu des avances de clients étrangers, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, deux des principaux débouchés du bétail burkinabè.
« Nous avions déjà conclu des contrats avant l’annonce de l’interdiction », expliquent plusieurs vendeurs, craignant désormais des pertes financières importantes ainsi que des difficultés à rembourser les prêts contractés auprès des banques pour financer leurs activités.
Depuis l’entrée en vigueur de la mesure, les autorités ont renforcé les contrôles aux frontières. Plusieurs camions transportant du bétail vers des pays voisins ont été interceptés par les services de répression de la fraude, qui promettent des sanctions contre toute tentative d’exportation clandestine.
Du côté des consommateurs, certains saluent toutefois cette décision gouvernementale. Plusieurs habitants espèrent une baisse des prix du bétail sur les marchés locaux à l’approche de la Tabaski, période marquée par une forte demande en moutons et bovins.
Cependant, des spécialistes du secteur mettent en garde contre les conséquences économiques d’une suspension prolongée. Le Burkina Faso demeure l’un des principaux fournisseurs de bétail en Afrique de l’Ouest, notamment pour la Côte d’Ivoire, le Ghana et plusieurs pays côtiers fortement dépendants des importations animales pendant les fêtes religieuses.
Selon des données officielles souligné par AfricaNews, les exportations de bétail ont généré plusieurs dizaines de milliards de francs CFA pour l’économie burkinabè en 2024. Une fermeture durable des frontières pourrait donc fragiliser toute une chaîne économique allant des éleveurs aux commerçants en passant par les transporteurs.
En attendant, aucune date n’a été annoncée concernant une éventuelle levée de la suspension. Les professionnels du secteur réclament désormais des mesures d’accompagnement afin d’éviter une crise économique dans la filière de l’élevage.
Genèse MOUKAHA

