De Adama Séne correspondant de Teranganews à Saint-Louis
Les stigmates des violents affrontements opposant les forces de l’ordre et les étudiants sont toujours visibles à l’Ugb. La devanture de l’entrée principale n’a rien à envier à une carrière de pierres. Le reste des pneus et des troncs d’arbres qui ont servi de barricades aux manifestants, ornent encore le décor des lieux. A l’Ugb, la paix reste toujours précaire, gendarmes et étudiants se regardent en chiens de faïence. Ainsi pour dénoncer et réclamer justice de la mort de leur camarade, Alpha Yéro Tounkara, la coordination des étudiants de Saint-Louis a décrété une grève illimitée.

Pendant soixante- douze heures, les étudiants de l’Ugb se sont affrontés aux forces de l’ordre dans l’enceinte du campus et sur la RN2. Des affrontements qui ont dégénéré et occasionné une mort d’homme, des blessés, des dégâts matériels et beaucoup de désagréments aux usagers de cet axe routier. D’ailleurs trois jours après les violents incidents, l’odeur des bombes lacrymogènes et celle des matériaux incendiés polluent toujours l’atmosphère des lieux. Pour le président de séance de la coordination des étudiants de Saint Louis, Adama Mamadou Kane, cette situation catastrophique pouvait être évitée parce que les étudiants de l’Ugb ne faisaient que manifester pacifiquement contre le report de la présidentielle comme partout au Sénégal. “ Il n’y avait ni casse, ni débordement. Les étudiants chantaient et brandissaient des drapeaux aux couleurs nationales. Malheureusement les forces ont intervenu violemment pour réprimer la manifestation. Dans leur folle répression, elles ont assassiné à balle réelle un de nos camarades, en l’occurrence Alpha Yéro Tounkara, étudiant en L3 au département Géographie. D’ailleurs les rapports medicaux sont sans équivoque sur la nature du décès. Ce qui constitue une bavure de trop des forces de l’ordre. Qu”elles sachent que les étudiants ne sont pas des chairs à canons et que les campus ne sont pas des champs de tir. Il y a quelques années, un autre étudiant, Mouhamed Fallou Séne était lâchement tué dans de pareille situation. Il faut ces tueries dans les campus cessent “ a râlé Adama Mamadou Kane devant la foule d’étudiants.

Pour lui, la communauté estudiantine est profondément attristée et indignée par cette perte inacceptable et condamne fermement l’usage excessif de la force qui a conduit à cette tragédie. “ Cette violence aveugle et injustifiée doit cesser immédiatement. C’est pourquoi nous sommes indignés d’entendre certaines autorités véhiculer des informations soutenant que notre camarade est mort d’une crise cardiaque et que les forces de sécurité ont intervenu en dehors de l’université. Nous tenons à éclairer les opinions nationale et internationale que c’est une fausse information et de la manipulation. Que les autorités assument et endossent les responsabilités de leurs actes. Parce qu’ en envoyant des forces de l’ordre lourdement armées, pour charger des étudiants sans défense dans le campus. démontre que leur intention de tuer est manifeste” a martelé M. Kane.

La démission de deux ministre exigée
Raison pour laquelle, dans l’urgence la coordination des étudiants de Saint Louis (CESL) a pris des dispositions pour faire face. Pour le président de séance de la CESL, une grève illimitée est décrétée et le combat se poursuivra sur le terrain pour demander justice et la fin de la répression brutale contre les manifestants pacifiques. “Nous exigeons que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes de cette mort, et que les responsables soient identifiés et jugés. La vie de notre camarade ne doit pas être banalisée ni passée sous silence. Plus jamais ça. Plus jamais la mort d’un étudiant dans de telles circonstances. Nous ne lâcherons pas, nous continuerons à nous mobiliser jusqu’à ce que justice soit rendue pour notre camarade. Que l’enquête ouverte par le procureur aille jusqu’au bout. La coordination des étudiants de Saint Louis n’acceptera pas que celle-ci soit classée ou traînée comme ses devancières” a-t-il ajouté. Poussant le bouchon plus loin, les étudiants sollicitent du chef de l’Etat pour qu’il démette les ministres de l’Enseignement Supérieur et de l’Intérieur et les autres hauts responsables impliqués dans le drame de l’Ugb. “ Depuis Vendredi, le jour de l’incident, des communiqués manipulateurs assaillent les réseaux sociaux pour pervertir les faits et blanchir les forces de sécurité, mais cela passera pas. Leurs auteurs ne peuvent pas divertir les étudiants du Sénégal. Nous resterons unis pour que toute la lumière soit faite autour de cette affaire criminelle. La mort de Alpha Tounkara sera élucidée et tous les responsables qui y ont touché de près ou de loin, seront sévèrement traqués et condamnés. Cette fois-ci, les étudiants ne lâcheront pas prise” a expliqué Adama Mamadou Kane.

Toutefois face à la presse, les étudiants ont dénoncé avec la dernière énergie le transfert du corps de Alpha Tounkara à Dakar pour mes besoins de l’autopsie sans aviser ni la CESL, ni sa propre famille. Il faut signaler que des membres de la famille de l’étudiant tué ont fait le déplacement sur Saint-Louis pour être près de ses collègues et partagé avec eux la douleur et la tristesse. La CESL a également reçu un autre soutien de taille avec le Saes qui a décrété 48 heures de greve pour fustiger les bavures policières et la violation des franchises universitaires.
