De Adama Séne correspondant de Teranganews à Saint-Louis
Après quelques millimètres de pluie seulement, certains quartiers de la capitale du Nord présentent un hideux visage. A Pikine, l’un des plus grands quartier de la commune, des rues et des demeures sont déjà prisonnières des eaux pluviales. Les déplacements sont devenus un véritable parcours de combattant pour les populations.
Après la pluie, c’est le beau temps, a-t-on l’habitude de dire. Ce qui est diamétralement opposé à la situation constatée dans le populeux quartier de Pikine dans le faubourg de Sor.
Ici, les premières pluies enregistrées dans la soirée du Lundi au Mardi ont occasionné beaucoup de difficultés aux populations. Pourtant les pikinois à l’image des autres habitants de la ville étaient ravis de voir les nuages gris se rassembler et les premières gouttes de pluie tomber du ciel.

Cependant, une fois la pluie terminée, ils ont été confrontés à un autre problème : le sale temps qui a suivi. Les rues sont remplies de flaques d’eau, ce qui a rendu la circulation difficile, voire dangereuse. Dans les rues principales du quartier, véhicules et piétons s’efforcent de naviguer à travers les eaux stagnantes, contournant les plus grandes flaques pour éviter d’être éclaboussés.
Le réseau d’assainissement inefficace a contribué à aggraver la situation. Malgré le curage de certains axes, l’eau de pluie est également restée prisonnière dans les ruelles et autres maisons basses. Ne pouvant pas s’écouler correctement, l’eau de pluie a pris finalement la direction des maisons et des bâtiments bas pour s’ y réfugier.
Trouvé à l’angle d’une ruelle près de la mosquée Imam Fall de Pikine Jokoule, une pelle à la main et dégoulinant de sueur, Pape Djiby Niang dénonce avec la dernière énergie le défaut d’assainissement du quartier. « Dés la plus petite pluie, Pikine connait des problèmes d’évacuation des eaux. Avec un assaisonnement calamiteux et défectueux, nos maisons sont envahies par l’eau et nous perdons souvent la plupart de nos biens. C’est terrible de voir nos familles vivre dans des conditions aussi précaires » a-t-il râlé. Pire, a ajouté un autre jeune du quartier, l’entreprise qui avait en charge les travaux d’assainissement a causé d’énormes torts aux populations de Pikine. » Avant nous avions moins de problème avec les eaux pluviales. Mais depuis qu’elle a tout enlevé et plié ses bagages, les populations souffrent à chaque hivernage. L’eau de ruissellement ne circule plus et occupe malheureusement nos rues et nos demeures. Le constat est là, dans certains coins du quartier, à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, il faut que les jeunes s’organisent pour drainer les eaux prisonnières, sinon c’est la catastrophe » s’est désolé Samba Gueye. Avant de jeter de gros cailloux dans le jardin du gouvernement pour non respect des engagements pris par le premier ministre Amadou Ba lors de son passage à Saint-Louis. » Accompagné du ministre Mansour Faye et des responsables nationaux de l’Onas, le premier ministre Amadou Ba avait promis la reprise des travaux d’assainissement avant le début de l’hivernage. Depuis lors les populations attendent sans voir le bout du tunnel. Cela veut dire, que nos souffrances ne les préoccupent pas » a fustigé l’enseignant.

Les charrettes assurent les traversées
Le sale temps après la pluie a aussi eu un impact considérable sur la vie quotidienne des populations, tant sur le plan social qu’ économique.
A Pikine Tableau Walo, l’unique rue qui dessert le quartier est presque impraticable et toutes les concessions avoisinantes sont envahies par les eaux pluviales d’hier. Ainsi pour faire traverser ce ‘fleuve », les charrettiers dictent leur loi. Entre la route nationale et le poste de santé de Sor Dagana ou le centre des sourds-muets, la distance est longue de moins de 300 mètres. Mais pour traverser par charrette, il faut débourser 200 francs par personne. » L’hivernage s’installe, le calvaire des déplacements commence pour les populations de la vieille cité surtout celles de Pikine. Dés que tu prononces le nom de Pikine, les chauffeurs démarrent leur taxi. Les déplacements dans le quartier sont devenus un véritable cauchemar pour les ménagères. Sur une distance de moins de 200 mètres, le charretiier réclame 200 francs. Mais nous n’avons pas le choix, nous sommes lourdement chargés de bagages. Ensuite les eaux sont très sales et dangereuses pour la santé. Il est risqué d’y patauger » a fulminé Mére Raby Ndiaye vendeuse de légumes à la zone de recasement de Pikine.
Au sous quartier de Sor Diagne derrière la gorge routière municipale, la situation n’est pas plus reluisante. Déjà des familles crient leur désarroi et espèrent de l’aide pour dégager l’eau de leurs foyers et des environs. « Les familles démunies comme la mienne, sont obligés de rester dans les eaux en attendant un pompage sérieux. La nappe phréatique est trop proche. Depuis hier nous evacuons l’eau, mais quelques heures après le niveau remonte dans la veranda et dans la cour. Pour le moment les chambres sont épargnées. Pour combien de temps encore, nous tenons nos mains à Allah » a déclaré Sidy Fall, pêcheur de son état.
La pluie a également rendu le quartier de Pikine plus insalubre. Les eaux stagnantes sont un terrain de reproduction idéal pour les moustiques, augmentant le risque de maladies comme le paludisme. De plus, les débris et les saletés qui se trouvaient dans les rues sont maintenant mélangés à l’eau de pluie, créant un environnement propice à la propagation de bactéries et de germes.
Même si la pluie est une bénédiction tant attendue, elle laisse également son lot de problèmes aux populations saint louisiennes. Mais en attendant, les habitants de Pikine et autres quartiers inondables se préparent à faire face à d’autres pluies et à affronter les conséquences du sale temps qui suit. D’ailleurs, les populations du faubourg de Sor invitent les autorités à prendre des mesures pour mettre en place un bon système de pompage et pour réduire les risques associés auxprochaines fortes pluies.

