« Adjibo dahiya laye ya marsaral ins wal djin ini raasouloulahi ileykoum («Venez à l’appel de Dieu vous, hommes et djinns, je suis l’envoyé de Dieu. L’arabe blanc s’est noirci »), disait en 1883, Le Mahdi. »
C’est le 143e anniversaire de l’Appel de Seydina Lilmamou Lahi (1843-1909), surnommé ‘’Al Mahdi’’, fondateur de la confrérie des Layènes. Comme chaque année, les fidèles répondent, par milliers, à l’Appel dont le thème cette année est : «La paix et le développement à la lumière des enseignements de Seydina Limamou Lahi».
Pendant deux jours, Cambérène, Diamalaye, Ngor et Yoff seront l’attraction de toute la communauté Layène du Sénégal et de la diaspora, pour s’abreuver aux sources de Seydina Limamou Lahi.
Durant des années de prêche, Seydina Limamou Lahi, a annoncé que son fils Issa achèverait son œuvre. Ce dernier a succédé à son père à l’âge de 33 ans. La photo de Seydina Issa Rohi Lahi (1876-1949) est celle qu’on voit le plus chez les layènes, celle de son père étant inexistante.
Les layènes chantent avant et après les prières, se lavent jusqu’aux genoux, et non aux chevilles, lors des ablutions, comme les autres musulmans.
La confrérie des Layènes est née à Yoff, un village traditionnel de pécheurs, dans la capitale sénégalaise. En mai 1883, Limamou Thiaw, père de famille, marié à deux épouses, a une révélation à 40 ans, l’âge du Prophète Mohamed quand il reçoit la Révélation. Drapé de deux pagnes blancs, il parcourt Yoff en scandant ces paroles : « Répondez à l’appel de Dieu, Ô vous les hommes et les Djinns. Je vous recommande, Ô vous les serviteurs de Dieu, de vous efforcer dans votre culte et de tenir solidement la corde de Dieu qui ne se rompt pas » rapportent les habitants du village.
Le Comité scientifique et le Groupement central des Layènes avaient déjà donné le ton, en dévoilant le thème de la 143e édition de l’Appel de Seydina Limamou Lahi et les conditions d’organisation. L’Appel de cette année 2023 est célébré, les 21 et 22 février à Cambérène, Diamalaye, Ngor et Yoff, sous le signe de : «La paix et le développement à la lumière des enseignements de Seydina Limamou Lahi».
La cérémonie d’ouverture est prévue ce matin à Cambérène, au Mausolée de Seydina Issa Lahi, le premier Khalife et continuateur de la mission de Limamou Lahi pendant 40 ans, de 1909 à 1949. Il sera succédé par son frère, Seydina Mandione Laye, de 1949 à 1971, avant de faire place au règne des petit-fils de Limamou Lahi, qui a démarré avec Seydina Issa Laye qui lui succéda de 1971 à 1987.
Cette ouverture sera suivie, dans la soirée de ce mardi et la journée de demain mercredi, par le pèlerinage à Diamalaye, Ngor et Yoff où l’événement religieux sera clôturé par la cérémonie officielle, en présence du Khalife général, de ses proches collaborateurs et du ministre de l’Intérieur qui conduit la délégation gouvernementale.
L’Appel de Seydina Limamou Lahi est un événement phare pour la communauté Layène. Il rappelle la sortie, le 24 mai 1883, il y a 143 ans, à l’âge de 40 ans, sur les monts de Yoff, d’un Homme, venu, «subitement, du néant», lançant un appel aux musulmans : «Aajibo dahi Allahi» («Répondez à l’appel de Dieu»). C’était le jour du 8e mois du calendrier musulman. Avec comme mission, explique-t-on, «Reformer les pratiques, vivre l’unicité de Dieu, prôner le retour vers Dieu, monter la voie à suivre à travers les Enseignements: Prière, Zikr, Zakat…»
De son vrai nom Limamou Thiaw, pêcheur et agriculteur lébou de Yoff, il prend le nom Lahi, une déformation d’Allah. Seydina Limamou Lahi prône un retour à un Islam rigoureux, combattant notamment le culte des génies et autres «dieux protecteurs» au sein de la société lébou. Seydina Limamou Lahi meurt en 1909. Il laisse, en plus d’un héritage spirituel, cultuel et culturel qui sème l’égalité, un livre en six parties, connu sous le nom de «Sermon».
Dans sa doctrine et son organisation, la confrérie des Layènes se caractérise, selon les érudits de cette communauté, par «le rejet du système des castes (ses membres prennent tous le nom de Laye pour ne pas recourir à leur patronyme qui les stigmatiserait) ; le rejet de la culture religieuse des djinns ; la discipline, l’assistance fraternelle ; le souci d’un Islam «propre et sincère», sans souillure aussi bien physique (ainsi leurs ablutions ne s’arrêtent pas aux chevilles mais remontent jusqu’aux genoux, les vêtements et le lieu de prière doivent être nettoyés) que morale (en évitant les mauvaises actions et en multipliant les bonnes) ; la place importante accordée aux femmes dans le culte». Il y a aussi l’importance des chants religieux à toutes les fêtes religieuses et avant la prière.

