Entre rires sincères, poignées de mains instantanées, accolades spontanées, transportés par le bonheur de se retrouver autour de leur passion commune après une longue absence, la 14e biennale s’est ouverte dans un cocktail d’émotions ce jeudi 19 mai à Dakar.
« Une longue absence ? », s’extasie-Oumar Dieng. « Non une éternité ! Un bonheur immense de pouvoir à nouveau montrer et exposer son travail au vu de tout le monde après plus de deux années d’absence. Et nous sommes revenus plus forts », dit-Oumar Dieng alias Go, tout souriant dans les bras de son collègue Babacar Guèye, tous deux artistes-plasticiens.
Visiblement enchantés après la cérémonie officielle annonçant l’ouverture des activités, artistes et amateurs d’Art se retrouvent vers 12h aux musées des Civilisations noires afin d’assister à la première exposition officielle. Comme l’on pouvait l’imaginer, le Musée s’est mis sous l’ambiance de cet évènement tant attendu par le monde des Arts et de la Culture. Un avant-goût à l’inauguration qui montre à suffisance, ce que sera cette biennale 2022. « Nous avons eu du temps. Du temps pour imaginer, visualiser et créer des œuvres à laisser à l’appréciation des professionnels et du grand public », dit-l’artiste plasticien venu de Ziguinchor Ousmane Tacko Fall.
L’artiste-plasticien Abdoulaye Diallo, alias «le Berger de l’île de Ngor», et l’Association Sembène Ousmane affirment que tout est fin prêt pour accueillir sans doute, l’un des événements majeurs en Afrique dédié aux arts plastiques, au design et aux arts numériques. Face aux journalistes, le Pr Maguèye Kassé, professeur titulaire des universités, a partagé l’angle sous lequel ils vont aborder cette biennale. «Ĩ Ndaffa#», le thème de la biennale, qui veut dire «forger» en langue sérère, «signifie dans le même temps pour nous, un appel à une réflexion beaucoup plus profonde et beaucoup plus globale comme du reste, notre approche de l’art africain contemporain. Justifiant les raisons de sa participation à cette biennale, il informe que le thème de la biennale, «Ĩ Ndaffa#», est un prolongement du thème générique qu’il avait animé en 2018 et qui s’intitulait : «Quelle humanité pour demain ?» D’autre part, elle sera l’occasion de tenter de trouver une réponse à quatre questions qui lui paraissent fondamentales. D’abord, quelle place nos sociétés réservent-elles aux jeunes à l’école, dans la famille ou dans la Nation ? Ensuite, comment l’éducation peut-elle préparer les générations futures aux exigences d’un monde en constant bouleversement ? De plus, comment surmonter la crainte du chômage, l’angoisse de l’exclusion et celle de la perte d’identité ? Et enfin, comment faire progresser dans l’humanité, les idéaux de paix, de Justice et de liberté sociale ?
Pour beaucoup d’artistes, le fait d’exposer durant cette rencontre artistique internationale relève de la réalisation d’un vœu cher. Parmi les premiers présents à l’inauguration, le jeune artiste Mamour Niang verra le sien prendre forme à travers l’exposition qu’il fera de ses toiles en cette édition 2022 du Dak’Art. Le peintre de confier : « Quand on était étudiant, on rêvait de participer à la biennale, parce qu’on voyait nos prédécesseurs y prendre part. Nous entendons donc emprunter la même voie qu’eux et essayons de marcher sur leurs traces.» Cette année, l’étudiant qui officiait en 2016 comme médiateur chargé d’expliquer des toiles, laissera les siennes pénétrer la sensibilité du public. De quoi le rendre enthousiaste…
Il a extériorisé son attachement au mouvement à travers ses réalisations regroupées sous le thème Paris-Dakar, et s’en réjouit d’avance.
Hommage à Abdoulaye Konaté, l’étoffe d’un maître
Riches en activités, la journée Artistique du 19 mai, 1er jour de la Biennale de Dakar, s’est poursuivi avec l’hommage au maître, artiste visuel malien Abdoulaye Konaté. C’était à 17h, à l’ancien palais de justice de Dakar que la 14ème édition de la Biennale de Dakar a fait honneur au lauréat du Grand Prix 1996.
Pour le critique et historien de l’art, El Hadji Malick Ndiaye, les œuvres d’Abdoulaye Konaté sont des partitions de drame humain et d’inconscience collective évoquant les maux des hommes et leur difficulté à forger ensemble un destin commun. L’œuvre d’Abdoulaye Konaté qui, d’après lui, se singularise par l’utilisation du tissu comme matériau de prédilection est rehaussé d’une picturalité réinventée.
2022, la biennale de Dakar en est aujourd’hui à sa trentième année et a permis à plusieurs talents du continent de rayonner. Dak’Art a su traverser le temps.

