De Youssouf DIMMA correspondant de Teranganews à Ziguinchor
14 morts et plusieurs dizaines de blessés lors des émeutes du mois de mars 2021. Des manifestations violentes déclenchées par l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko accusé de viols et menace de mort à l’époque par une jeune masseuse du nom de Adji Sarr. Une célébration au goût amer pour les familles des victimes qui se sentent abandonnées par les autorités.
Un (1) an après le premier (1er) décès enregistré dans la commune de Bignona le 3 mars 2021 et le quatrième (4ème) survenu le 16 mars 2021 à l’hôpital de Ziguinchor, pendant les émeutes ayant eu lieu dans la région de Ziguinchor, comme d’ailleurs partout dans le pays, les parents des victimes se sont exprimés, ils sont dans tous leurs états, disant se sentir « abandonnés par l’Etat » puisque, d’une part, rien de bouge du côté de la justice malgré leurs demandes répétitives, d’autre part, ils n’ont jusque-là pas reçu d’indemnités.
Comme s’ils s’étaient parlés et avaient harmonisé leurs avant de prendre langue avec la presse, un an après avoir perdu leurs enfants, les uns après les autres. En effet, pour le père du défunt Cheikh Coly, toute première victime nationale et donc locale, tombée le mercredi 03 mars 2021 dans la commune de Bignona, à savoir Massiré Coly, « un an après sa disparition tragique, le deuil et la douleur sont toujours vifs dans ma famille ; c’est comme si le drame venait d’arriver aujourd’hui même. Ma fille que vous voyez assise à côté de moi, en souffre d’ailleurs beaucoup, il n’y a pas longtemps, elle est tombée à son collège, on l’a mise à la surveillance et m’a appelé. Quand je suis arrivé, c’était à cause du trauma qu’elle continuait à supporter difficilement ».
Le père de feu Chérif Abdoulaye Mané, 20 ans au moment de son décès le 16 mars 2021 après avoir reçu une balle mortelle le 5 mars 2021, à savoir Lansana Mané, qui est chauffeur de son état, a déclaré, parlant de son défunt fils : « il était tout pour moi, il était pressenti pour me remplacer dans cette maison, je misais beaucoup sur lui car il était très intelligent, il était parmi les meilleurs joueurs de football du quartier, quant à moi, je suis chauffeur de taxi, je ne me porte pas bien pour avoir été deux fois victime d’accidents de la circulation à cause de motos Jakarta. Depuis le jour de sa disparition, j’ai comme perdu la mémoire, j’ai l’impression d’être physiquement présent, mais mentalement, j’ai l’impression de ne plus me ressentir ; au moins je sens qu’il y a un grand pan de moi qui m’a été amputé ». A l’en croire, « sa petite sœur qui est ici à la maison, pique régulièrement des crises de traumatisme ».
Le papa du défunt petit Bounama Sylla Sagna, décédé à l’âge de 13 ans le 09 mars 2021 à l’hôpital régional de Ziguinchor après avoir « reçu une balle mortelle dans le front » le 5 mars 2021, à savoir Bacary Sagna, a déclaré que son enfant était sur les lieux des manifestations « par simple curiosité enfantine, à cause de son âge puisqu’il n’avait que 13 ans, mais il a reçu une balle dans le front à bout portant ; moi, je suis un militaire à la retraite, le connais le maintien d’ordre ! »
Une fois qu’on leur a parlé de dossiers judiciaires et d’indemnités venus de l’Etat. « Rien, absolument rien ! » s’écriaient ces pères de familles, parfois sous le coup de la colère. A les en croire, « on nous avait appelés à un rendez-vous à Dakar, pour une soi-disant rencontre avec le Président Macky Sall, nous y sommes restés pendant quatre jours en vain, puis on est venu nous dire que le président avait voyagé, c’est tout ! »
D’autre part, concernant la justice, ces parents endeuillés ont déclaré que, chacun en ce qui le concerne : « un enquêteur est venu ici, il m’a posé plusieurs questions, j’ai répondu à toutes, depuis qu’il est reparti, rien ! Jusqu’au moment où je vous parle, rien ! L’Etat nous a abandonnés !»
Pour Massiré Coly, « on nous a toujours dit que nous étions dans un pays de justice, un pays de droit, mais après la mort de mon enfant, que le droit soit dit ! »
Pour rappel, du 03 au 05 mars 2021, de violentes émeutes ont eu lieu au Sénégal et donc dans la région de Ziguinchor, surtout à Bignona à cause de l’interpellation du leader du parti Pastef/ Les Patriotes, Ousmane Sonko, à Dakar dans une affaire initialement de viol dont il avait été accusé par une jeune femme, Adji Sarr. Ces émeutes se solderont par, officiellement 13 morts et officieusement 14 morts avec des dégâts matériels estimés à plusieurs dizaines de milliards de FCFA et des centaines d’emplois perdus à travers le Sénégal.

