Par Abdou DIAW, Journaliste économique
En prononçant le discours de clôture du Conseil présidentiel sur la relance de l’économie tenu le 29 septembre dernier à Diamniadio, le Chef de l’Etat, Macky Sall, dans un ton plaisant, mais sérieux dans le fond, s’interrogeait sur « la mise à niveau » de nos systèmes statistiques d’évaluation de notre production agro-sylvo-pastorale. « Notre Pib doit mieux mettre en exergue notre production réelle. Je reste convaincu que toute la richesse du pays n’est pas intégrée dans notre Pib. C’est ma conviction », avait lancé le Chef de l’État, le ton ferme. Il va plus loin en se demandant même comment la contribution des ménages est-elle évaluée ? Cette sortie du Président de la République remet au gout du jour le débat autour des chiffres du taux de croissance du Pib qui, en langage simple, correspond à la richesse créée par les activités de production. Voilà un indicateur (ou agrégat) macroéconomique à polémique qui est capable d’installer tout un pays dans des débats interminables et cristalliser toutes les attentions.
La situation devient surtout plus polluante lorsqu’il existe des écarts entre les chiffres fournis par les services du ministère de l’Économie et certaines institutions partenaires comme le Fmi ou la Banque mondiale. Comme ce fut le cas en janvier 2016 avec des polémiques nourries sur la valeur du taux de croissance du Sénégal. Bref, l’on peut s’accorder sur la qualité de notre système statistique national et l’expertise de nos ressources humaines. Des acquis qui ont valu à notre pays son adhésion, le 20 novembre 2017, à la norme spéciale de diffusion des données (Sdds) du Fmi, devenant ainsi le quatrième pays d’Afrique subsaharienne à atteindre cet objectif. L’abonnement aux normes souligne le fort engagement du Sénégal en faveur de la transparence, ainsi que l’adoption des meilleures pratiques internationalement acceptées en matière de statistiques. Toutefois, l’on reconnaît que dans un système, il y a toujours des limites et des insuffisances mais qui sont, pour la plupart, logées dans les marges d’omission. Disposer d’un système statistique fiable, parfait et irréprochable, reste le sempiternel challenge pour tout spécialiste des données.
Bien évidemment, il y aura toujours des données laissées en rade dans le processus de calculs de notre production nationale. Cela en raison d’une économie où l’informel règne en roi et d’une rétention d’informations de certains opérateurs économiques. Néanmoins, il convient de rappeler que sur la question du « rebasing », évoquée par le Chef de l’État lors du conseil sur la relance, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) avait procédé, depuis 2018, à la mise en place d’une nouvelle année de base des comptes nationaux du Sénégal dans le cadre du Projet de rénovation des comptes nationaux (Prcn). La nouvelle année de base 2014, qui remplace celle de 1999, est établie en conformité avec le dernier manuel sur les comptes nationaux adopté par les Nations unies (SCN 2008).
Comme le mentionnait l’Ansd, au-delà des changements d’ordre conceptuel, la nouvelle base (2014) intègre des modifications méthodologiques ainsi que de nouvelles sources de données permettant d’améliorer la couverture du Pib et de mettre à jour les statistiques sur la structure de l’économie. Les différents changements apportés avaient induit une révision de 29,4% du Pib de 2014, même s’il faut s’interroger sur la répercussion de ce chiffre sur le vécu des populations. L’une des raisons de ce changement était liée à l’évolution structurelle de l’activité́ économique, due à l’apparition de nouvelles activités et de nouveaux produits ou à la disparition d’autres, au changement dans les habitudes de consommation, de production et de commercialisation et à la modification sensible de la qualité́ des produits. Ce rebasing avait permis d’intégrer les nouvelles sources d’informations dans le calcul du Pib. Il s’agit de l’Enquête « Listening to Senegal » (L2S) qui fournit notamment des données sur la consommation des ménages par produit, pour l’année 2014, de l’Enquête nationale auprès des Unités de production informelle au Sénégal réalisée en 2016, des enquêtes agricoles menées régulièrement par la Direction de l’analyse, de la prévision et des statistiques agricoles (Dapsa) du ministère chargé de l’Agriculture, des enquêtes réalisées dans le cadre de l’élaboration des comptes satellites de la pêche au Sénégal.
La réalité est que beaucoup d’efforts ont été consentis par les services des statistiques pour, au mieux, cartographier toutes les activités économiques susceptibles de contribuer sensiblement à l’amélioration du Pib. La question que l’on devrait se poser est quel est le niveau de rentabilité et de compétitivité de toutes ses branches sur lesquelles repose notre économie ? Leur valeur monétaire a-t-elle réellement une incidence sur le revenu par tête d’habitant ?

