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La chronique d’Abdou Diaw : L’Afrique ne doit pas attendre grand-chose de l’élection de Biden

Par Abdou DIAW, Journaliste économique 

Comme à l’accoutumée, à chaque élection présidentielle américaine, l’on se met à s’interroger sur les attentes du continent africain. Du moins, c’était le leitmotiv au cours des trois derniers scrutins de Bush fils à Donald Trump en passant par Barack Obama. Le destin de l’Afrique serait-il lié à l’élection américaine. Avec l’élection de Joe Biden à la tête de la première puissance économique du monde, à l’issue du scrutin du 3 novembre 2020, l’on continue à se demander ce que réserve le candidat démocrate à l’Afrique. On a l’impression qu’aucune leçon n’a été tirée du règne de Barack Obama. L’arrivée de ce dernier avait suscité des intérêts, créé des fantasmes et fait miroiter aux populations africaines beaucoup d’espoir pensant que c’est la fin de leurs soucis. Au finish, beaucoup se sont détrompés et se sont rendu compte que Obama, même s’il a des origines africaines, de par son père, n’était pas élu par les Africains, mais plutôt par les électeurs américains. Par conséquent, il s’est mis, d’abord au service de son peuple afin de trouver des solutions à ses préoccupations.

Certes, les relations étaient plus ou moins raffermies et huilées entre l’Afrique et les Usa sous Obama. Les visites de travail effectuées par ce dernier dans certains pays, dont le Sénégal, en témoignent. L’espoir des Africains n’avait jamais été aussi grand sous le règne du premier président noir des États-Unis. Mais l’on a semblé attendre moins avec l’élection spectaculaire de son successeur, Donald Trump, à la Maison Blanche qui avait bien prévenu le monde en théorisant «America first» (Amérique d’abord). Ceux qui avaient fondé de l’espoir sur le futur ex-locataire de la White House ont vite déchanté. Les préoccupations du continent, notamment au plan économique, semblent être le cadet de ses soucis. En lieu et place d’un renforcement de la coopération avec les pays du continent, ceux-ci ont plutôt récolté des injures. Il aurait qualifié ces pays de « m… ». Une sortie qui a été partout condamnée mais sans une réponse du continent à la hauteur de cette bourde. Le fait que Trump n’ait jamais mis les pieds en terre africaine constitue également une preuve du peu d’intérêt accordé à l’Afrique contrairement aux autres régions du monde telles que l’Asie, l’Europe. Peut-on s’attendre à des relations économiques et commerciales beaucoup plus renforcées et densifiées entre l’Afrique et les Usa avec l’accession de Joe Biden à la magistrature suprême ? L’Afrique gagnerait-elle plus sous le règne du nouveau président américain ? Mystère et boule de gomme.

Quoi qu’il soit, Joe Biden accède au pouvoir dans un contexte tout à fait particulier marqué par la pandémie de Covid-19 qui a fini de mettre en difficulté les grandes puissances économiques, y compris les Usa, pays le plus touché en termes de contaminations. Cette crise sanitaire aurait pesé de tout son poids sur la victoire de Joe Biden. Sa première priorité consistera, sans nul doute, à vaincre le virus et de remettre les Usa sur les rampes de la relance économique. L’autre chantier, c’est de rassembler les Américains autour d’un même idéal et d’une cohésion sociale. Joe Biden aura des urgences beaucoup plus pressantes. Que l’on fasse l’effort de déconstruire le discours sur la place de l’Afrique dans les politiques publiques américaines à chaque période d’élection. Engageons-nous à miser et à compter d’abord sur nos propres forces productives avant de solliciter l’extérieur. Au moment où toutes les cases prennent feu avec la pandémie de Covid-19, chacun cherche à sauver la sienne. La crise sanitaire a certes mis à nu notre dépendance au marché extérieur, mais elle a, en même temps, exposé notre capacité de résilience et d’adaptation face aux chocs exogènes.

Aujourd’hui, chacune des grandes puissances, qu’il s’agisse de l’Europe, des Usa, de l’Asie, cherche à tracer les voies d’une relance afin de retrouver sa place d’antan sur l’échiquier économique et financier mondial. L’Afrique ne devrait pas adopter une posture de spectateur. Toutefois, l’on ne peut nier les initiatives entreprises par les précédents présidents à l’endroit du continent, même s’il reste encore des efforts à faire. On peut citer l’Agoa (Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique) avec plus de 6 500 produits (pétroliers, agricoles…) qui sont exemptés de droits de douanes ; le plan d’aide pour favoriser l’accès à la santé initiée, à l’époque par Bush fils, le Millénium challenge account et le projet «Power Africa», vaste plan d’électrification de l’Afrique, l’initiative Young African Leaders Initiative (Yali).

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Khadim FALL

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