40 années au service de l’art, 40 années d’inspiration et de transpiration procrée, 40 années de don de soi pour, au-delà de l’art, prendre une part active dans la vie citoyenne, tel est décrié l’artiste visuel. Son nom chante, renvoie et est associé à la peinture, à l’art, Kalidou Kassé. Preuve sûrement, que ces années de dévotion à la culture ont porté leurs fruits.
« 40ans, ça se festoient », disent-les membres de son équipe, lesquelles d’ailleurs ont émis cette idée autour d’un café, lors d’une discussion.
Lundi 21 septembre, le dénommé ‘’pinceau du Sahel’’ s’est entretenu avec la presse, en prélude de l’anniversaire de ses 40 années de carrière.

10h, La voix de Souleymane Faye émane des baffles, rythmant au passage, l’arrivée des invités. Plastiquement et simplement habillé d’un pantalon bleu, assorti d’une chemise blanche, son éternel béret noir coiffant sa tête, le regard derrière ses petites lunettes rondes, la mine et le comportement affable, le plus attendu du jour reçoit ses hôtes avec une chaleureuse courtoisie.
Qui est Kalidou Kassé ?

Tout remonte aux années 80, 90, ou un artiste s’est incarné dans le corps du natif de Diourbel. Le commissaire d’exposition et directeur artistique de l’évènement, El Hadj Malick Ndiaye fait entrevoir un pan de l’individualité du plasticien dans un bref portrait. « C’est un artiste drapeau. Kalidou Kassé est un artiste plasticien qui a puisé son savoir dans les manufactures des arts décoratifs. Et parce que la création artistique n’est en rien incompatible avec rigueur, responsabilité, organisation, en vue d’impacter, de par son action, dans le commun devenir de la communauté, l’artiste est engagé. Ses initiatives revêtent un caractère social. Contemporain, l’artiste n’est pas du moins ancré dans ses valeurs traditionnelles, lesquelles trouvent explication dans son histoire. L’immigration, les enfants talibés, la pauvreté, la promiscuité mais surtout l’espoir font les œuvres de l’artiste. Dans les tableaux de Kalidou Kassé, vous distinguerez toujours une colombe qui est, l’on le sait, symbole d’espoir », pose-El Hadj Malick Ndiaye.
Son engagement est un trait essentiel qui le définit et qui s’érige en écart de différence. Tel un écrivain ou un musicien, les œuvres de l’artiste plasticien envoie donc un message à la société.
De la vieille école
Son art se vend à travers le monde, dans des collections privées et publiques. Pas fortuit. La vieille école est réputée faire jaillir des produits purs, féconds, responsables, et talentueux. Son savoir-faire, l’élève devenu mentor aujourd’hui le doit à ses maîtres. « Daouda Diouf, Boubacar Goudiaby, Astou Mana Diedhiou, Abdoulaye Ndiaye Thiossane, Modou Ndiaye et tant d’autres, cite-t-il. C’est en les fréquentant que j’ai vraiment commencé à prendre mes repères et comprendre ce qu’est réellement la définition de l’art et sa place dans nos sociétés sahélienne. Nous ne pouvons-nous permettre de dresser des portraits de femmes nues. Nous avons nos limites. Il faut que l’on apprenne à nous réinventer, à assumer notre africanité, notre propre identité. Je m’inspire de mes réalités socio-culturelles », explique-Kalidou Kassé, rappelant au passage, que la fonction de l’art est de nouer des rapports et dénouer des conflits.
Son inspiration, il la trouve partout à la fois. « Pour moi tout est art. En regardant cette sorte de montagne verni et bien magnifique, je m’imagine voir un fond de cerne », dit-il transporter. Toutefois, il est impossible de commander un tableau à un artiste en lui imposant un deadline. D’après Kalidou Kassé, l’artiste travaille selon ce qu’il entend, ce qu’il voit, ce qu’il ressent. Et ça prendra le temps que ça prendra.
27 novembre 2020, un nouvel artiste naîtra
« Ceux qui connaissent les œuvres de l’artiste seront surpris, et agréablement, lors de cette exposition », promet-El Hadj Malick Ndiaye. « Ce n’est pas pour rien que l’on affirme que Kalidou est jeune. Et vous en aurez la preuve le jour du vernissage », dit confiant, le commissaire artistique. « Ce sera une cinquantaine d’œuvres, lesquelles porteront une toute nouvelle signature. Nous voulons surprendre», dit-il. « C’est un jeune de 20 ans qui exposera ses œuvres le jour-j », renchérit-l’administrateur du Monument de la Renaissance Africaine et président du comité scientifique. A entendre parler les membres de son équipe, l’on soupçonne que l’exposition va dévoiler la capacité de l’artiste à se régénérer au fil d’un changement radical d’approche plastique. L’idée est de faire découvrir une imagerie de Kassé, dans une grammaire, une palette nouvelle et un œil sur le monde qui change notre engagement dans les couleurs et la peinture.

Les œuvres de Kassé Kalidou comporte toute une littérature, allant des œuvres filiformes, la manière de montrer, d’agencer les couleurs, à la présence du textile, mais également : « des vastes champs étendus où l’on sent le souffle chaud du vent qui vous caresse la joue, tout un univers », dit-El Hadj Malick Ndiaye.
Dans cette course folle du monde, s’arrêter pour célébrer des hommes ne serait pas de trop. « Nous célébrons un homme de culture, emblème et symbole de bonnes valeurs de société. Il faut qu’ils soient exposés comme gage de bonne conduite, pour que leurs actions soient perpétuées mais surtout, pour que de jeunes artistes s’en inspirent », lance-Mme Camara, présidente du comité d’organisation.
L’objectif principal présidant à cet évènement est le partage d’un bilan à mi-parcours pour affronter le futur. Car dans l’histoire de chaque artiste, il arrive un moment où, faire le point devient essentiel pour la poursuite de l’itinéraire.
Du 27 novembre au 28 décembre 2020, la première exposition individuelle d’un artiste plasticien au Sénégal. Un moment symbolique pour l’art et la culture dans ce pays. Symbolique car l’itinéraire de Kalidou Kassé permet de retracer une partie de l’histoire de l’art au Sénégal. « ‘’Guiss guiss bou bess’’ est le concept de l’évènement. Un concept qui renvoie à une nouvelle vision, plastique, appelant à un regard nouveau sur notre monde et les démocraties, l’urbanité, l’environnement, l’architecture et nos villes, nos valeurs de société, en passant par l’homme en général », renseigne-l ’équipe.
Le vernissage de 18h, le 27 novembre 2020, va ouvrir les activités de la célébration des 40ans de Kalidou Kassé au service de l’art et de la culture. Et ce sera, durant un mois, une série de manifestations. Un extrait du film sur Kalidou Kassé sera projeté. Un colloque sur ‘’Art et Société’’ va se décliner en quatre panels :
-l’annulation de la dette annuelle,
-l’impact de la covid-19 sur la culture, le tourisme, le numérique,
-Enfance et avenir
Ce panel comporte toute l’œuvre de l’artiste Kassé.
Cinq personnalités du monde de l’art au Sénégal se verront distinguer lors de cet évènement culturel où en plus, d’autres casquettes de l’artiste seront mises à nu.
Une vie est aussi fait de regrets et de beaux souvenirs. Celle de l’artiste bientôt célébré n’est pas en reste. « Mon regret, le plus grand, dans ma carrière professionnelle, est de ne pas avoir eu l’occasion de voir mes parents à cette cérémonie marquant 40 années de parcours artistique. Mon plus beau souvenir est en rapport avec une vente aux enchères, où plus de 6 000 000 Francs CFA récoltés ont été reversés à l’hôpital de Pikine », confie-t-il.
Il souhaiterait que ses pairs, artistes, écrivains, peintres, soient mieux écoutés. En cela, il emprunte une pensée de Mame Less Camara : « les écrivains se lèvent toujours beaucoup plus tôt que les autres. Et pour voir loin, il faut voir tôt… ».
« Que mon art soit source de bien-être, c’est le plus cadeau », signé-Kalidou Kassé.

