Ce n’est pas l’anniversaire de la mort de l’artiste. Juste une pensée ! Une nostalgie qui a mené nos pas de journaliste « rat des villes » à la rue Jules Ferry, là-bas, dans la Cour de Joe Ouakam, ou… tout du moins, ce qu’il en reste. L’infime espoir de retrouver une ombre de ce qu’a été ce chantre a été abattu à la vue de la porte d’entrée.
Cadenassée, les murs affaissés, plus rien ne reste de la cour de Joe Ouakam. Ceux qui y ont une fois mis les pieds n’en reviennent toujours pas, trois ans après. Les badauds trouvés assis devant la maison disent qu’ils se sont réveillés un beau matin de l’année 2017 et ont vu la cour dévastée.
« On passerait facilement devant sans rien remarquer de particulier. A première vue, le laboratoire Agit Art, le ‘’sanctuaire’’ de Joe Ouakam, 17 Rue Jules Ferry au cœur du centre-ville de Dakar, ne dégage rien de spécial . Des centaines de Sénégalais passent devant tous les jours, sans y prêter la moindre attention. Mais franchi le seuil, après deux rideaux noirs qu’il faut dégager avec fermeté, le gîte s’offre au regard et vos yeux ne ‘’chôment’’ plus. Ce lieu était magique », se souviennent-ils avec enthousiasme. « La tristesse est passée, dit-le vendeur de pain qui tient sa boutique en face de la cour de Joe Ouakam. Trois ans après, l’on se souvient de lui avec un sourire aux lèvres car on ferme les yeux et on ne revoie que son sourire sympathique et courtois. Père Joe était phénoménal », dit-il.
‘’C’est la verdure des lieux qui capte l’attention. Un imposant arbre, un hévéa centenaire au tronc puissant, qui s’arrache sur une vingtaine de mètres, semble foncer tout droit vers le ciel. Ses racines sont si inextricables qu’on se croirait en face de plusieurs arbres, rassemblés en un seul. La température est douce. Un ‘’micro climat’’ qui tranche d’avec la pollution environnante de la ville ! La verdure est partout’’, écrivait-on dans une édition du quotidien EnQuête.
Se réclamant ami du défunt artiste insondable, Abdoulaye replonge dans ses souvenirs et nous décrit ce qu’était ce sanctuaire au présent, comme si Joe était toujours là, dans sa cour au milieu de ses objets : « La température y est douce. Un ‘’micro climat’’ qui tranche d’avec la pollution environnante de la ville ! La verdure est partout. C’est sous cette force de la nature que Joe Ouakam a installé son ‘’salon’’ où il reçoit quotidiennement toutes sortes de visiteurs. Des plus marginaux aux plus conventionnels ! Des sièges, pas des plus confortables, sont installés un peu partout pour accueillir les visiteurs. Beaucoup viennent de l’étranger », explique-t-il.
Aujourd’hui, il ne reste plus rien de tout cela. Les voisins qui profitaient de l’air frais que dégageait la cour de Joe Ouakam, n’en profite plus. A peine deux mois après la mort d’Issa Samb, sa maison s’est complètement dévastée. Il ne reste plus rien d’Agit’Art. 17, rue Jules Ferry est méconnaissable. Les arbres coupés, réduisent le sanctuaire de Joe Ouakam au néant. Aux abords, nul ne sait ou ne veut dire quand on a commencé à ‘’détruire l’œuvre’’ de Joe Ouakam.

Le gardien renseigne qu’il a été plusieurs fois témoins de scènes d’effondrement des amis européens de l’artiste qui, devant le spectacle désolant qui s’offrait à eux ne pouvaient s’empêcher de craquer. « Ils viennent s’enquérir de la situation et repartent en pleurs. Certains ne sont pas sans savoir que le lieu est réduit à rien mais n’empêche, à chacun de leurs passages au Sénégal, ils y reviennent pour saluer à leur façon, la mémoire de Joe Ouakam ».
Les amis de l’artiste, emportés dans un débat virulent dénoncent des soutiens aphones. « Ceux qui se disaient ses amis ont disparu avec le décès de Joe Ouakam. Pourtant, il y avait vraiment de quoi monter au créneau et organiser une riposte. Joe Ouakam est et restera un monument de la culture. Son sanctuaire devait être érigé en musée », crie presque-Abdoulaye. Lui, on le voit, Joe Ouakam a déteint sur lui. Il a la dégaine de l’artiste et sa spontanéité.

Aujourd’hui, c’est trop tard. Ses dessins sur les murs sont tout ce qui reste de ce gîte de Joe Ouakam.
Et il ne reste plus qu’à placarder l’épitaphe : ‘’Ci gît Agit’Art’’. Cruelle fin quand même !

