Youssouf DIMMA, Teranganews Ziguinchor
Deux cas suspects de Coronavirus sont signalés au Cap-Skirring, dans la commune de Diemering, en Casamance. C’est la panique sur place, pour des raisons de sécurité sanitaire d’une part, d’autre part lié au marasme économique que va imposer le départ des touristes et la fermeture des frontières aériennes du Sénégal sachant que le Cap-Skiring est ouvert sur l’international à travers son aéroport international.
Reportage exclusif de notre correspondant dans la région de Ziguinchor
Pour arpenter les 75 kilomètres qui séparent Ziguinchor et le Cap-skirring, nous quittons le centre ville de la capitale sud du pays à 8h 14 minutes.
Notre 505 Peugeot, communément appelé » 7 places », transporte, comme l’une des rares fois avant tout départ de Ziguinchor, six (6) passagers.
L’un d’entre nous, un jeune homme d’une trentaine d’années, porte un masque de fortune de couleur bleu ciel, visiblement neuf. Il est assis à ma droite.
Pendant que notre véhicule traverse le village très médiatisé de Brin, à 10 kilomètres à l’ouest de Ziguinchor, nous apprenons qu’il y a déjà un cas suspect, seulement suspect de coronavirus dans un hôtel international du Cap-Skirring, précisément dans une filiale d’une chaîne hôtelière transportant des touristes par vol charter directement d’Europe.
Nous apprenons qu’il s’agirait d’un Européen d’un âge avancé, qui serait en confinement dans cet hôtel. Rien de plus qu’un cas suspect.
8h 30, nous voici à Etomé, sur le pont situé à l’entrée du village de l’activiste Guy Marius Sagna membre du mouvement »Aar Linu Bokk ».
Pendant la traversée, un débat s’improvise dans le » 7 places » : le prix d’achat d’un masque de protection. Le jeune homme dit l’avoir acheté à 500 FCFA avant de préciser que c’était trop cher. Selon lui, il l’achetait à 200 FCFA l’unité avant » ces affaires de coronavirus » mais actuellement, il coûte 150% plus cher en pharmacie.
Un des passagers renchérit en ces termes : ‘‘ c’est beaucoup plus cher, car si vous achetez le paquet de 50, l’unité vous revient à 100 FCFA ».

»Catastrophe ! » s’exclame un passager qui était pourtant jusqu’à présent très calme. Il poursuit : » les pharmaciens ne sont pas sérieux quoi ».
8h 50 au niveau des rizières de Niambalang un passager, celui qui est assis devant, à droite du conducteur, demande à descendre et se soulager. Il tient une petite bouteille de 33 cl d’eau dans sa main gauche. Il est visiblement un gaucher. Il se soulage dans les hautes herbes, debout, et revient 3 min plus tard.
Nous redémarrons.
8h 54, nous voici à l’entrée de la commune d’Oussouye, au check point. Un gendarme pose deux courtes questions au conducteur qui répond quasi spontanément. Il fait signe pour qu’on avance.
8h 57 nous sommes à la sortie d’Oussouye. Oussouye, capitale administrative du Kassa, aussi grand qu’un Ranch avec ses 44 hectares de surface. Elle est l’une des capitales départementales les plus petites du Sénégal.
9 h 02, nous entrons à Boukitigho, le village d’origine du footballeur international sénégalais Krépin Diatta. Le village est à cette heure quasi-vide. Les habitants, de grands agriculteurs, sont presque tous dans les champs. Nous traversons ce village aussi vite que nous arrivons à Diakène Wolof.
A la sortie de ce village, un porcin rose nous donne quelques frissons en voulant traverser la chaussée brusquement. Notre conducteur, visiblement très expérimenté, l’évite de justesse. Un coup de maître ! Les passagers n’en font pas un cas.
Quelques kilomètres plus loin le jeune homme masqué s’endort d’un sommeil profond. Il est apparemment fatigué.
9h 18, nous entrons au Cap-Skirring. Pas la moindre personnes masquée. Au contraire, les habitants vont et viennent, complètement à l’aise. Les commerces sont ouverts, les étals qui bordent la principale route sont bien couverts. Quelques Toubabs accompagnés de Noirs sont au niveau de certaines terrasses. C’est d’ailleurs, d’habitude, à pareille heure, l’ambiance du Cap-Skirring.
Très populaire, le Cap-Skirring est un village créé en 1973-74 sur les champs et rizières de Cabrousse. En 2020, il n’est pas encore loti, n’a pas d’eau potable issue d’une adduction publique. Il est juste électrifié mais aussi très peuplé.

Interrogées, plusieurs populations témoignent avoir entendu l’information selon laquelle il y aurait deux (2) cas suspects au Cap-Skirring. Le sous-préfet de Cabrousse Alassane Vanne, à 10h 30, nous la confirme. » Dans la nuit du mundi 16 mars, on nous a appelé pour nous signaler la présence d’un couple français au Club Med’ qui sont des cas suspects et que nous sommes en train d’observer ».
Le sous-préfet de Cabrousse a ajouté qu’il a de ce pas vers les bars pour interdire tout attroupement comme interdit par le chef de l’État. Quant aux populations, elles ont dit toute leur inquiétude quant à l’existence de ces deux cas d’une part, d’autre part quant à l’arrêt brusque de la campagne touristique avec la fermeture des frontières.

