Amédine FAYE, correspondant de Téranga News à Tambacounda.
Entre l’apparition du croissant lunaire et les étrennes données aux enfants dans l’après-midi, il y a une bête à tuer : c’est bien le bélier que les fidèles musulmans immolent après la grande prière matinale de la Tabaski. En attendant, les pères de famille font le tour des marchés à bétail, à moins de cinq jours de l’évènement. A Tambacounda, les acheteurs n’ont que leur bourse pour constater les prix des moutons qui varient d’un opérateur à un autre. Certains acquéreurs n’excluent pas de s’investir dans l’élevage l’année prochaine.
Avec ses frontières qu’elle partage avec quatre pays de la sous-région (Gambie, Mali, Mauritanie, Guinée), la région de Tambacounda reçoit chaque année à l’approche de l’«Aid-Al-Adha» des milliers de moutons. Tambacounda contribue, d’ailleurs, à près de 50% des importations des moutons au Sénégal. Le besoin national étant de 810.000 têtes, cette année.
La région reçoit 174.229 têtes.
Contacté par Teranganews.sn, le régional de l’Elevage de Tambacounda Dr Ousmane Fall a fait le point sur la situation des entrées de moutons par Tambacounda à la date du 7 août.
« On a assisté au niveau de la région l’entrée de 174.229 têtes au niveau de Kidira et de Bakel (…) qui viennent du Mali et de la Mauritanie », a indiqué Dr Fall.
D’après lui, le marché régional connait un « léger déficit ». Mais il rassure que dans les prochaines 24 heures ou 48 heures, qui suivent, ce gap sera résorbé. «Parce que les entrées continuent et elles sont de plus en plus importantes en termes d’effectif. Nous espérons (…) combler complètement ce gap et même dépasser les prévisions de l’année dernière », insiste le régional de l’Elevage.
Les prix des moutons varient entre 40. 000 fcfa et 100.000 fcfa.
Au «Daral»(marché à bétail) de la commune de Tambacounda situé au quartier Plateau sur la route de Bakel, on y trouve des centaines de moutons. A l’entrée, nous tombons sur des agents de la police qui assurent la sécurité des personnes et des biens. Retrouvé sur un hangar, téléphone à la main, Oumar Sy, responsable du «Daral» de Tambacounda nous a donné un entretien. Occasion pour lui de faire le point sur les ventes. A l’entendre, les opérations de vente se passent normalement, les clients font le déplacement, le seul souci c’est le manque d’éclairage des lieux.
Sur la disponibilité de la marchandise, Oumar Sy assure que les importations de moutons se poursuivent. D’ailleurs, il attend d’un moment à l’autre de nouvelles cargaisons.
«Il en aura suffisamment pour tous les tambacoundois désireux d’avoir un mouton pour célébrer la Tabaski», rassure-t-il.
Parlant des mesures prises par l’Etat pour la Tabaski 2019 à savoir l’allègement du contrôle des camions, la réduction du contrôle strict nécessaire, l’exonération des droits et taxes applicable uniquement aux petits ruminants, il confirme que cela a légèrement impacté de manière positive le prix du mouton.
«Il y a des moutons qui coûtent 80.000 fcfa, 90.000, 100.000. Il y a même d’autres qui sont vendus à 40.000, même s’ils ne sont pas nombreux.», barjaque le responsable du « Daral » de Tambacounda, comme pour dire qu’il y en a pour toutes les bourses.
Boubacar Camara, trouvé devant le « Daral », père de cinq 6 enfants, lui, est embrassé par la cherté des moutons.
«C’est la cinquième fois que je viens ici, mais je n’arrive pas à acheter un mouton. Comme je n’ai pas beaucoup d’argent. Les prix des moutons sont chers», déplore Camara qui nous confie être un soutien de famille. Il invite les vendeurs à l’entre-aide pour des tarifs accessibles.
Camara, M. Pape Diouf, entrepreneur travaillant à Tamba, a sa famille à Dakar. Lui aussi s’est déplacé au « Daral » pour acheter son mouton pour l’aîd.
«Il y a des vendeurs qui te proposent des prix élevés. Je crois que si chacun choisit un mouton en fonction de ses moyens, tout le monde aura de quoi tuer le jour de la Tabaski», dit M. Diouf.
La «cherté» et la variété des prix des moutons sont aussi constatée par M. Abdoulaye Sarr, menuisier ébéniste, résidant au quartier Plateau de Tambacounda, marié à une femme et père de quatre enfants.
«Pour le moment, les prix des moutons sont élevés. Je pense que les tarifs vont baisser dans les jours à venir», reste-t-il convaincu.
Des acheteurs pensent à l’élevage domestique.
Avec la «cherté» des prix des moutons, certains chefs de famille pensent déjà à élever eux-mêmes leur mouton pour la Tabaski de l’an prochain. M. Boubacar Camara en fait partie.
«Après la fête, si j’ai les moyens, je vais me procurer un mouton et l’élever», ambitionne Camara.
Diouf pense aussi que cela est une bonne chose. Tout de même, il estime que cet élevage comporte des exigences.
«D’habitude, j’achetais un mouton bien avant la Tabaski que j’élevais moi-même. Mais cette année, je ne l’ai pas fait, parce que j’étais trop pris par le travail. C’est vrai que l’élevage domestique c’est mieux, mais pour s’y consacrer, il faut que tu aies du temps», affirme-t-il.
Bien qu’ils aient constaté la variété des prix, certains acheteurs rencontrés au «Daral» de Tambacounda espèrent trouver un mouton de leur choix pour pouvoir célébrer la Tabaski en famille.

