De Adama Séne Teranganews Saint-Louis
Créée en 1983, la réserve de Guembeul est l’une des plus importantes réserves fauniques du Sénégal. Malgré le rôle qu’elle joue dans la protection de diverses espèces animales protégées du pays ainsi que le refuge qu’il sert aux oiseaux, particulièrement aquatiques, la réserve de Geumbeul traverse pourtant de nombreuses difficultés financières, environnementales, etc ….Ainsi pour tirer la sonnette d’alarme sur sa dégradation, une vingtaine de journalistes de Saint-Louis sous l’égide African Journalists Forum (AJF) ont fait une visite guidée sur les lieux, afin de mieux sensibiliser les autorités nationales et locales, les populations et les partenaires financiers sur l’importance du Parc.
Sur une superficie de plus de 720 ha entièrement clôturée, la réserve de Guembeul accueille à son sein plusieurs espèces dont des animaux autochtones et des animaux de réintroduction ramenés d’ailleurs. Ce qui a fait longtemps de ce lieu, une destination privilégiée des visiteurs d’ici et d’ailleurs. Parmi les autochtones, sont notés les singes rouges, les phacochères, les livres à oreilles de lapin, rats palmistes, des serpents de couleuvre, entre autres. Mais grâce au partenariat avec d’autres pays étrangers et de réserves nationales, le parc abrite diverses espèces dont des gazelles ndama, des oryx et d’autres animaux. Jadis considérée comme une merveille et est l’une des plus importantes réserves fauniques du Sénégal, le parc de Guembeul est en chute vertigineuse à cause des nombreuses difficultés qu’il rencontre.
A en croire l’adjoint au conservateur de la réserve, si l’on n’y prend garde, Guembeul risque de tout perdre. « Les contraintes font légion dans la réserve. Premièrement le lac qui accueille des milliers d’oiseaux est infiltré par l’eau salée depuis l’ouverture de la brèche. Une situation qui détruit tout l’écosystème tout autour du parc. D’ailleurs on ne rencontre plus certaines espèces d’arbres. On craint avec la forte salinité du parc que tout disparaisse et que les oiseaux aillent voir ailleurs. La seconde difficulté qui interpelle les autorités, c’est l’envahissement du site par le cactus. Aujourd’hui plus de ¾ de la superficie du parc est envahi par cette plante. Ce qui réduit le mouvement des animaux et les surfaces de pâturage des gazelles et des oryx. Malgré la volonté des populations riveraines et les services du parc, tous les efforts déployés sont restés vains face à ce fléau. Les enclos sont vétustes et nécessitent des réhabilitations. Il y a moins d’un mois, le parc a vécu la perte de deux gazelles en gestation à la suite d’attaques de chacals dans leur enclos. Ce qui démontre la vétusté de ces infrastructures » a déploré le capitaine Basile Sagna.
Selon toujours l’adjoint du conservateur de Guembeul, il urge que les autorités centrales réagissent vite parce que le site est assailli de problèmes sérieux. Pourtant le budget de fonctionnement a connu une réduction drastique depuis quelques années. «Le budget est diminué de moitié et obéit à des rubriques qui ne sont plus en phase avec le mode de gestion actuel. Il a passé du double au simple, de 30 millions F Cfa à près d’un million 300 mille francs Cfa. La nourriture des animaux en captivité n’est prise en compte dans aucune rubrique. Il nous faut jouer et jongler avec le peu qu’on nous donne pour leur trouver des ressources afin de les nourrir. Ou bien ce sont des partenaires ou de bonnes volontés qui nous aident à faire face via des dons» a soutenu le capitaine Sagna.
Réagissant toujours sur les difficultés de la réserve, le conservateur adjoint a rappelé, malgré la place stratégique qu’elle joue dans la protection de diverses espèces animales protégées du pays, le personnel vit dans des conditions très difficiles. «Bien que nous sommes à quelques kilomètres de Saint-Louis, les bureaux et le personnel s’alimentent avec du solaire. Il suffit d’allumer nos ordinateurs et bonjour les dégâts le soir faute de courant. Pire malgré notre proximité avec la ville, le réfrigérateur est un luxe et nous trouvons toutes les peines du monde pour conserver quelque chose au frais. Toutes les contraintes que vous avez notées ou vues sur les lieux, ont été consignées dans nos rapports et transmises aux autorités. Malheureusement, aucune amélioration n’est notée, même si des projets sont annoncés » s’est désolé le capitaine Basile Sagna. Avant de se féliciter de la bonne collaboration avec les populations autochtones qui les aident dans la lutte de braconnage et la destruction de l’écosystème du parc.
Pour le coordonnateur de l’African Journalists Forum (AJF), cette visite dans la réserve de Guembeul entre dans le cadre d’alerte sur le péril environnemental. Elle a pour objectif d’attirer l’attention des autorités sur les questions environnementales qui transcendent nos frontières.

