Quand elles haussent le ton, on les traite de « féministes », terme péjoratif sous nos cieux. Connaître ses devoirs est louable. Pour équilibrer la balance, il est aussi bien de connaître ses droits et exigences. Jeudi 18 octobre, « une assemblée de femmes » s’est tenue au musée Henriette Bathily. Parmi les panélistes, Aby Diallo, ancienne commissaire de police, Fatoumata Gueye Ndiaye, présidente de l’AJS, Mona Chasserio, présidente fondatrice de la maison rose, Penda Seck Diouf, présidente du CLVF, ont parlé du viol. Parmi elles, un homme, Daouda Diop, consultant en genre et promotion du leadership féminin. Sa présence donne un autre ton, comme pour montrer que les violences liées au genre doivent être un problème de toute une communauté.

Depuis combien de temps le problème des violences faites aux femmes est posé. Pour certains, ce sujet devient lassant. D’autant plus que ces violences persistent toujours. « C’est comme-ci la loi de 1999 n’existait pas, » relève-Daouda Diop. Sans parler de cette pesanteur social, de ces traits culturels qui pèsent des tonnes sur le dos des victimes. Beaucoup de questions ont été soulevées lors de ce panel. La peine maximale de 10 ans rarement appliquée, le viol conjugal, le « sutura et massla » impunité, très sénégalais, entre autres.
Parmi ceux-là, la prise en charge des victimes. « Au tout début de ma carrière, en tant que commissaire d’arrondissement, » pose-Aby Diallo, j’ai constaté que les structures policières ou gendarmes sont en contact direct avec les victimes. L’accueil au niveau de ces lieux est décisif. Aujourd’hui, poursuit-elle, une nouvelle technique d’audition des victimes est mise en place. Elles sont isolées avec des spécialistes en la matière, » renseigne-t-elle.
La victime n’est plus entendue en présence de plusieurs personnes. Remarque, les questions que l’on leur pose lors des dépositions blessent leur amour propre et portent un coup à leur intimité, à leur dignité. Que t’a-t-il fait, comment il a fait, comment tu étais habillée, étais-tu consentante ? Lorsqu’on essaie, seulement, de se mettre à leur place, c’est comme-ci, les victimes étaient violées une seconde fois.
A cela, deux jeunes étudiantes de 20 ans, leur moue assez explicite, soufflant un vent de désolation, témoignent. « J’ai été victime d’abus sexuels à 12 ans, confie-la première. C’est la première fois que j’ose en parler en public. » Son histoire, racontée de sa bouche montre qu’elle a su transcender ce vécu, même si, la douleur est furtive. La deuxième, elle, fait cas de sa prise en charge lorsqu’elle a été elle, victime d’attouchements. « J’étais en pantalon, assorti d’un tee-shirt quand cela m’est arrivée. Mon habillement n’avait rien y à voir. J’ai eu mal certes mais ce qui m’a encore plus fait souffrir, dit-elle d’un air dégoûtée, c’est la façon dont on s’est occupée de moi à l’hôpital. Une dame m’a demandée de me déshabiller, de me coucher et d’écarter les jambes, alors qu’il y’avait d’autres personnes présentes dans la pièce. Sans douceur, elle m’a touchée, sans élan de compassion, elle s’est occupée de moi, d’une manière brute,» confie-t-elle à l’assistance.
C’est que lors de ces situations, le tribunal populaire tranche. Et son jugement, tournant les victimes en dérision est irrévocable.
Awa Tounkara, militante de l’AJS donne des chiffres. « Nous avons compté 102 cas dont 9 cas de pédophilie en 2018, » dit-elle.
Pendant presque trois heures, interventions et échanges ont rythmé les débats. « Le Sénégal est un pays très pédophile, » tonne-Daouda-Diop. Les rares hommes, présents à cette discussion, ont tenu à confirmer les dires de Daouda Diop, ajoutant que l’école est un lieu privilégié pour les viols.
T’étais habillée comment ?

Suite à ce panel, un vernissage a été offert aux invités sur le thème « t’étais habillée comment. » Qu’entend-on de plus en plus lorsqu’un cas de ce genre est mis en lumière. « Elle s’est faite violée ». Le terme, elle a été violée n’est presque plus utilisé. Ceci ne montre qu’une chose. Nombreux sont encore ceux qui fustigent les victimes d’abus sexuels, leur rejetant la faute, les rendant coupable parce que leur habillement serait une insulte à la décence. Pourtant, le tribunal populaire des « pisss mademoiselle », siffle même les filles voilées, adolescentes, enfants, ou mariées, sans parler des bébés. Les images ci-dessous en disent mieux que les mots.













Prendre conscience de qui l’on est au lieu de ce qu’on nous explique que nous devrions être est un premier pas vers la conscience de soi, le respect de tout ce qui nous constitue. L’être humain est un ensemble, sans distinction de sexe. En comprenant que la souffrance est intérieure, donnant l’impression que l’on est heureuse, toujours, toujours, la cicatrice d’un tel acte est là, ce à vie. Touchée !

