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« Je suis belle, je suis bête, je suis Journaliste! »

Le journalisme au Sénégal aurait – il perdu de sa valeur, au point d’être un métier à caractère trampoline? Dans certaines écoles de formation, la balance par rapport au choix des métiers pèse pour la plupart pour le métier de presse. Et, il se trouve que les jeunes filles, en ont battu le record.

Cela pourrait sembler sans doute surprenant, de voir que certaines personnes ne sont animées ni d’amour, ni de passion encore moins de vocation. Pourtant, c’est le cas pour beaucoup de ces étudiantes en troisième année de licence, en journalisme. Des justifications à leur façon de pensée, ils n’en manquent pas. Madeleine, soutient que ce n’est pas une honte de dire que le journalisme, est pour elle, une porte vers le meilleur : « J’aurai eu honte si je l’avais caché. Mais, je suis sincère avec moi-même et avec les autres. Mon choix pour le journalisme ne relève pas du hasard. J’ai choisi le journalisme parce que c’est un excellent moyen d’alourdir son carnet d’adresse. Dans ce pays-là, tu connais les gens, tu vis pénard, » dit-elle avec un soupçon de malice dans les yeux. Les aptitudes physiques de Nafissa l’ont emmené à se dire qu’elle pourra percer dans ce milieu : « Lorsque j’ai eu le bac, j’étais assez indécise au sujet de ce que je voulais faire de ma vie. Je ne savais pas quel métier choisir d’apprendre. Et, des amis m’ont suggéré de suivre des études en journalisme parce que je suis belle et que je pourrai y percer facilement. C’est comme cela que je me suis retrouvée en journalisme. » Les raisons évoquées par Nafissa sont les mêmes pour Awa Cheikh, mais à quelques différences près : « L’indécision de mon choix de métier m’a fait atterrir ici. J’ai décidé d’opter pour le journalisme, le jour de mon inscription. Quand j’ai lu la brochure et que j’ai vu que le journalisme faisait partie des filières proposées, j’ai tout de suite opté pour. » Maimouna, clame aisément, sans tiquer, que le journalisme est une profession aux œufs d’or : « Quand tu es dans ce milieu, tu as énormément de chance de te faire connaitre, de te faire plein de contacts, et même de te trouver un bon mari, plein aux as. On dit souvent que l’habit ne fait pas le moine, mais ce proverbe tend à disparaître du globe. Car, tu n’es respecté et considéré que quand tu es bien habillé, correct, beau avec une senteur suave. Qu’on ne se voile pas la face. Quand tu es belle, les télévisions te prennent. C’est une réalité, et j’en profite. »

Quand des filles choisissent le métier, en avançant ces prétextes, pour certains, cela peut passer. Mais si les garçons s’y mettent, cela devient autre chose. Abdou Karim, étudiant, parle d’une clé pouvant ouvrir toutes les portes : « Je ne pense pas faire du journalisme mon métier. Ce qui me plait c’est l’animation. Mais, je veux passer par ce stade afin d’avoir un diplôme en journalisme et prendre mon envol dans l’animation. » Son ami Christian, le rejoint : « Je suis mannequin. Je sais que je ferai un bon présentateur d’émission dans cette branche du mannequinat. Le journalisme proprement dit, surtout la presse écrite, ne m’intéresse nullement. »

Dans cette classe, tu demandes aux étudiants, filles comme garçons, le pourquoi de leur choix pour ce métier, la réponse, en surprendra beaucoup. Car, ils sont animés par le souci matériel, la gloire, la renommée. La presse écrite ? Jamais ! Pour eux, c’est une perte de temps. Ils veulent presque tous faire la télé, passés à l’écran. Qu’on les reconnaisse dans la rue.

Mr Abdourahmane Hanne, professeur en presse écrite se prononce sur ce phénomène : « Il est vrai que le journalisme est assez prisé par la gente féminine. Cela fait huit ans maintenant que j’exerce comme enseignant en presse écrite et je peux affirmer et confirmer que les filles ne se sont jamais autant intéressées à ce métier. Mais, il est nécessaire de préciser que ce tremplin ne date pas aujourd’hui. J’ai été dans le milieu pendant des années, je peux à cet effet dire que le fait que certaines d’entre elles optent pour cette profession juste pour se faire un nom, avoir une  certaine renommée, se trouver un mari dans la haute-société… La plupart, sont dépourvues du talent de journaliste. Aussi bien leur écriture que leur niveau de français fait défaut. Je suis d’autant plus choqué quand je vois certains de mes étudiants prendre ce métier, noble, pour la plus facile issue d’accéder à la gloire et se remplir les poches. J’en ai la certitude à cause de leurs notes, ils ne s’intéressent nullement aux tenants et aboutissants du métier. Je ne compte pas le nombre de fois, qu’on a eu mes étudiants et moi à faire des échanges par rapport à leurs motivations, à ce qui les a poussé à vouloir embrasser ce métier. Sans ciller, aussi bien les filles que les garçons lancent haut et fort qu’elles n’y sont pas par vocation. J’ai entendu ce discours de la bouche de certains de mes étudiants tellement de fois que maintenant, cela ne me fait plus l’ombre d’un choc. Il nous arrive mes collègues et moi d’en discuter longuement, ils en ont aussi fait le constat. »

A la question de savoir quelles sont les raisons qui expliquent cette situation ? M. Hanne répond « Le journalisme n’est plus ce qu’elle était avant. Elle a perdu sa valeur au Sénégal. Dans l’esprit de bons nombres de sénégalais, c’est un métier que tout le monde peut faire et y trouver la réussite. Et pour ces étudiants, qui pensent ainsi, c’est la profession la plus facile au Sénégal. Ils la prennent légèrement. En outre, les sénégalais et les patrons de presse eux même, ne sont pas en reste. Parce que, il est vrai que la télévision requiert d’avoir certaines prédispositions physiques, tels que le charisme, la prestance, la beauté. Mais, ce n’est pas la priorité. Les bagages intellectuels, qu’en font- ils ? Parfois, les étudiants subissent aussi l’influence des gens. Ils leur disent, tu es beau ou belle, suis des études en journalisme, tu passeras bien à la télé. Ou, pour ceux qui font des stages en presse écrite, ils leur lancent, fait la télé, c’est mieux. De sorte à leur faire croire que la télé est mieux que tout. Mais il faut dire que les patrons de presse ont une part de responsabilité. Ils préfèrent prendre des filles avec une beauté physique sans pareil, pourquoi ? Pour pousser les gens à regarder. Et cela leur réussi. »

A monsieur Hanne de renchérir, qu’une telle situation peut tout à fait leur porter préjudice. Par exemple, « ces filles si elles tombent sur un patron de presse véreux, dépourvu de scrupule, sachant qu’elles sont prêtes à tout pour voir leur image passer à la télé, mais on sait ce qui pourrait se passer. Il y aura 98% de chance qu’elles succombent à la tentation. Les conséquences sont ni plus ni moins que la débauche. Leur ambition démesurée pourrait leur faire commettre l’irréparable. Et, ce sont elles qui en pâtiront le plus.

Entre les connaissances, la gloire, la renommée, tant de raisons évoquées comme choix du journalisme. Ce qui revient à penser que la beauté est mise en avant, par certaines qui ont choisi ce corps de métier, au détriment de l’intellect. Une question sera indubitablement sur toutes lèvres, A ce rythme, que sera le journalisme d’ici quelques années ?

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Mame Khary Leye

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