La polémique causée par les propos insultants que Donald Trump aurait prononcé contre les nations africaines, le Salvador et Haïti, ne s’atténuent pas. A Port-au-Prince, ce lundi 23 janvier, ils ont été plus d’un millier à manifester pour déclarer Trump, « persona non grata » en Haïti. Une colère que l’opposition porte aussi sur ce qu’elle considère comme une mauvaise gestion des dirigeants haïtiens.
Les affiches caricaturant Trump ne laissent percer aucun doute. A l’image du syndicaliste Josué Mérilien, les manifestants détestent l’idée qu’Haïti puisse être qualifié de « pays de merde. » Les citoyens de ce pays, à travers leurs pancartes, ont répondu au Président Trump dans le même langage qu’il aurait lui-même utilisé.
Cette grande manifestation a aussi été une occasion pour l’opposition, de réclamer de nouveau, le départ du Président Jovenel Moïse.
Dans le cortège, Souverain Larose partage cette colère mais lui la dirige plutôt contre les politiciens haïtiens : « Tous les noirs à travers le monde sont estomaqués et vexés. Je veux dire au peuple haïtien qu’on doit prendre notre destin en main. Jovenel Moïse ne devrait pas nous diriger, Certains n’auraient pas dû être élus au parlement. On doit prendre notre destin pour renverser Jovenel et ses acolytes pour libérer le pays. »
« Grande histoire »
«Le peuple haïtien a une grande histoire. N’oubliez pas que le fondateur de Chicago est un Haïtien et on a fait Savannah. Ça veut dire qu’on n’est pas un « pays de merde » », affirme avec fermeté Fernando Duclerc, en faisant référence à une bataille, en 1779, de la guerre d’indépendance des États-Unis à laquelle avaient participé des soldats haïtiens.
Fernando Duclerc est aussi de ceux qui attaquent directement les dirigeants haïtiens : « On n’est pas de la merde mais, ici, les dirigeants sont des dirigeants de merde. Jovenel, le Président c’est un shithole, les bourgeois sont des shitholes parce qu’ils alimentent la misère », poursuit le manifestant au milieu du cortège. « Le peuple haïtien en soit n’est pas un « shithole », c’est un grand peuple. »
Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de diverses organisations politiques et civiques d’Haïti et ont défilé dans la capitale. Drapeaux fièrement en main et pancartes aux dessins ridiculisant le Président américain, le mot d’ordre a majoritairement rassemblé les opposants traditionnels à Jovenel Moïse.
« Quand on voit en Haïti que tant de gens ne peuvent pas manger, pas boire, que l’argent est gaspillé, et bien on peut dire quelque part que Donald Trump a raison », regrette Chandler Champal, un des manifestants.
« Trump est stupide, il a mal parlé mais il a mis de l’essence dans notre moteur pour qu’on commence à se battre pour nos droits, pour attaquer les dirigeants qui nous ont mis dans une misère noire », déclare-t-il avant d’entonner un chant anti-gouvernemental avec le reste du cortège.
Annoncée depuis plus d’une semaine, cette manifestation qualifiée de « marche pour la dignité » avait pour destination l’ambassade américaine mais un imposant cordon de sécurité empêchait d’accéder à moins de 300 mètres du bâtiment.
La présence de policiers haïtiens équipés de toutes leurs protections et bâtons en main, a attisé la colère des manifestants dénonçant une nouvelle attaque à la fierté nationale.
Les jets de pierres sur les forces de l’ordre se sont multipliés et, en retour, la police a tiré à balles réelles en l’air pour disperser la foule.
« C’est laid et vraiment triste », regrette Josué Mérilien, syndicaliste du secteur éducatif. « Nos dirigeants prennent les ordres de leurs patrons colons et impérialistes. Après une telle déclaration raciste, qui nous a vexé et indigné, il serait juste que l’on aille manifester là où l’on doit aller manifester. Ça prouve encore combien ce gouvernement doit partir », conclut le syndicaliste, appelant à un sursaut patriotique.

