La Catalogne a obtenu son indépendante depuis deux semaines. Le Somaliland l’est depuis des années. Ce territoire de 4 millions d’habitants, ancienne colonie britannique, s’est déclaré indépendant de la Somalie en 1991 après dix ans de guerre civile. Mais depuis, il n’est pas reconnu par la communauté internationale. Pour autant, il vit en autonomie et en paix.
Le Somaliland organise ce lundi 13 novembre une élection présidentielle. Le président sortant, Ahmed Silanyo, a dont la fin du mandat a été marquée par la maladie, ne se représente pas. Trois candidats se présentent pour lui succéder dans une présidentielle aux enjeux multiples.
Aujourd’hui, nnles Somalilandais iront voter pour élire leur prochain président et ils en sont fiers. Coincé entre Djibouti, l’Ethiopie et la Somalie au sud dont il s’est autoproclamé indépendant en 1991, le Somaliland, cet Etat « de fait », cultive sa différence dans un voisinage tenu par des régimes autoritaires ou fracturé par les tensions claniques et les attentats des shebab.

« Il n’y a pas de pays plus démocratique dans la Corne de l’’Afrique», s’enthousiasme Ahmed Y. Elmi, le chef du protocole du ministère des affaires étrangères dont la cravate verte, blanche et rouge frappée d’une étoile noire claque comme un étendard. A Hargeisa, la capitale, personne, quelles que soient ses opinions, ne le contredirait.
Le Somaliland a fait de son « exception démocratique » dans une région qui ne l’est pas son principal capital pour obtenir sa reconnaissance. « La communauté internationale ne sait pas apprécier nos efforts et ses bénéfices pour la région. C’est injuste », se plaint le ministre des affaires étrangères, Saad Ali Shire.
Dans les rues d’Hargeisa, des jeunes qui récitent sans se faire prier les grandes dates de la courte histoire de leur République, s’interrogent. « Pourquoi le Soudan du Sud, dernier pays reconnu par l’ONU, et pas nous ? Nous ne pourrons jamais nous développer. Les jeunes n’ont pas de travail et ils sont obligés d’émigrer, constate Omar, huitième d’une fratrie dont quatre des membres ont obtenu un statut de réfugié en Europe. Jamais nous ne rejoindrons la Somalie. Ils nous ont fait trop de mal. »

Le nombre d’électeurs a été ramené de plus de 1 million à 873 000 dont 80 % sont finalement allés retirer leur carte.
Ce n’est pas le moindre des paradoxes de ce pays qui officiellement n’existe pas. Le processus électoral a été en majorité financé par des bailleurs étrangers, Royaume-Uni en tête. Un soutien non dénué de tensions. Les difficultés techniques et la sécheresse invoquées par le président Silanyo pour justifier un retard de trente mois de l’élection initialement prévue en juin 2015 ont été jugées comme des arguments peu convaincants par certains donateurs qui n’ont pas hésité à réaffecter une partie de leur aide au bénéfice de Mogadiscio.
Voilà qui prouve bien un certain enthousiasme pour ce scrutin important pour le Somaliland.
Premier enjeu: la paix et la stabilité
Pour le Somaliland, l’enjeu est d’abord interne : celui de la paix et de la stabilité que ce territoire parvient à maintenir depuis plusieurs années. Mais qui dit nouveau président, dit nouveau jeu d’échec entre les différents clans. Le Somaliland n’a que trois partis autorisés, mais en coulisse, le système traditionnel reste très présent. « Le nouveau président devra trouver des compromis, gérer un équilibre très délicat à travers le consensus », explique Ulf Turlinden, spécialiste de la région.
L’élu devra également poursuivre la délicate réconciliation avec les provinces de Sanaag et Sool, dans l’Est, qui régulièrement remettent en cause le pouvoir central.
Un scrutin réussi renforcerait la crédibilité du territoire
Mais l’enjeu de cette présidentielle est tout aussi externe. Même s’il n’est pas reconnu, le Somaliland suscite une certaine admiration puisqu’il est parvenu à organiser plusieurs élections seul, de façon relativement calme et transparente. « Réussir ce scrutin renforcera la crédibilité aux yeux des étrangers. Cela pourrait déboucher vers plus d’investissements et d’opportunités », explique Marc Bradbury, de la Rift Valey Institute.

Ce réchauffement des relations pourrait faire du bien car la présidentielle est retardée depuis deux ans à cause de la sécheresse. Un report qui a agacé la communauté internationale qui a plutôt renforcé son aide à la Somalie voisine, suite au recul des islamistes shebabs et à l’amélioration relative de la situation.
Quant à une reconnaissance internationale, on n’en est pas encore là s’accordent à dire les experts, même si une présidentielle réussie permettra au Somaliland de marquer des points comme l’explique à notre envoyé spécial cet homme rencontré à Hargheisa.

