Une équipe américaine a testé chez des souris en insuffisance cardiaque une thérapie génique qui a rétabli une fonction contractile quasi normale, après avoir induit la prolifération de cellules spécialisées. Un résultat spectaculaire, mais encore préliminaire.
L’infarctus du myocarde est l’une des principales causes d’insuffisance cardiaque, caractérisée par un pompage insuffisant du sang par le cœur. Celui-ci est responsable d’une perte irrémédiable de cellules du muscle cardiaque : les cardiomyocytes. La zone lésée est remplacée par un tissu fibreux cicatriciel, non contractile. Il s’ensuit une baisse de la force de contraction et un effondrement progressif du débit cardiaque.
Mais voilà que l’équipe de James Martin du Baylor College of Medicine de Houston (Texas) rapporte dans la revue Nature datée du 4 octobre qu’un cœur adulte défaillant a la capacité de se réparer. « Actuellement, aucun traitement n’est capable d’améliorer considérablement la fonction contractile du cœur dont dépend la survie du patient, rappelle Fabrice Prunier, cardiologue au CHU d’Angers. Depuis une quinzaine d’années, des essais cliniques par thérapie cellulaire ont été réalisés, utilisant divers types de cellules souches. Les gains sont minimes sur la fonction contractile. Ce n’est certainement pas le traitement miracle que l’on attendait. »
Le traitement consiste en cas d’insuffisance cardiaque terminale, en la greffe ou l’implantation d’un cœur artificiel. Tout serait plus simple si des cellules cardiaques pouvaient se multiplier pour remplacer celles perdues, mais cela est impossible à l’âge adulte.
En effet, « les cardiomyocytes ne prolifèrent que lors de la période embryonnaire et chez le nouveau-né. Chez la souris, cette prolifération s’éteint huit jours après la naissance. Les cardiomyocytes perdent leur capacité à proliférer, empêchant le cœur de se régénérer », explique Sigolène Meilhac, directrice de recherche à l’Institut Pasteur et à l’Institut Imagine (Paris).
C’est à cet écueil que l’équipe texane s’est attaquée, en bloquant dans les cardiomyocytes une cascade de réactions appelée voie de signalisation Hippo. « Celle-ci est activée lors de l’insuffisance cardiaque ».
Les chercheurs ont injecté à sept reprises des microARN dans le sang des souris, après avoir provoqué chez ces souris un infarctus du myocarde. Deux mois plus tard, le cœur des souris traitées avait nettement récupéré, avec une fraction d’éjection sanguine améliorée, moins de tissu cicatriciel et plus de vaisseaux autour de la zone lésée que chez les souris non traitées. Pour la première fois, une régénération du tissu musculaire cardiaque d’un mammifère adulte a été obtenue.
Autre point positif, aucun effet indésirable de ces microARN artificiels, qui miment l’action de microARN intervenant naturellement au cours du développement embryonnaire du cœur, n’a été observé sur d’autres organes, soulignent les chercheurs dans la revue Science Translational Medicine. C’était aussi la première fois que de tels microARN étaient utilisés avec succès pour traiter et stimuler la régénération d’un tissu.
Qu’en est-il de l’efficacité ?
« Cette nouvelle stratégie semble atteindre le Graal de la thérapie cardiaque, qui est de régénérer le cœur de novo », relève Jean-Sébastien Silvestre, directeur de recherche Inserm au Centre de recherche cardio-vasculaire de l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris. « Elle serait beaucoup moins lourde que la chirurgie ou la transplantation cardiaque pratiquées aujourd’hui, ainsi que les transferts de cellules souches dans le cœur envisagés pour demain. Fabriquer des microARN serait aussi beaucoup plus accessible et meilleur marché, même en tant que thérapie complémentaire, pour traiter les patients juste après leur attaque cardiaque », précise encore le chercheur.
Comme prochaine étape, l’équipe américaine envisage de tester leur méthode sur un animal plus gros tel que le porc pour se rapprocher des conditions humaines. Des incertitudes demeurent cependant quant à son efficacité thérapeutique chez des patients bien réels. « La capacité à se régénérer d’un cœur abîmé par des années de tabagisme ou de diabète n’est probablement pas la même que celle du cœur de souris saines », note Jean-Sébastien Silvestre. La facilité de la mise en œuvre de ce nouveau type de thérapie fondée sur les microARN devrait vite permettre de confirmer, ou non, leur efficacité.

