La route qui donne à Colobane via l’autoroute est bondée de monde, c’est l’heure de pointe et les citadins prennent d’assaut les rues de Colobane pour vaquer à leurs préoccupations. Les citoyens se faufilent entre les voitures pour se frayer un chemin parmi les vendeurs qui occupent les trottoirs et les voitures qui roulent sur la chaussée. Une scène attire l’attention des passants : un groupe d’hommes vient de se jeter sur un tas d’habits, chacun s’arrachant des t-shirts et pantalons. Ce sont des commerçants venus se ravitailler.
Certains passants jettent des coups d’œil furtifs sur les habits qui y sont exposés alors que d’autres s’arrêtent pour inspecter les produits. De l’autre côté du trottoir, Cheikh Mbacké et Babacar Mbaye sont assis à même le sol, il inspecte des chemises, Babacar les examine d’un œil d’expert puis les pose sur la pile de chemises qui est sur ses genoux. En face de lui se trouve le propriétaire des chemises en question, Cheikh Mbacké qui est accoudé sur un scooter pendant qu’il surveille Babacar Mbaye.
« Dès 5 h du matin nous devons être présents ici, donc je quitte les parcelles assainies de bonne heure. C’est vers cette heure qu’on trouve les meilleurs produits quoi », explique Babacar Mbaye. Selon lui dans ce semblant d’anarchie qui prévaut sur les lieux, les tâches sont bien définies. Quand nous l’interpellons sur la scène décrite ci-dessus il nous rétorque que « ce sont ceux qui font le « guiir », ils choisissent les habits moins jolis laissés par ceux qui font le « ndabar ». Ces derniers se servent en premier et prennent les plus beaux habits. » « Y en a aussi qui achète des balles puis les revendent à d’autres commerçants comme moi », ajoute-t-il. Avant de se séparer de Cheikh Mbacké, Babacar Mbaye glisse quelques billets de banque à son fournisseur.

Ousmane Diop aussi est venu se ravitailler en pantalon à Colobane, après avoir jeté son dévolu sur quelque dizaine de jeans. Il prend la direction de l’atelier de son tailleur attitré pour modifier la coupe des pantalons qu’il vient d’acheter. « Les jeunes ne portent plus de pantalons larges, c’est la raison pour laquelle nous faisons retailler les pantalons. », explique-t-il. Arrivé au niveau de la gare routière, il bifurque à droite pour aller au centre commercial. C’est un bâtiment vétuste et mal éclairé où se trouve le tailleur qui va réadapter les pantalons à la mode actuelle.

Retailler des pantalons n’est pas la spécialité du tailleur Pape Fall, mais le marché est tellement juteux qu’il ne se fait pas prier pour accepter la pile de jean qu’Ousmane Diop vient de déposer devant son atelier. « Franchement c’est une affaire qui marche beaucoup pour moi », nous dit-il tout en continuant de ciseler les tissus qu’il a en main. « Les affaires marchent beaucoup plus lors des périodes de fêtes et à l’approche de l’ouverture des classes », nous confie-t-il.
Pendant que Pape Fall modèle les pantalons, Ousmane Diop s’en va chercher de quoi se mettre sous la dent. Après avoir récupéré ses habits, il les emporte pour les faire « brosser ». Cette méthode permet de laver les pantalons sans les plonger dans l’eau afin qu’ils sèchent plus rapidement.

« C’est vers les coups de 12 à 13heures qu’ils sèchent puis nous commençons à sillonner les rues pour les vendre. Vers 15h je prends une petite pause pour déjeuner puis je reprends le travail. Je termine ma journée la nuit vers 20h », explique Ousmane Diop. Ses clients ? Ousmane Diop n’a pas de cible privilégié, « même vous, vous êtes un potentiel client », nous dit-il d’un ton taquin.
Le lendemain, il rembobine, c’est le film de la vie d’Ousmane et des siens.

