De Chérif Abdou Aziz TOURÉ, Tivaouane
Les manifestations de 2012 contre le régime de Wade ont laissé de tristes empreintes à la ville sainte de Tivaouane. Cinq années plus tard, les citoyens de Tivaouane peinent toujours à se faire délivrer certains documents administratifs à cause de l’incendie qui avait ravagé l’essentiel de l’état-civil de la mairie de Tivaouane.
La file d’attente de gens venus chercher des documents administratifs attirent l’attention du visiteur à première vue. Après avoir affrontés le soleil chaud de l’été, ces natifs de Tivaouane font la queue pour trouver le précieux document dont ils sont à la trousse. Ce grand-père trouvé dans la queue explique qu’il est venu se procurer son extrait de mariage qui avait brûlé avec l’incendie de 2012. Il déclare : « je suis venu chercher mon extrait de mariage et on m’a fait comprendre qu’il fait parti des documents qui avait été emportés par le feu. Heureusement, j’ai eu un exemplaire que j’ai pu récupérer à la Caisse de Sécurité Sociale et c’est qui m’a facilité un peu la tâche. Ainsi, l’agent municipal m’a remis une attestation d’acte de détérioré que je dois amener au Tribunal de Tivaouane où l’on me délivrera une autre pièce que je dois acheminer au Tribunal de Thiès. Je dois revenir à la mairie de Tivaouane avec le document délivré par le Tribunal de Thiès pour qu’on me fasse une copie de mon certificat de mariage. Cela fait trois jours que je suis dans les démarches », affirme-t-il.
L’extrait de naissance : à la quête du précieux sésame
D’autres personnes rencontrées à la mairie de Tivaouane chantent leur amertume due aux nombreux va-et-vient qu’elles font pour avoir leurs papiers. Ce jeune homme venu pour chercher un extrait de naissance à sa nièce témoigne : « je viens pour ma nièce, mais j’avoue que la situation est vraiment difficile. Et je demande à mes concitoyens de ne plus faire un acte aussi grave que d’incendier l’état-civil car nous sommes les seuls à en pâtir. J’espère aussi que les autorités trouveront une solution pour nous aider. Je lance un appel à l’attention du maire Mamadou Diagne Sy Mbengue », conclut ce jeune homme lassé par la quête de l’extrait de naissance destiné à sa nièce. Même si la situation est souvent compliquée pour ceux qui ont perdu leurs documents avec l’incendie de 2012, certains n’hésitent pas à s’appuyer sur des relations pour accélérer le processus. C’est le cas de cette jeune fille qui est à la recherche d’un extrait pour sa petite sœur. En effet, elle nous explique que c’est grâce à son contact au sein de la mairie que les démarches ont été plus faciles pour elle.
Le Secrétaire municipal : « La reconstitution totale de l’état-civil nécessite que le Président de la République signe un décret présidentiel »
Saisi sur la question, le Secrétaire municipal Moustapha Diagne a apporté des éclaircissements. Il note ainsi : « c’est depuis le 18 février 2012, date de l’incendie que nous avons tous commencés à avoir ce problème dans la délivrance d’extraits d’actes d’état-civil. La cause c’est que beaucoup de registres avaient brûlé. Quand on délivre un document d’état-civil, on doit se référer à l’année et c’est ce à quoi le registre correspond. Si la personne veut se procurer un extrait de naissance, de mariage ou autre, elle donne juste la matricule pour nous faciliter la fouille au niveau des registres. Nous copions les informations contenues dans le registre pour lui délivrer ce que l’on nomme un extrait d’acte civil. Maintenant si le registre a brûlé, nous n’aurons plus d’éléments de référence pour produire un extrait. » Mr Diagne précise qu’au début en 2013, la mairie avait pris des dispositions spéciales pour simplifier la tâche aux demandeurs, particulièrement aux élèves et étudiants en acceptant de produire des copies sur la base des extraits qu’ils amenaient eux-mêmes. Mais ce système fut vite interrompu à cause de certains qui faisaient de la fraude en conservant juste la signature de l’agent municipal et en fournissant des informations erronées qui ne correspondent pas celles enregistrées dans les registres. Le secrétaire municipal précise aussi que : « la reconstitution totale de l’état-civil nécessite que le Président de la République signe un décret présidentiel. Rien ne pourra être fait à notre niveau si ce décret n’est pas signé. Donc en attendant que ce décret soit signé, nous collaborons avec le Tribunal de Tivaouane et celle de Thiès pour procéder à une reconstitution partielle. » Mr Diagne conclut ses explications en observant que les agents municipaux ne sont pas les seuls à être blâmés dans les actes de corruption, car selon lui, il ne faut pas oublier que les agents corrupteurs sont de l’autre côté de la société.
Pour rappel, l’ancienne mairie de Tivaouane située près de l’ancien poste de police avait été incendiée en 2012, lors des mouvements de contestations contre le régime du Président Wade notés à l’échelle nationale. Aujourd’hui, les populations de Tivaouane souffrent énormément du problème de délivrance d’extraits d’actes civils depuis cinq bonnes années. Elles demandent juste à ce que leurs autorités municipales, après s’être installées dans leurs nouveaux locaux flamboyants, puissent panser cette plaie béante qui freine toute idée d’émergence.

