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Entretien Exclusif avec Pr Malick Sané : « L’informel, un secteur important dans l’économie sénégalaise, mais inefficace »

Le FMI publie chaque année et tous les semestres – au mois d’avril et au mois d’octobre – des perspectives sur l’économie mondiale et certaines régionale. La plus récente a consacré sa troisième au poids de l’économie informelle. Pour mieux comprendre ce document, Malick Sane, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion (FASEG), directeur du Laboratoire des politiques commerciales et de gestion nous offre sa grille de lecture. Il ressort également quelques critiques sur le travail produit par l’institution financière dirigée par l’ancienne ministre des finances de la France, Christine Lagarde.

TerangaNews : Dans quel est état se trouve l’économie informelle au Sénégal ?

Pr Malick Sané : Le secteur informel est un secteur important compte tenu des emplois générés mais son efficacité pose problème. Cela Dans le nouveau rapport du FMI, elle représente entre 25 et 65% du PIB  de l’Afrique et fournit 90% de l’emploi non agricole. Le dernier recensement des entreprises au Sénégal montre que pratiquement 98% sont du secteur informel. Cependant malgré cette présence prépondérante, d’autres études ont conclu une efficacité assez faible du secteur informel parce que l’essentiel du tissu économique au Sénégal est constitué des petites et moyennes entreprises et industries dont leur contribution au niveau d’emploi est seulement de 20% et autour de 25% de la valeur ajoutée seulement.

Teranga News: Quelles doivent être les actions de l’Etat pour mieux rentabiliser ce secteur ?

Pr Malick Sané : Ce secteur mériterait l’intervention des pouvoirs publics afin de surmonter ses difficultés et ses faiblesses. Il s’agira pour l’Etat  de favoriser la sortie du champ informel de certaines entreprises pour une formalisation. Il saura aussi faciliter l’accès au crédit parce que ce volet constitue un obstacle de taille pour les entreprises informelles. Ensuite, son intervention dans le fonctionnement des marchés, notamment en ce qui concerne la libéralisation des échanges et ce qui a trait également à la règlementation du marché, notamment des produits, sera salutaire. Le rapport du FMI insiste sur la nécessité de faciliter l’accès à l’électricité, de sa fourniture et aussi la baisse de façon significative du coût de l’énergie qui pèsent sur le budget des entreprises.

Téranga News: Comment faire redémarrer la croissance économique en Afrique ?

Pr Malick Sané : D’abord  il faut savoir que depuis deux ans, la croissance en Afrique a beaucoup baissé surtout l’année dernière (2016) où elle a été estimée à 1,5%. Après quinze ans de croissance relativement forte, il est question de réfléchir autour de ce rapport pour savoir comment « faire redémarrer la croissance ». Le but d’une telle entreprise est d’éviter que l’Afrique ne rentre dans une période de récession ou de crise.

Téranga News: Qu’est-ce qui explique cette baisse de la croissance ?

Pr Malick Sané : Suite à cette performance relativement mauvaise, le FMI a essayé d’identifier les raisons à savoir : les difficultés rencontrées par les pays africains producteurs du pétrole –  notamment le  Nigéria – avec la chute du prix du baril ; la dégradation des termes des échanges pour les autres pays spécialisés dans l’exportation des matières premières ; la sécheresse en Afrique de l’Est qui a eu des conséquences négatives en ce qui concerne la situation alimentaire. A cela, il faut ajouter l’environnement économique international encore marqué par la crise. L’Afrique étant un continent ouvert, ces différents facteurs ont pesé sur ses performances.

Teranga News: Quelle nouvelle information apporte ce rapport ?

Pr Malick Sané : En analysant l’évolution des cycles de croissance de l’Afrique les années 1950, les  experts du FMI ont essayé de savoir les points de retournement de cette croissance soit en termes d’accélération de cette croissance –  on parle de rupture à la hausse – soit en termes de décélération de la croissance – rupture à la baisse. Leurs conclusions révèlent   que le continent est habitué à ces ruptures. Il n’y a jamais eu une croissance assez forte et sur une longue période. A chaque fois, il y a des phénomènes endogènes ou exogènes qui viennent rompre ce cycle ce qui ne favorise pas la réduction de la pauvreté sur le continent et de permettre l’émergence économique.

Teranga News: En tant qu’économiste, quelles sont les points que vous ne partagez pas dans ce rapport ?

Pr Malick Sané : Le FMI s’inscrit dans une approche néolibérale qui préconise le « moins d’Etat, mieux d’Etat ». Je considère que nos pays, faute d’un secteur privé relativement performant, l’interventionnisme étatique est une nécessité. Par exemple, si au Sénégal le taux de croissance a été important, c’est essentiellement dû au politique publique notamment sur les déficits parce que c’est à travers le déficit que l’Etat a pu financer les infrastructures et soutenir le rythme de croissance. Un autre point que je n’approuve pas concerne la rigueur en matière de politique monétaire et du crédit mise en œuvre en Afrique de l’Ouest. Celle-ci insiste sur la lutte contre l’inflation au détriment de la relance et de la croissance. Conséquence, le financement est relativement cher et inaccessible pour la plupart des PME et PMI. En mon sens, la Banque centrale gagnerait à appuyer la croissance en relâchant un peu l’orthodoxie monétaire dont elle fait preuve. En amenant les banques à revoir à la baisse leur taux d’intérêt. Ce que bien sûr, ne partage par le Fonds Monétaire International.

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Daouda SOW

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