La pandémie du Covid-19 a bouleversé les habitudes de vie de nombreux de nos concitoyens dans un pays ou le contact social est le ciment qui lient les relations sociales. Désormais pour éviter de choper le virus, il faut s’abstenir de toucher l’autre, garder la distanciation physique, porter le masque pour se sauver du virus mortel…Mais le constat est que certaines personnes ont baissé la garde face à ce nouveau virus.
Face à un ennemi invisible, incurable et qui se propage à la vitesse du vent, le plus sûr est de tordre le bras à ces us et coutumes pour barrer la route à cette pandémie qui a fini de faire le tour du monde avec comme point de départ la Chine ; pays continent…Reportage…
Le port du masque malgré eux,
Accroché au détour d’une ruelle qui débouche sur la corniche ouest de Dakar, Zakaria Kamara, enseignant de profession est d’avis que la plupart de ses voisins de quartier ne respectent plus les mesures de préventions individuelles et collectives pour couper la chaîne de transmission et arrêter la propagation.
« J’ai l’impression que rien ne se passe dans ce pays alors qu’ailleurs des personnes par centaines meurent. Regarde ce qui se passe aux Etats Unis, ce grand pays qui souffre aujourd’hui avec des milliers de morts. Mais chez nous malgré les mesures prises par nos autorités, on a l’impression qu’un danger n’est pas », fulmine avec beaucoup de dépit cet enseignant. « Je pense qu’il faut sévir avec beaucoup de rigueur sinon ce relâchement constaté dans le respect des mesures barrières nous mène tout droit vers la catastrophe », renchérit-il.
Ajustant ses lunettes correcteur, visage masqué, Zakaria appelle à la vigilance et à la prudence face à ce virus hautement contagieux et qui peut provoquer la mort en dépit de son faible taux de létalité.
«Pourtant la mort triste de Pape Diouf doit nous ouvrir les yeux. Ce grand homme a été emporté par ce virus dont des badauds disent des sottises sans rien savoir. Mais dès que vous mettez le nez dehors tu vois un monde fou qui se pavane dehors. Moi ce qui me sidère le plus ce sont les jeunes, si on a arrêté les cours et fermées les écoles et universités c’est pour que les gens restent chez eux mais au lieu de ça, tu peux le constater toi-même, rien n’est fait…et pourtant le virus continue de ramper dangereusement vers nous », s’alarme til.

La peur de l’autre,
Saisissant la balle au bond, Marly abonde dans le même sens, « j’ai fermé la porte à clé pour empêcher aux enfants de sortir. J’ai d’ailleurs arrêté de les envoyer à la boutique ou ailleurs. Ils ont leurs jouets à l’intérieur donc pas question de sortir sous aucun prétexte c’est la directive de monsieur ».
Donnant son opinion sur ce qu’elle considère comme un comportement irresponsable de certains qui foulent au pied les mesures barrières recommandées telles que le port du masque ou encore la distanciation physique, Marly s’offusque, « cette attitude me file le tournis quand je sors, j’ai l’impression que rien ne se passe. Alors que les cas communautaires ont fini de faire le tour de Dakar presque tous les quartiers sont touchés. Un danger permanent en circulation. Je pense qu’on doit mettre policiers et gendarmes dans tous les coins de rues du quartier pour empêcher à toutes ces personnes qui ne font rien dehors de rester chez eux pour épargner leurs proches de cette maladie contagieuse », constate telle.
De plus en plus les gens se relâchent face au virus
Maty est plus catégorique, «ça me fous la rogne si je vois à chaque coin du quartier des gens regroupés avec désinvolture comme si rien ne se passe dans ce pays alors qu’il y’a des gens qui meurent chaque jour de cette maladie et nous on se comporte comme si de rien état», fulmine Maty qui pense que tout cela est le comportement de gens indisciplinés qui doivent être remis sur les rails avant qu’il ne soit tard.

L’artère principale du quartier de Fann-Hock qui a refait peau neuve et baptisée Allée Mame Cheikh Ibrahima Fall, du nom du célèbre disciple de Cheikh Ahmadou Bamba fondateur du mouridisme, est devenue le lieu de rencontre de tout ce beau monde. Les bancs publics qui jouxtent le Canal 4 sont occupés par de grands gaillards qui épiloguent sur des choses et chacun y va de ses analyses. « En tout cas je me lave les mains, on a pris les dispositions à la maison mais je préfère ne pas porter de masque quand je suis avec mes amis », réponds Sam, grand de taille engoncé dans un jean déchiré.
Même avis pour son vis-à-vis qui croit dure comme fer que le virus qui a fini de faire le tour du monde et paralysé tout n’est qu’une pure création des occidentaux notamment les « américains » qui ont bon dos, pour barrer l’expansion de la Chine. Théorie de la conspiration, non me rétorque un autre de la bande, « c’est vrai le virus existe et que des hommes en meurent mais c’est juste la volonté divine qui s’est accomplie sur eux », lâche un autre.

« L’être humain n’est pas fait pour le malheur »
«Moi je pense que la maladie existe et elle est dangereuse, c’est pourquoi j’ai réduit mes déplacements. Je reste dans ma boutique multiservices, je porte le masque, j’ai le gel hydro alcoolique sur la table et je me lave régulièrement les mains après chaque opération effectuée. On dit que les billets de banque peuvent véhiculer le virus, c’est pourquoi je reste très prudent », réplique Sada un gérant de boutique transfert d’argent.
«Pour moi quelque chose a changé et il faut s’adapter. Ce nouveau virus nous pousse à adopter d’autres comportement pour sortir indemne de cette maladie qui éprouve le monde entier. Je pense qu’il est temps de repenser notre mode de vie sinon nous allons tous périr car le virus a désorganisé nos manières de vies. », épilogue Samir ressortissant maghrébin, doctorant en médecine.
Un simple constat permet de constater que le port du masque et le lavage est respecté reste à poursuivre la sensibilisation sur la distanciation physique car dans les commerces, transports et dans les artères de ce quartier les regroupements continuent. En attendant les palabres se poursuivent et chacun y va de ses analyses et le décompte macabre continue, le Sénégal a enregistré son 45e décès lié au Covid 19, et la barre des quatre mille cas de contaminations au coronavirus est franchie.

