Trouvée devant chez elle à Fass, Mame Nguénar Ndiaye, élève en classe de CEM II n’a pas une grande idée de ce qui est en train de se jouer, elle qui joue à la corde avec ses amies. « Tu sais que les cours vont reprendre le 02 juin, « oui mon répétiteur me l’a dit et qu’en penses-tu ? « Elle mime un sourire pour dire qu’elle va porter le masque. » «J’ai hâte de retrouver mon école et mes camarades de classe.»
Insouciance d’enfance rétorque sa mère. Pour madame Ndiaye qui suit ce qui se passe dans le monde avec ce virus qui circule et qui continue de faire des centaines cas et de morts presque chaque jour dans notre pays, « je trouve irresponsable de laisser ces petits enfants sortir et aller à la rencontre du virus qui tue, c’est insensé », laisse entendre cette femme voilée. « C’est une situation très compliquée pour nous parents d’élèves j’y pense depuis l’annonce de cette décision je ne sais pas si je dois laisser ma fille retourner à l’école tout en sachant qu’elle peut être contaminée par n’importe qui et elle peut transmettre le virus à nous. C’est à ça que je ne cesse de penser. Ça me donne le tournis ».

« On ne devrait pas. J’ai suivi le journal télévisé et en France des élèves ont été contaminés juste quelques jours après la reprise des enseignements. Et si eux ont plus de moyens tu vois ce qui peut se produire c’est nous ou les classes comptent presque une centaine d’élèves. En tant que mère suis devant une situation compliquée. », reconnait-elle.
Tiraillée entre ne pas laisser son enfant aller à l’école ou non beaucoup de parents d’élèves n’ont pas le choix, il faut apprendre à vivre avec le virus. C’est le cas d’Astou mère de trois filles dont les deux sont en classe d’examens, l’une en classe de troisième l’autre en classe de terminal au collège privé Anne Marie Javouey. « Ce n’est pas simple on discute de cette décision même si elles sont conscientes du danger de cette maladie, je trouve qu’on devrait attendre un autre moment mais prendre la décision de reprise des cours au moment où le pays compte chaque jour des centaines de cas du coronavirus et ou on enregistre des décès. Je pense que c’est prématuré de laisser les élèves reprendre le chemin de l’école. C’est risqué. Bon, s’il n’y a pas changement on va devoir prendre nos précautions avec masque et gel hydro-alcoolique, c’est tout ce que je peux faire, le reste c’est à l’Etat et à l’école de mettre en place les dispositions pour épargner nos enfants de cette maladie », appelle Mme Ndiaye.
Plus catégorique, Gora Diop pense que les autorités veulent sacrifier nos enfants en voulant reprendre les cours en cette période de forte propagation du coronavirus. C’est vraiment du grand n’importe quoi, je trouve que les autorités ne se soucient guère de nous d’ailleurs. Sinon comment justifier cette décision de vouloir reprendre les enseignements en cette période. », dénonce-t-il. « Des enfants innocents et inconscients comment les laisser sortir prendre les transports publics en bravant un virus dont on ne connait rien du tout. C’est vraiment désolant », pense ce père de deux garçons mais qui ne sont pas en classe d’examens.
« Même si mes deux enfants ne sont pas encore en classe d’examen et ne savent même pas s’ils vont reprendre les cours ou si l’année sera blanche. Mais je trouve cette décision insensée, prématurée et trop risquée. Imagine un seul instant un enfant qui va à l’école et qui chope le virus et sans le savoir rentre et va contaminer tout son entourage car un enfant, c’est un enfant. Vous voyez toute cette chaîne de contamination. C’est hallucinant. », ajoute-t-il.
« aujourd’hui les parents sont entre le marteau et l’enclume »
Trouvé dans une station sise à Fass en face de l’école Anne Marie Javouey en allant vers le marché Sahm ; Mr Latouffe pense qu’à l’impossible n’est tenu. Comme le dit un adage, « aujourd’hui les parents sont entre le marteau et l’enclume. On ne sait pas quoi faire ni dire sauf qu’on obligé de laisser nos enfants sortir et affronter le virus. C’est ça en fait. Moi je suis vraiment dubitatif quand à la pertinence de cette décision alors que le nombre de personnes contaminées augmentent chaque jour sans cesse on ne sait pas si c’est le pic ou si on est dépassé par la maladie. », décortique cet informaticien dans une grande entreprise de BTP.
Même remarque pour le pompiste casquette bien vissé Léon Sarr pense que « l’Etat veut sacrifier les enfants d’autrui. Moi ma fille n’est pas encore en classe d’examen mais j’ai clairement dit à mon grand frère de ne pas laisser ses enfants reprendre le chemin de l’école. C’est trop dangereux ça. Monsieur, tu imagines ça. Des enfants quoi qui vont reprendre le chemin de l’école. On est foutu en fait. Ils vont choper le virus et venir contaminer tout le monde et comme une sorte de tourbillon la maladie ne va pas disparaître de ce pays. », ajoute-il avant de reprendre son travail de pompiste.
« Nous sommes obligés de retourner à l’école c’est la décision de l’Etat et mon école m’a même appelé pour m’informer de cette décision. »
Élève en classe troisième au collège aux Cours Saint Michel, Marie Yvonne Sagna pense que « la situation n’est pas facile ni pour elle ni pour ses parents mais son école va prendre toutes les mesures pour les protéger. Moi aussi je vais d’ici là me procurer un lot de masque et je vais disposer d’un gel hydro-alcoolique en plus ma mère est véhiculée et c’est elle qui nous amène même en temps normal à l’école. Elle travaille en centre-ville. »
Croisée au détours de la rue 6 de la Médina qui fait partie des communes touchées par la maladie du coronavirus, Ndéye Astou répond par un large sourire avant d’en venir à la question, « Si je sais , on va reprendre les cours moi suis en seconde heureusement tout le contraire de mon grand frère qui est en terminal avec le baccalauréat cette année. C’est un grand, il est conscient de ce qui se passe, il peut prendre ses précautions pour se protéger aussi, ce qui n’est pas le cas des plus petits de l’élémentaire. Pour moi, on ne doit pas laisser les plus jeunes de l’élémentaire retourner en ce moment à l’école car le virus est encore là surtout ici à la Médina. Ils ne peuvent pas savoir ce qu’il faut faire pour se protéger de la maladie. »

Enseignant dans l’élémentaire dans une école sise à Colobane, Mr Ndiaye appelle les parents et les élèves à se conformer à la décision même s’il émet des réserves à la pertinence de cette décision en pareille période. «Ecouter, je crois que comme l’a dit le président de la république, on doit apprendre à vivre avec ce virus et tous les spécialistes pensent que ce virus n’est pas prêt de disparaître et si on ne fait rien on risque de perdre l’année et ce sera une catastrophe pour tout le monde. »
« Il faut apprendre à vivre avec le virus »
« C’est vrai que s’est risqué surtout concernant les enfants en classe de CEM II qui sont très jeunes et qui ne comprennent pas les enjeux sanitaires qui se passent en ce moment mais j’espère qu’on va tout mettre en place tout ce qu’il faut pour les protéger. Mais je pense qu’on doit être optimiste nous devons rester optimiste et garder espoir en tout le temps face à cette situation inédite. », renchérit-il.
En attendant la reprise le 02 juin des enseignements pour les élèves en classe d’examen, le ministère de l’Education a annoncé une panoplie de mesures pour une bonne reprise des enseignements. Parmi celles-ci il y a le fait que les enseignants qui reprennent eux le 18 mai, vont bénéficier de mesures d’assouplissement pour se rendre à leur lieu de travail et des masques et du gel hydro-alcoolique seront distribués aux élèves et enseignants, et pas plus de 20 élèves par classe.

