Par Léonard PIGEON, PDG www.stationagritechno.org
Après des décennies de quasi-stagnation, comment l’Afrique subsaharienne parviendra-t-elle à moderniser rapidement son agriculture pour ainsi espérer endiguer les conséquences apocalyptiques de COVID-19 ?
Sans verser dans la dramatique d’un non-retour, l’heure a vraisemblablement sonné pour les peuples du continent africain. Cette pandémie se révèle être le tir de sommation.
Le responsable en chef des opérations Secteur privé et financement mixte de la BAD, Eren Kelekci, n’y est pas allé avec le dos de la cuiller dans son article paru récemment dans Jeune Afrique : «La pandémie de coronavirus risque de faire tripler les importations nettes dans le secteur agroalimentaire. Celles-ci s’établiraient à près de 65 685 milliards de francs CFA (101 milliards d’Euro) à l’horizon de 2025 et, selon l’ONU, en 2050, le continent africain ne pourrait subvenir qu’à hauteur de 13% de ses besoins alimentaires. »
Source Jeune Afrique http://– https://www.jeuneafrique.com/924030/economie/tribune-aider-les-pme-pour-garantir-la-securite-alimentaire-de-lafrique/
À GLACER LE SANG ! Surtout lorsqu’on sait que 60 % des terres arables propices à l’agriculture non exploitées de la planète sont sur le continent africain. Et que dire de la presque totalité de celles qui y sont exploitées, alors que les rendements sont tout ce qu’il y a de plus désolants. Prenons le cas du Sénégal, pour la récolte 2018/2019, le rendement moyen dans le maïs était de 1,9 tonne par hectare. En Amérique du Nord (Canada et USA), le rendement moyen pour la même période fut de 10,35 tonnes métriques par hectare. Trouver l’erreur ?
Source APAnews — http://apanews.net/fr/news/senegal-hausse-de-la-production-cerealiere-estimee-a-plus-de-2735-millions-de-tonnes-pour-2018-2019
Faisons donc un calcul rapide pour cette même période. Toujours au Sénégal, dont la superficie ensemencée en maïs aurait été de 250 000 hectares (de la même source). Avec un rendement moyen très conservateur, disons l’équivalent de 50% le rendement de l’Amérique, le Sénégal aurait bénéficié d’un volume totalisant 1 293 750 tonnes comparativement aux maigres 475 000 tonnes réellement récoltées cette année-là. Ce déficit de 818 750 tonnes ne s’explique tout simplement pas!
Et que dire de la production de lait alors que la moyenne n’atteint pas 3 litres/jour par vache au Sénégal. Lorsqu’on sait qu’avec une bonne génétique et des programmes alimentaires adaptés, il est honnêtement envisageable d’obtenir des rendements moyens par vache de 15 litres/jour de lait, sur une base annuelle.
Une litanie d’aberrations qui explose en plein visage des 1,3 milliards d’africains.
Les professionnels de la recherche, les vétérinaires, les ingénieurs agronomes, les acteurs des facultés d’enseignements, les gens de terrain, tous tonnent le même discours : « Quand pourrons-nous passer de la théorie aux actions concrètes et coordonnées pour la mise en place d’une agriculture et d’un élevage digne de ce nom au pays et sur le continent africain? »
L’Afrique peut toutefois se réjouir de bénéficier de personnes hautement qualifiées et des plus engagées œuvrant au sein de structures très performantes tel le CORAF du Nigéria, l’ISRA du Sénégal ou le CIRAD couvrant l’Afrique de l’Ouest, et tant d’autres. Un travail colossal est en marche, mais serait-ce suffisant pour redresser un vol en chute libre comme l’expose Eren Kelekc de la BAD ?
Ainsi, pour répondre à la perpétuelle question : « Par où commencer ? », je répondrai ceci : « En premier lieu, faisons du paysan, de la paysanne un vrai Agriculteur ! Favorisons des concepts intégrés, modernes où l’agriculteur sera le metteur en scène, et non un simple ouvrier mal payé, peu considéré. »
« Car n’oubliez jamais que la base d’une Agriculture prospère qui nourrira l’Afrique sera nul autre qu’un AGRICULTEUR, UNE AGRICULTRICE, PROSPÈRE ! »

