Par Thierno Baye Diène TerangaNews Matam
Comme promis, l’Etat a convoyé, ce samedi, les vivres destinés aux populations les plus impactées par l’état d’urgence assorti d’un couvre-feu décrété par le chef de l’Etat, Macky Sall pour lutter contre le coronavirus. A Matam, l’attente semble interminable tellement les populations sont impatientes de recevoir ces dons qui les soulageraient ponctuellement en cette période de crise économique.
Les temps sont durs encore plus depuis que le gouvernement a pris des mesures drastiques pour stopper la spirale de la pandémie du Covid-19. Les marchés hebdomadaires sont fermés et les transports inter urbains suspendus, en outre de l’interdiction de circuler de 20 heures à 6 heures du matin. Une batterie de mesures qui a fini de paralyser la très fragile économie de la région de Matam. L’argent se fait rare pour la majorité des populations qui évolue dans le secteur informel.
Baba Lamine est un paysan sans autres revenus. Il était secondé par son épouse qui tenait une gargote dans le quartier, près du garage de Bokidiawé. Depuis le couvre-feu, elle est au chômage d’où son impatience « qu’est-ce qu’ils attendent pour distribuer les vivres, le président Macky Sall a pourtant été très clair en leur demandant de ramener les dons aux populations le plus rapidement possible car des ménages sont en souffrance. Depuis que j’ai vu que les camions remplis de sacs de riz ont pris départ, chaque jour, je me rends à la mairie mais je ne vois rien du tout. Nous avons tous vu que les camions ont quitté le samedi, on ne va pas nous dire qu’ils sont toujours en route. Ils ne vont pas mettre 5 jours pour arriver à Matam. Ce n’est pas possible. Nous avons besoin de ces vivres ou bien ils veulent attendre qu’on meure de faim pour commencer la distribution ? » L’impatience a gagné les personnes qui sont sur la liste, chaque jour qui passe laisse grossir la peur d’être frauduleusement remplacée par une autre.
Au total, ce sont 30.613 ménages qui ont été recensés pour recevoir ces aides d’urgence alimentaires sur une population estimée à près de 655.000 habitants. Le nombre de bénéficiaires semble dérisoire face à la grande masse laissée en rade. Mais c’est quasiment toute la population régionale qui attend de voir la couleur des dons, par curiosité pour la plupart. La distribution n’a pas encore démarré mais déjà, certains laissent transparaître leur soupçon sur la transparence de la distribution.
Cet acteur de la société civile qui a gardé l’anonymat, enseignant de profession et résidant à Matam, est plus que sceptique « je suis inquiet car la distribution risque de souffrir de transparence et d’équité. La plupart des individus sur les listes sont inconnus des localités où ils ont été enregistrés. La liste des bénéficiaires doit être connue de tous les citoyens si vraiment ils prônent la transparence ».
C’est quasiment le même son de cloche chez Souleymane habitant de Thilogne, charretier de profession et père de cinq enfants « je ne sais même pas où on doit s’inscrire et personne ne s’est présenté chez moi pour m’inscrire. Dans mon quartier, tout le monde connait ma situation de précarité. Je n’ai pas de bourse familiale et pourtant je connais des gens d’une bien meilleure situation que moi qui en sont bénéficiaires. C’est injuste. Pour ces dons, je risque d’être aussi oublié au profit des familles plus nanties. »
L’insécurité alimentaire n’a vraiment jamais quitté la région Nord-Est du pays. Les trois départements que sont Matam, Kanel et Ranérou sont fréquemment cités parmi les zones en situation d’insécurité alimentaire par les rapports du Conseil National à la Sécurité Alimentaire (CNSA). Aujourd’hui avec la crise sanitaire qui sévit dans le pays, le lot des ménages vulnérables s’est gonflé un peu plus. Dans le département de Matam, ils sont 14.630 à être ciblés par les aides du gouvernement et la commune de Bokidiawé s’est attribuée la plus grande part en présentant 2442 ménages bénéficiaires. Le département de Kanel qui compte 12 communes a totalisé 11.908 bénéficiaires soit un peu plus 3000 de moins que le département de Matam. Ranérou avec ses 4075 ménages recensés reste le département le moins touché par les aides alimentaires.

