De Thierno Baye Diene, TerangaNews Matam
Après moult formes de luttes expérimentées, les travailleurs de la SERPM (société d’études et de réalisations des phosphates de Matam) sont passés à la vitesse supérieure en entamant ce mercredi une grève de la faim pour exiger le paiement de 5 mois d’arriérés de salaire.
Pour ces travailleurs aux visages osseux et aux rides bien dessinées, la vie a perdu sa pétillante depuis bientôt un semestre « nous avons décidé de faire une grève de la faim le paiement de nos salaires. Cela fait 5 mois que nous n’avons pas perçu nos salaires. » Lance Aliou Guissé Koundoul qui portait leur parole.
Pourtant, la SERPM est la première entreprise à s’implanter dans les domaines de Ndendory, commune du département de Kanel avant que la SOMIVA ne vienne la rejoindre dans l’exploitation des phosphates. Cette situation a permis une rentrée conséquente de fonds pour la société dirigée par le célèbre homme d’affaires Cheikh Amar mais cela ne semble pas impacter sur la situation des travailleurs, qui courent derrière des arriérés.
« Nous avons exposé notre problème à toutes autorités administratives, que ce soit le sous-préfet de Ouro Sidy, le préfet du département de Kanel et le gouverneur de la région de Matam, mais la situation n’a pas évolué. Nous sommes arrivés à un tel niveau de précarité que nous n’avons plus autres alternative que de faire cette grève de la faim. Peut-être que si nous mourrons, ils auront bonne conscience. » Martèle Koundoul qui poursuit « nous n’avons plus rien à manger et rien à donner à nos familles. C’est impensable qu’une société dont le président du conseil d’administration par Cheikh Amar puisse rester plus de 5 mois sans payer ses employés. La situation s’est compliquée avec le couvre-feu et on est en train de mourir à petit feu. ».
La SERPM est restée confinée dans un silence, les tentatives de recueillir leur version sont restées vaines.
Le premier jour de grève a été bien éprouvant mais les grévistes ne comptent pas abdiquer avant d’avoir eu gain de cause. Cependant, ils devront se préparer à mener tout seuls leur combat puisqu’aucune autorité du département de Kanel encore moins de la région de Matam n’a daigné s’enquérir de leur situation. La seule réaction que leur diète a suscitée est une convocation à la brigade de gendarmerie de Ndendory ce jeudi.
Il faut rappeler que la Société d’Etudes et de Réalisations des Phosphates de Matam (SERPM) avait, dès ses premières heures, suscité le courroux des populations qui l’accusaient d’exploiter les ressources sans compensation. Mais elle s’était toujours défendue en arguant être au stade d’études même si les nombreux camions remplis de phosphates à destination de Dakar ont fini par convaincre les habitants de sa phase d’exploitations. Ainsi selon le dernier rapport de l’ITIE en 2018, la quantité de phosphates exploitée à Ndendory est évaluée à 540 mille tonnes. Et selon toujours le même rapport, cette quantité a connu une baisse de plus de la moitié par rapport à l’année précédente qui était 1 million 100 mille tonnes.
Avec les mesures drastiques contre la propagation du Coronavirus qui vont crescendo, les grévistes espèrent que les autorités prendront à temps leurs bâtons de pèlerins avant que leur pronostic vital ne soit engagé.

