Il ne faudra plus omettre de mentionner dans ses responsabilités, celle de président de l’UA. Paul Kagamé, le Président rwandais s’assoit désormais dans le fauteuil qu’occupait Alpha Condé de la Guinée. C’est au cours du 30e sommet à l’UA, ce dimanche 28 janvier, à Addis-Abeba qu’a officiellement eu lieu cette succession.
Celui qui sera à la manœuvre pour mener à bien ces réformes dans les douze mois qui viennent possède une grosse réputation de réformateur. Le Président rwandais, au style jugé très autoritaire, dont le pays a récemment été mis en cause par des ONG pour son recours à la torture a, force est de constater, visiblement su reconstruire son petit pays après le génocide des Tutsis et des Hutus qui a causé près d’un million de morts en 1994. Ce, malgré de faibles ressources naturelles propres et une situation géographique très enclavée.
Lui-même ancien compagnon de guérilla du chef d’État ougandais Yoweri Museveni, puis ancien chef de guerre du front patriotique rwandais (FPR), dont les troupes ont mis un terme au génocide en gagnant la guerre civile en 1994, Paul Kagame est décrit tel un autocrate stratège. Président depuis dix-sept ans, réélu l’an passé avec 98 % des suffrages jusqu’en 2024, il a mis la lutte contre la corruption et la sécurité autant que le développement économique au cœur de son action au pouvoir.
Le Rwanda est souvent donné en exemple depuis qu’il en a pris les rênes. Affublé du surnom flatteur de « Suisse de l’Afrique » ou de « nouveau Singapour », ONU Habitat classe Kigali, sa capitale comme ville la plus sûre et la plus propre d’Afrique. Et l’International Congress and Convention Association la met au troisième rang des villes d’affaires du continent, après Le Cap et Marrakech. Paul Kagame, après deux présidences de l’UA très francophiles (le Guinéen Alpha Condé a succédé au Tchadien Idriss Deby), pourrait insuffler un nouveau style de gouvernance à la tête de l’Union africaine.
Plus sobre dans son intervention comme à l’accoutumée, il affirme qu’il remplira sa nouvelle fonction à son rythme, mais avec efficacité. « Notre travail consiste à s’assurer que chaque génération en Afrique jouisse d’une vie meilleure que la précédente, être inspiré à redoubler d’efforts, à construire l’Afrique, a-t-il déclaré parlant de la jeunesse africaine, dans son discours en tant que Président en exercice de l’UA. « Une jeunesse qui, dans une immigration clandestine, périt dans la mer méditerranée ou parfois vendue aux enchères, dans certains pays. »
La présidence de l’organisation panafricaine est tournante, ce qui fait que Paul Kagamé hérite aussi de l’agenda de son prédécesseur. Un agenda qui, selon les experts est riche en crises à régler.
Trois crises retiennent tout particulièrement l’attention des dirigeants africains, ce lundi 29 janvier à Addis-Abeba. Elles ont été pointées hier, par le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat.
D’abord, le Soudan du Sud « On y voit une violence insensée, que les belligérants infligent avec des cruautés indicibles. Le moment est venu d’imposer des sanctions à ceux qui font obstacle à la paix », a lancé le Tchadien Moussa Faki.
Ensuite, le Congo Kinshasa. « Les tensions et les violences de ces derniers jours ont souligné l’urgence de la mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre, en vue de la tenue des élections en décembre 2018 », a déclaré le même Moussa Faki Mahamat.
Enfin, le Mali. « Il faut accélérer la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, parallèlement à la mobilisation d’une approche d’un appui plus important de la communauté internationale pour la force conjointe du G5 Sahel », a précisé le président de la commission de l’UA.
Depuis le Sommet de Kigali, en juillet 2016, mandaté par les États membres, il a constitué une commission d’experts qui a fait, déjà, plusieurs propositions concrètes. Notamment sur la création d’une taxe de 0,2 % sur les importations de produits non africains, ou sur une meilleure répartition des compétences entre l’UA et les organisations régionales. Reste à voir si les autres États membres, qui, d’après les analystes, le voient encore comme un poids plume sur le continent, le laisseront avancer à sa guise.

