Entre Yakham Mbaye et les syndicalistes du quotidien national Le Soleil, le torchon brûle à nouveau. Le directeur général est accusé par le Collège des délégués de « gabegie » qu’il a érigé en mode de gestion
« Tant que M. Yakham Mbaye n’abandonne pas son funeste projet de destruction de notre outil de travail, nous serons toujours debout pour l’en empêcher. L’inquiétude qui était grandissante a cédé la place au scepticisme voire au désespoir. L’avenir s’assombrit. Si les Sénégalais tiennent tous les matins, leur quotidien national entre leurs mains avec toujours la même qualité, ils le doivent à un personnel dévoué et travailleur. Les agents du quotidien national ont une très haute conscience de leur responsabilité et de leur mission de service public. », lit-on dans le communiqué reçu par Teranganews.sn.
A en croire le document du Collège des délégués, le directeur général est un absentéiste : « La vérité est que Yakham Mbaye est payé à ne rien faire. Et le plus cocasse dans l’histoire est qu’il prend ses « congés », chaque année, en encaissant un gros chèque. Comble de sa gestion calamiteuse, il perçoit l’intégralité de son salaire le mois suivant alors qu’il est censé être en congé. Quelqu’un qui se repose 365j/365 a-t-il besoin de congé ?
Selon le Collège des délégués du personnel et de l’Intersyndicale (Cnts, Synpics et Stls) de la SSPP Le Soleil, « évidemment la réponse coule de source. C’est non. Le commissaire au compte dans son « Rapport d’Opinions de 2017 » a dit que ces avantages et rémunérations (indemnités de congés, 13e mois) perçus ne sont pas conformes au décret 2014-696 du 27 mai 2014. Donc, c’est de l’argent que M. Yakham Mbaye encaisse indûment depuis presque 6 ans. »
Nébuleuse autour des marchés
Un autre exemple. Le 17 mars 2022, la direction du Soleil a adressé une lettre à la Direction Centrale des Marchés Publics (Dcmp) afin d’obtenir une dérogation pour l’achat de papier journal par entente directe. Elle a reçu une réponse négative de l’organe chargé du contrôle à priori des procédures de passation des marchés. Suite à cela, la direction a saisi l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp) qui a jugé recevables les motifs avancés par la direction (Guerre en Ukraine et autres). Elle a ainsi permis au Soleil d’acheter du papier par entente directe pour une durée de 6 mois maximum avant la finalisation de la procédure d’appel d’offres international.
La direction du Soleil a alors émis des bons de commande pour l’achat direct de papiers auprès de Mondial Paper. A la livraison des derniers bons de commande, le service de Contrôle interne a constaté qu’en lieu et place de bobines standards de laize 86 grammage 45, le fournisseur a livré des bobines avec des poids supérieurs qui ne sont pas compatibles avec la machine du Soleil. Ces bobines avaient des poids compris entre 525 et 890 Kg alors que la machine ne pouvait supporter que des bobines inférieures ou égales à 520 Kg.
De plus, des bobines ont été directement livrées à Africa Print sans être réceptionnées par les services compétents. Le service Contrôle est la seule structure habilitée à certifier la conformité des marchés. Après vérification des agents du service de Contrôle auprès du chef de service de l’intendance, il leur a été signifié que c’est le directeur de l’Imprimerie qui se trouve être un ami de M. Yakham Mbaye, qui avait donné l’ordre de réceptionner la commande. Un directeur de l’imprimerie a-t-il ces prérogatives ? Evidemment non.
Le 24 janvier 2023, Mondial Paper a livré 19 bobines d’un poids total de 9.182 Kg, mais elles étaient emballées avec du film plastique. Ce qui est contraire au mode de conditionnement du papier journal. Les bobines doivent être conditionnées dans du papier kraft laminé pour leur permettre de garder leur blancheur et de ne pas subir d’usure précoce. Après ces constats, le service Contrôle a demandé au service de l’intendance de retourner les bobines qui ne correspondaient pas et celles dont les emballages n’étaient pas conformes aux standards au fournisseur pour les échanger contre des bobines compatibles avec la machine et bien conditionnées.
Fait bizarre : le poids total des bobines reçues dans le cadre de cet échange ne correspond pas au tonnage de papiers retourné pour non-conformité. Sur un poids total de 52.862 Kg retournés, le fournisseur n’a remplacé que 18.801 Kg, soit 36% seulement du poids total. Constatant le manque, le service Contrôle a saisi la direction générale pour qu’elle adresse une correspondance à Mondial Paper afin que le poids restant qui est de 33.061 Kg, d’une valeur de 30.581.425 FCFA, puisse être recouvré. Depuis, c’est le silence total. Un silence bruissant de suspicion. Ainsi, ce sont 30 millions de FCFA qui sont dans le vent ou ont disparu. Sans doute pas pour tout le monde.
Cette année, un marché a été encore contracté avec le même fournisseur pour une livraison de 175.000 Kg de papier journal d’un montant de 148.750.000 FCFA. A ce jour, ce marché n’est exécuté qu’à hauteur de 57%. Décidément, la SSPP Le Soleil est une vache laitière. La liste des actes d’une gestion peu orthodoxe est loin d’être exhaustive. M. Yakham Mbaye a érigé la gabegie en mode de gestion. Lors de l’exercice 2022, des factures d’un montant de deux cent dix millions neuf cent quinze mille deux cent quatre-vingt-dix (210.915.290) ont été payées sans certification du Contrôle interne. Les agents du contrôle ont refusé de certifier des factures non conformes, M. Yakham Mbaye a donné instruction de passer outre. Eh oui ! Nous sommes au royaume de Yakham Néné Codou Mbaye.
Depuis mai 2023, correspondant au départ à la retraite du Chef du Service Contrôle, les actes de gestion ne sont plus contrôlés. La mention « Contrôle Interne » a même disparu des états de paiement, bons de commande et bons d’achat, entre autres. Seuls les opérationnels signent désormais. Et cela, parce que Yakham Mbaye ne veut pas que le Chef du Service adjoint « touche à ses affaires ».
Si le Soleil tient encore, c’est par miracle. Aucun projet, aucune perspective. Tout est plombé. La grisaille voire la lassitude meuble le quotidien des agents. Les actes posés par la direction relèvent d’une entreprise de destruction massive. M. Yakham Mbaye s’est inscrit, depuis sa nomination à la tête de la SSPP/Le SOLEIL, dans une entreprise de destruction. Malheureusement les dignes travailleurs en souffrent ainsi que l’image de l’entreprise à cause d’une gestion catastrophique à tous les niveaux. Depuis presque deux ans, nous alertons. Mais personne ne nous écoute. Rien d’étonnant. Récemment, M. Yakham Mbaye se plaisait à dire qu’il est bien aimé du Chef de l’Etat et qu’il est « indéboulonnable » grâce à sa proximité avec le couple présidentiel. Les fantasmes d’un homme valent plus que l’avenir de valeureux pères de famille dont le seul tort est d’appartenir à une entreprise dirigée par « un emmerdeur » auto proclamé qui se croit intelligent alors qu’il est limité intellectuellement. M. Yakham Mbaye ignore certainement que ces agissements et méthodes ne sont pas nouveaux à la SSPP Le Soleil. Et de dignes travailleurs ont toujours su faire face à la gabegie et au népotisme. Avec succès. Au regard de la gravité de la situation, nous demandons au Président de la République, M. Macky Sall, et au ministre de la Communication Me Moussa Bocar Thiam d’envoyer une mission d’audit au Soleil.

