La question de la protection des migrants vulnérables mais aussi les mécanismes efficaces de leur prise en charge a réuni durant deux jours des spécialistes en migration du Sénégal, en Gambie, en Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso et Niger dans des ateliers de partage d’expériences.
C’est donc pour mettre en évidence cette réalité que l’ONG Save The Children Sénégal a initié ce colloque régional du mardi 14 au mercredi 15 mars avec l’appui de partenaires comme EU International Partnerships aux côtés du Ministère de la Justice – Sénégal, Ministère des Affaires Etrangères L’Union européenne au Sénégal Ecowas – Cedeao OIM Sénégal Haut commissariat pour la défense des droits de l’homme DDHI Caritas Suisse Terre des hommes autour du thème : « Appui à la protection des migrants les plus vulnérables en Afrique de l’Ouest ».
Une rencontre qui a réuni durant deux jours des spécialistes de la migration des pays de la sous-région sahélienne et de l’Europe. pour un partage d’expériences des mécanismes efficaces de prise en charge des migrants vulnérables du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Le but est de ‘’proposer des recommandations, de bonnes pratiques à adopter afin de répondre au mieux, aux besoins de protection spécifiques des populations migrantes les plus vulnérables en Afrique de l’Ouest’’, d’après les organisateurs. La rencontre a enregistré la présence des responsables de l’UE, de la CEDEAO, des autorités gouvernementales des pays impliqués, les Nations Unies, le Réseau Afrique de l’ouest pour la protection de l’enfance, entre autres… ‘’Notre objectif commun est de renforcer notre dialogue avec nos partenaires et d’intensifier notre collaboration sur base d’une approche holistique, inclusive et mutuellement bénéfique qui prend en considération tous les aspects de la question migratoire’’, soutient-la responsable de mission adjointe de l’Union européenne (UE) au Sénégal.
Pour répondre à cette problématique migratoire, souligne-le représentant de Caritas Suisse, Gilbert Rugira, l’UE, à travers le fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, a décidé de financer un programme mis en œuvre via trois projets ayant pour objectif global, d’assurer la protection des migrants les plus vulnérables.

Arrivés en Europe par la route méditerranée centrale
D’après les données projetées par la responsable du centre sur la migration mixte (MMC), Aurelia Donnard, environ 80% de la migration reste interrégional. Du Nigeria vers le Niger, du Mali vers le Niger, du Burkina Faso vers le Niger, et du Mali vers le Burkina Faso; du mouvement a été noté. Le conflit au Burkina Faso a accentué cette dynamique interrégionale. De plus en plus de Burkinabé descendent vers les pays côtiers. Pour le moment, les chiffres officiels font état d’autour de 30 000 réfugiés Burkinabés présents au Togo et plus de 22 000 Burkinabés présents en Côte d’Ivoire.
En 2022, sur la route du centre méditerranée partant de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe, le nombre total d’arrivés était d’environ 105 000 migrants dont 8000 Ouest-Africains. Sur la route de l’Atlantique qui va vers les îles Canaries, un peu plus de 15 000 personnes sont arrivées durant cette même année, soit une baisse de 30% par rapport à l’année 2020. A préciser que cette route est une des plus dangereuses au monde.
Gestion de la migration
Expulsions régulières depuis le Maroc vers la Mauritanie, retours forcés depuis la Lybie vers l’Afrique de l’Ouest, renvois jugés fréquents entre la Mauritanie et le Sénégal, selon le MMC, on parle de centaine de personnes par semaine. Cet état de fait est à l’origine de discussions entre la CEDEAO et les Etats du Maghreb. Le conseil de l’Union Européenne a autorisé l’ouverture des négociations pour des accords avec la Mauritanie et le Sénégal.
Les risques migratoires ne se limitent pas qu’aux expulsions au bras de fer. La détention, en effet assez récente, mais de plus en plus accrue, en est un, majeur. « 44% des femmes interrogées disent avoir subies des violences sur la route. Sans surprise, la majorité est victime de violences sexuelles, environ 32% de femmes. 7% d’hommes ont également vécu ce type de violence», avance Aurélia Donnard. Parce que 58% des migrants voyageant avec des enfants sont des femmes, la traite et l’exploitation sont les risques les plus importants chez ces petits migrants.
Voyager avec des passeurs fait partie des moyens de protection des migrants, selon le MMC. Ce qui fait donc qu’une des causes les exposant à plus de risques est la criminalisation des passeurs, laquelle a entraîné la criminalisation de la migration en tant que telle. Par conséquent, les voyageurs empruntent des routes cachées moins visibles et donc, plus à la merci des agressions.
Contre toute attente, les forces de l’ordre (militaires, police, gardes frontaliers), sont les principaux auteurs de violation des droits humains sur les routes migratoires, avec les criminels et les gangs. C’est ce qui ressort dans les données de la MMC, depuis quatre ans.
Pour leur propre protection les migrants préfèrent voyager en groupe, et rester en contact avec leurs proches grâce à Internet. Ils se sentent davantage protégés lorsqu’ils sont connectés.
La mobilité entravée au sein de la sous-région, les difficultés d’accès aux voies légales combinés à la corruption fait que le recours aux passeurs peut être une solution plus facile pour voyager dans l’espace Cedeao.
Les migrants s’arrêtent généralement dans les capitales, en l’occurrence Bamako, Niamey, Ouagadougou. L’objectif : Travailler et gagner de l’argent afin d’assurer le reste du voyage. Ils espèrent, de cette façon, trouver des passeurs pour organiser le départ. Les passeurs aidant pour la traversée du désert se trouvent à Agadez. D’ailleurs, selon l’étude, une délégation de la CEDEAO s’est rendue au Niger l’année dernière en septembre, pour examiner la situation des migrants bloqués à Agadez.

Profil des migrants
Ils sont pour la plupart, issus de zone urbaine (70%). Ils représentent 62% d’hommes, et 38% de femmes, relativement représentatifs des flux dans la région selon les données projetées lors du colloque. La moyenne d’âge est comprise entre 25 et 34 ans, entre 18 et 24 ans et une petite portion de personnes est âgée entre 35 et 54 ans.
Les profils avant départ renseignent que les migrants ne sont ni les moins éduqués ni les plus pauvres. Une idée reçue de plus, brisée. Plus de la moitié d’entre eux ont passé le secondaire ou terminé une formation professionnelle. Ils évoluent généralement dans la construction, le travail domestique, l’industrie, le transport.
Durant le Covid, notamment à partir du mois de mai et juin, le flux migratoire a repris de plus belle malgré la fermeture annoncée des frontières.
Le fait migratoire occupe une place disproportionnée dans les débats politiques européens, surtout face à ce qu’il représente en termes démographiques. Les migrations locales, entre villes et campagnes, intra régionales et interétatiques existent depuis toujours sur le continent africain. Raisons pour laquelle, ce colloque de deux journées de travail sera bouclé sur trois thématiques définis à savoir :
-la protection des enfants et jeunes migrants contre la violence, les abus et l’exploitation sur les routes migratoires de l’Afrique ;
-la lutte contre la traite des personnes, en particulier des groupes vulnérables ;
-la protection des populations migrantes vulnérables en zones transfrontalières.

