De Thierno Baye Diène correspondant de Teranganews à Matam
Au moment où les célébrations de la journée de la femme se multiplient dans tous les recoins de la région de Matam, les dames du village de Ogo croulent sous le poids d’un calvaire paléolithique lié à un manque d’eau. Porter des bassines d’eau sur de longues distances pour arroser leurs planches, c’est le quotidien de ces femmes qui veulent être actrices du développement de leur terroir.
Les femmes de Ogo se sont érigées en véritables remparts contre la pauvreté. Loin de subir impuissamment les affres de la conjoncture qui sévit dans tout le pays, elles ont renoncé à leur coquetterie temporairement pour travailler durement dans leur jardin public. Cependant, leurs efforts titanesques sont annihilés par un manque d’eau criard. L’unique robinet ne peut satisfaire la forte demande. Elles demandent partout et à tout le monde la réhabilitation du puits du jardin dont le coût est de… 200 mille francs. Mais il y a personne pour les aider.

Ogo, est un village chef-lieu de commune qui se situe à près de 6 km de Ourossogui, la ville carrefour, Poulin économique de la région de Matam. Ici, les femmes sont de véritables battantes, elles sont quasiment dans des activités génératrices de revenus pour soulager leurs maris dans la prise en charge des besoins familiaux.
C’est dans un espace mal clôturé, à quelques encablures du lycée de Ogo, que les braves dames de la localité ont aménagé pour y cultiver la terre. Une terre fertile, selon elles. Seulement l’eau est un grand obstacle pour l’atteinte des objectifs. Elles sont une centaine de femmes : des veuves, des divorcées, des mariées et même de jeunes filles à avoir versé les 1000f de frais d’adhésion au jardin public. Mais pour trouver la quantité d’eau suffisante pour arroser les 2 planches allouées à chaque femme, c’est la croix et la bannière. Aissata Ba ne se ménage pas pour pouvoir arroser ses planches et pour cela, elle part puiser l’eau chez elle. « l’eau nous cause beaucoup de difficultés parce qu’elle est introuvable dans le jardin. Le seul robinet qui s’y trouve ne peut pas nous donner la quantité d’eau nécessaire à nous toutes les femmes. C’est pour ça que moi, je préfère aller chercher de l’eau chez moi. C’est extrêmement pénible, car je dois porter une bassine d’eau sur ma tête et marcher une distance de près d’1 km. Ça nous donne des courbatures mais c’est le prix à payer pour arroser ses planches. Sinon, les planches vont s’assécher », confie la dame. Ce calvaire est quasiment la chose la mieux partagée chez ces femmes battantes. Une autre femme, la cinquantaine bien révolue affronte les mêmes péripéties au quotidien. Malgré son âge avancé, elle n’a pas renoncé face à la difficulté.

« Vous avez bien vu que je suis une femme âgée, normalement je devrais rester chez moi et me reposer. Mais je suis ici dans le jardin pour travailler et avoir de quoi nourrir ma famille. Le travail serait plus simple si nous avions de l’eau sur place et en quantité suffisante. Mais on doit aller trouver de l’eau ailleurs, ensuite les transporter avec des charrettes et parfois nous les portons sur nos têtes. Nous devons le faire sinon tout ce que nous avons semé va être anéanti. A cause du manque d’eau, le travail dans ce jardin est devenu fastidieux. La nuit, on est si lessivée qu’on dort sans même manger », témoigné la vieille femme.
Les femmes font preuve d’un immense courage et d’une volonté remarquable pour entretenir leurs cultures mais les conditions sont contraignantes. Le jardin dispose bien d’un robinet mais son débit est faible. Pour remplir une bassine, il faut faire la queue qui démarre à 08 heures. Pour chaque bassine remplie, il faudra débourser 10f. Le coût ne semble pas poser problème à ces dames. Elles se plaignent juste du temps long pour avoir juste une bassine remplie. « Pour juste remplir une bassine ici dans le jardin, il faut venir très tôt le matin vers 08h et rester jusque vers 13h. Pour tout ce temps là, tu ne peux remplir qu’une seule bassine car il faut permettre aux autres aussi de remplir leurs bassines », fait savoir Aissata, l’adjointe à la trésorière.
Pourtant, le jardin disposait d’un puits mais depuis plus 2 mois, il n’est plus opérationnel. Le montant de sa réhabilitation s’élève à 200.000f. Elles ont, depuis, frappé à toutes les portes, sans succès. La présidente Hawa Thiam a multiplié les sollicitations auprès des bonnes volontés mais en vain. Selon Aissata Ba, le puits Soulagerait considérablement les femmes. « la seule chose que nous demandons est qu’on nous trouve un 2e robinet ou bien qu’on réhabilite le puits. Nous avons demandé les services d’un spécialiste, il nous a demandé 200.000 francs pour que le puits soit à nouveau opérationnel », relate la jeune femme.
Elles ont crié sur tous les toits mais les richissime hommes politiques semblent faire la sourde oreille, attendant le propice moment des élections pour diligenter et poser des actes forts mais à portée ponctuelle.

