L’Excision : entre dénonciation et déconstruction. Lundi 23 mai, sept artistes africains au total, proposent un parcours authentique et différent sur l’identité africaine, mais installent également des ponts entre les pays.
Entre la mutilation, les éléments, l’esclavage ou l’exploration de nos imaginaires, six artistes béninois et la gabonaise, prenant part à l’exposition «Essence et Résilience» de cette 14e biennale, ont donné leur contribution au thème de cette année, « I Ndaffa # »(Forger).
Le spectacle se passe de mots. Nous sommes en pleine forêt tropicale. Deux jeunes femmes sont assises à même le sol, jambes écartées. Une matrone officie entre celles-ci pour leur faire subir une excision. « L’image a été découverte, dixit-Owanto l’artiste gabonaise, dans des affaires appartenant à ma famille ». Interpellée et heurtée par cette pratique, elle s’empare de ces images d’un autre temps certes, mais qui documentent une pratique encore en cours, afin de la déconstruire et la dénoncer. « En tant que femme et mère, et en tant qu’artiste, je comprends que ces choses tombées dans mes mains ne sont pas là de manière fortuite. Au lieu de les retourner dans le tiroir de l’oubli, je décide de les révéler au grand public », relate-l ‘artiste dont la participation à l’exposition « Essence et Résilience », sur une initiative de la fondatrice de la chaîne Edan, tourne autour de ce fléau touchant encore 200 millions de femmes à travers le monde.
Durant ce temps de la biennale, ce parcours off réunis, en un même lieu, 6 artistes béninois et une gabonaise. Celle-ci a porté son labeur sur la dénonciation de l’excision. Le décor est rehaussé par des installations visuelles, sonores et des tableaux afin d’apporter plus de forces à toutes ces voix disant « Non à l’excision » en 24 langues.
L’artiste Owanto soumet ainsi une démarche en plusieurs actes intitulés Fleurs. Sur Flowers V, une toile monochrome en rose, au centre de laquelle une délicate fleur attire l’attention. « Ces fleurs en porcelaine froide représentent la beauté, la fragilité et la renaissance de la femme. C’est une invitation à regarder et résoudre ce problème », souligne-t-elle. « Flowers est une promenade sensible dans le monde féminin de l’excision. Elle transcende la douloureuse expérience de l’ablation, en magnifiant le corps soustrait de la femme avec ces fleurs en porcelaine posées sur le visage en souffrance ou sur les parties génitales mutilées. Ces fleurs offrant une vue gracieuse, incarnent douceur, renaissance, résilience et beauté», écrit à ce propos Evelyne Diatta-Accrombessi, l’initiatrice de l’exposition.
Juste à côté de cette proposition de l’artiste gabonaise, 6 artistes béninois, Julien Sinzogan, Dominique Zinkpe, Eliane Aisso, Eric Mededa, Soniart et Tchif, peignent leurs questionnements et imaginaires sur des tableaux ou sculptures. Entre sculpture et proposition picturale concernant la série présentée par Zinkpe, l’artiste porte son travail sur des questions existentielles. « L’âme et l’esprit ressemblaient à quoi ? », interroge t–il. « Voilà ce dont je cherche à accéder sur mes œuvres picturales, puisqu’une photographie ne pourrait le faire », explique-l ‘artiste, debout en face d’une de ses toiles.
Cette introspection sur l’identité africaine se retrouve dans chacune des œuvres présentées dans cette exposition. Quand Tchiff propose une symphonie de couleurs dans un travail axé sur les éléments, Soniart partage sa vie quotidienne, tandis que Sinzogan remonte le temps en évoquant cette écorchure encore béante qu’est l’esclavage.
Expositions et vernissages, se poursuivent dans la capitale sénégalaise et ses environs. Comme l’annonçait la cérémonie officielle, cette 14e rencontre artistique et culturelle se démarque par l’innovation.
Plus loin sur la corniche de Dakar, prend vie « Doxantu ». En plus des traditionnelles options que sont l’exposition internationale et les expositions des commissaires invités, cette édition s’ouvre à des projets spéciaux inédits et autres surprenantes cartes blanches et renforce les manifestations d’environnement dites expositions « Off » avec une diversité de propositions artistiques à travers tout le Sénégal, en relation avec les Centres culturels régionaux et dans la Diaspora.
Le projet « DOXANTU » compte donc remobiliser le public et repousser les limites pour que la Biennale se découvre partout dans l’espace urbain dakarois. Sélectionnés, des artistes vont réaliser des œuvres monumentales « In-Situ » sur la Corniche Ouest afin de mieux contribuer au design urbain et à l’embellissement des sites concernés, tout le long de ce parcours.

