Le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, s’est félicité de la tenue du neuvième Forum mondial de l’eau à Dakar. Il s’agit d’un événement historique et opportun la première fois que ce forum se réunit en Afrique subsaharienne. Le dirigeant de l’institution financière mondiale s’est réjoui du choix du thème porté cette année sur la sécurité de l’eau pour la paix et le développement car aujourd’hui plus que jamais, le monde a besoin de plus de paix et de plus de développement.
Selon David Malpass « la Banque mondiale travaille en étroite collaboration avec le gouvernement du Sénégal sur un programme multisectoriel pour assurer la sécurité de l’eau. En cas de succès, le programme pourrait devenir un modèle pour d’autres pays de la région ».
Pour David Malpass président du Groupe de la Banque mondiale les perspectives ne sont guère encourageantes car e changement climatique en cours combiné à la croissance démographique et l’utilisation accrue de l’eau créent une pénurie d’eau et une concurrence intense pour l’eau. Autant de facteurs qui aggravent la crise de l’eau en Afrique.
A l’en croire « le monde d’aujourd’hui est confronté à d’autres défis énormes. Le Forum de l’eau se concentre aujourd’hui sur l’importance de la sécurité de l’eau pour le développement et la paix. La croissance démographique et l’utilisation accrue de l’eau créent une pénurie d’eau et une concurrence intense pour l’eau. Les changements climatiques en cours aggravent la crise de l’eau, qui est flagrante en Afrique. »
Seuls 58 % des Africains ont accès à de l’eau potable. Seuls 10 % du potentiel hydroélectrique sont exploités. À l’échelle mondiale, 2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité et plus de 3,6 milliards de personnes n’ont pas accès à un assainissement géré en toute sécurité.
Cela a de graves répercussions sur le capital humain. La mauvaise qualité de l’eau est la cause de 70 à 80 % des maladies en Afrique. Les effets sur la santé entraînent également des pertes d’apprentissage, en particulier pour les filles, avec des répercussions tout au long de la vie.
L’eau est essentielle à la production, y compris pour la production d’électricité, l’exploitation minière, l’industrie et bien sûr l’agriculture, qui représente 23 % du PIB en Afrique subsaharienne. Avec neuf événements climatiques sur dix liés à l’eau, une meilleure gestion de l’eau est essentielle pour l’adaptation et la résilience.
« Les tendances récentes de ces deux impératifs sont décourageantes. »
« Nous assistons à une augmentation sans précédent des conflits et de la violence ici sur le continent africain et plus récemment en Europe. Les coûts et les pertes sont dévastateurs y compris la violence, la famine et la malnutrition. Des millions de personnes sont confrontées à des crises qui raccourciront leur vie ou y mettront fin brutalement », dira-t-il devant un parterre d’invités venus du monde entier pour prendre part à ces cinq jours d’échanges et de réflexion.
En effet lors du Forum sur la fragilité à la Banque mondiale début mars, nous avons montré que 23 pays avec une population combinée de 850 millions d’habitants sont confrontés à des conflits de haute ou moyenne intensité. Plus de 300 millions de personnes vivant dans des situations de fragilité et de conflit ont connu une insécurité alimentaire aiguë en 2021, et la guerre en Ukraine aggrave encore les pénuries et les flambées des prix alimentaires.
Crise sanitaire de la Covid-19
La pandémie de COVID-19 a entraîné des revirements spectaculaires des résultats en matière de développement. Les indicateurs de pauvreté, de croissance, de nutrition, d’éducation et de sécurité se détériorent tous, au lieu de s’améliorer comme il est nécessaire pour que le monde se développe véritablement. Le dernier coup de marteau est l’inflation et la hausse des taux d’intérêt. Ils frappent le plus durement les pauvres et aggravent les inégalités.
C’est fort de tous ces constats que le président de la Banque mondiale invite les dirigeants à renverser cette tendance et pour cela son institution va accompagner : « combler les lacunes dans les données relatives à l’eau est un élément essentiel de l’amélioration de la gestion des ressources en eau. Nous avons récemment lancé le portail de données sur l’eau de la Banque mondiale. Il consolide pour la première fois les données sur l’eau conservées en un seul endroit. Nous collaborons actuellement avec l’Organisation météorologique mondiale, par le biais de la Coalition des leaders de l’eau et du climat, sur un système mondial d’information sur l’eau pour rassembler les données sur l’eau et le climat ».
Une fois les données recueillies, une action coordonnée est nécessaire de toute urgence sur trois fronts pour faire face à la crise de l’eau : premièrement des mesures politiques ciblées et de meilleures institutions, deuxièmement – des investissements publics et privés accrus et troisièmement une plus grande participation des citoyens. Permettez-moi de prendre quelques minutes pour décrire chacune de ces actions clés.
Premièrement, les réformes politiques et institutionnelles sont essentielles pour permettre une utilisation durable et équitable de l’eau, valoriser correctement l’eau et améliorer la prestation de services. Les réformes nécessitent un leadership politique fort pour créer les changements économiques, sociaux et de mentalité nécessaires pour mieux gérer les ressources en eau et fournir des services efficacement à un plus grand nombre de personnes.
Les services d’eau et d’assainissement peuvent réaliser des gains d’efficacité significatifs. Les réformes utiles incluent également des filets de sécurité plus solides pour couvrir les chocs hydriques, des solutions de stockage améliorées et une meilleure planification urbaine pour améliorer la gestion de l’eau.
Une approche d’économie circulaire de la sécurité de l’eau pourrait apporter d’énormes avantages – en aidant les pays à développer la réutilisation des eaux usées pour la recharge des aquifères et l’irrigation ; et en capitalisant sur les zones humides et les infrastructures vertes pour améliorer la gestion et le captage des eaux pluviales.
La coopération transfrontalière sur l’eau est essentielle, en particulier en Afrique, où 90 % de l’eau se trouve dans des bassins versants qui traversent les frontières nationales. Le partage des données sur l’eau par le biais d’initiatives telles que le Système mondial d’information sur l’eau que j’ai mentionné plus tôt est essentiel pour gérer les impacts du changement climatique sur le cycle hydrologique ; et clé pour aider les pays à gérer les ressources en eau.

