Ce dimanche 1er octobre, les séparatistes catalans ont organisé leur référendum interdit, ce qui a suscité l’intervention musclée de la police espagnole. Bilan : une centaine de blessés, 90 % de voix pour le « Oui » et une situation plus tendue que jamais.
Toutes les émotions étaient au rendez-vous. Il y a eu de la musique et du sang, de la joie et des larmes amères. Dimanche 1er octobre, c’était jour de vote en Catalogne. Plus de 5,5 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour se prononcer sur l’indépendance de leur région, défiant ainsi le pouvoir central de Madrid qui avait déclaré ce référendum inconstitutionnel, autrement dit illégal. Ils auront été très nombreux à braver volontairement cet interdit. Les files d’attente atteignant souvent plusieurs centaines de mètres, mais ce sont les images de la répression policière espagnole qui ont surtout marqué la journée.
5 heures du matin à Barcelone, des milliers de personnes investissent les parvis des écoles qui doivent servir de bureaux de vote. Ils sont quelques 200 à se masser devant l’Institut Miquel Tarradell, dans le quartier du Raval, dont Monche, 57 ans, et son mari. Lui se frotte encore les yeux, elle explique : « On est là pour défendre le droit de voter, quelle que soit notre position sur l’indépendance. » Elle raconte qu’elle n’était pas indépendantiste « avant Mariano Rajoy », mais que, depuis, elle est déterminée à pousser pour la sécession catalane. Les lève-tôt forment une chaîne humaine pour empêcher la possible arrivée de la police. Les responsables de ce bureau auraient démasqué six policiers en civil, qui tentaient d’infiltrer la salle du scrutin.
Heurts entre police et manifestants
C’est à l’école Ramon Llull, à quelques centaines de mètres de la Sagrada Familia, que les premiers heurts ont éclaté. Il n’est pas encore 10 heures. Si les Mossos, la police catalane, se sont refusés à employer la force pour empêcher la tenue du vote, la Guardia Civil aux ordres de Madrid dégaine matraques puis fusils à balles de caoutchouc pour faire sortir de force les occupants de l’école. Ils sont traînés par terre, des coups sont distribués. Le visage ensanglanté d’une vieille femme va très vite faire le tour de la toile. « C’est inhumain et horrible », commente Suzanna, la cinquantaine, croisée à la sortie d’un établissement scolaire.
Au même moment, dans le quartier de Navas, les hommes en tenue anti-émeutes, le visage parfois masqué, utilisent un bélier pour défoncer la porte de l’école Joan Fuster et pénétrer dans l’enceinte pour récupérer les urnes interdites. Plus loin, des affrontements éclatent entre la police nationale et les pompiers catalans, qui voulaient protéger les votants.
« Je pensais qu’on était dans un pays normal… » Souffle Alberto, barbe brune fournie, dans la file d’une autre école. Lui met en cause le gouvernement espagnol, qu’il n’hésite pas, comme d’autres, à qualifier de « fasciste ». Tous guettent les nouvelles sur leur smartphone et se passent les vidéos partagées sur les réseaux sociaux, où l’on voit la police charger des occupants. Les visages se crispent. « C’est une bataille, on va continuer avec le sourire », assure Marc, parent d’élève et assesseur d’un jour. Voter devient un acte de défiance. Dans plusieurs écoles, on applaudit systématiquement les électeurs entrants et sortants. « J’ai voté ! J’ai voté ! » lance une femme, poing levé, en sortant de son isoloir.
Selon le gouvernement catalan, au moins 92 personnes ont été blessées dimanche, dont 2 grièvement, sur les 844 qui ont sollicité une aide médicale. 33 policiers ont aussi été blessés, d’après le ministère de l’Intérieur. Selon un récent sondage, seuls 42 % des Catalans étaient favorables à l’indépendance, mais dimanche le oui l’a largement emporté avec 90 % des voix d’après le gouvernement catalan car ce sont les séparatistes qui se sont mobilisés. A 0 h 45, les résultats provisoires donnaient 2 millions de voix pour le « Oui », 176 500 pour le « Non » et 65 000 bulletins blancs et nuls.

