De Adama SENE correspondant de Teranganews à Saint-Louis
Les populations de la Langue de Barbarie sont dans tous leurs états. Cela fait suite à la collision d’une pirogue de pêche artisanale de Guet-Ndar et d’un bateau au large de Saint-Louis. Une tragique scène qui s’est produite dans la soirée du Mercredi au Jeudi dernier, en haute mer. Au bilan de l’accident, il est enregistré un mort, cinq (05) blessés et de lourdes pertes en matériels de pêche. D’où la colère des populations guet-ndariennes et de la famille Séye qui a perdu un fils et des biens matériels.
Ce énième accident maritime impliquant des bateaux, remet sur la table des autorités la surveillance des côtes sénégalaises et la sécurité des pêcheurs artisanaux en haute mer. Trop, c’est trop, ont râlé les populations de la Langue de Barbarie, après avoir appris la mort d’un des leurs par accident en haute dans des circonstances troublantes. Tôt le matin, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans tout le quartier. Chacun voulait venir compatir avec la famille endeuillée, mais également dénoncer le comportement inhumain de certains équipages des bateaux de pêche étrangers. Assis sur une chaise en plastique à l’entrée de la véranda, l’air très fatigué, Souleymane Séye, capitaine de la pirogue, conforte les dires de ses collègues pêcheurs et relate le film de l’accident.
« Tout est allé très vite. Au moment où nous cherchions à l’éviter et à demander au jeune de dégager, le bateau était déjà monté sur la pirogue. Comme souvent les bateaux violent leurs zones d’intervention et volent pour pêcher, quand ils opèrent la nuit, les lumières sont très éteintes pour ne pas être repérés. C’est dans ces conditions que notre embarcation a été renversée et complètement bousillée. Nous étions six pêcheurs à bord, malheureusement le plus jeune, âgé seulement de 16 ans, n’est pas ressorti. Les 05 autres ont été ramassés par une autre pirogue qui passait dans les environs. Peut-être, si ces gens n’étaient pas venus au bon moment, nous serions tous morts comme le jeune. D’ailleurs ils ont tenté de le rechercher, mais ce n’était pas facile. Vu le choc, nous sommes des miraculés » a raconté Souleymane Séye.
Avant de dénoncer l’acte inhumain de l’équipage du bateau incriminé qui n’a rien fait pour les porter secours, malgré leur insistante demande. « Mais le plus choquant dans cette histoire, quand le bateau a commis son forfait, l’équipage n’a même regardé derrière. Il a continué son chemin comme si de rien n’était. Les bateaux étrangers qui volent pour pêcher sont coutumiers de tels faits. Cela est inhumain, car la moindre des choses voudrait que quand on heurte une pirogue, qu’on s’arrête pour s’enquérir de l’état de santé de ses occupants. Mais ils ne le font jamais. S’ils ne sont pas rattrapés par d’autres pirogues témoins de l’accident, ils prennent la fuite et disparaissent en haute mer. Il y a beaucoup de pêcheurs sénégalais qui perdent la vie en mer dans ces conditions d’accident » s’est désolé le capitaine Souleymane Séye.
Les organisations de pêche invitent l’Etat à prendre ses responsabilités
Revenant sur le bilan de l’accident de la veille en haute mer, le vieux Amadou Séye, propriétaire de la pirogue, a déploré les pertes de la vie humaine et des millions de dégâts matériels. « Le jeune tombé en haute mer à la suite d’un violent choc entre une pirogue et un bateau, n’a aucune chance de survivre, même si on observe quelques jours d’attente avant de faire le deuil. Ensuite des décennies d’efforts et de sacrifices ont été réduites à néant par des bateaux « criminels ». Nous n’avons récupéré que du matériel écrabouillé, à savoir une pirogue et un moteur qui sont complètement hors service pour de bon. Il faut que le gouvernement veille sur ses pêcheurs, sinon les bateaux vont les massacrer tous » a pesté le père de famille Séye. Un vœu qu’il partage avec certaines organisations de pêche de la Langue de Barbarie. Pour les responsables de la section Saint-Louis de de l’Union nationale de la pêche sénégalaise (Unapas), les services de surveillance des côtes sénégalaises sont interpellés pour le renforcement de la sécurité des professionnels de la mer.
« Quand l’Etat veut, il peut. Que le gouvernement mette les moyens pour arrêter ce massacre. Quand il a voulu surveiller ses côtes pour faire face à l’émigration clandestine, il l’a réussi. Donc qu’il fasse de même pour protéger les pêcheurs artisanaux. Nous ne pouvons pas partager cette partie de la zone maritime sénégalaise avec ces bateaux qui opèrent frauduleusement et régulièrement au large de Saint-Louis. Nous alertons de nouveau l’Etat sur la nécessité de mobiliser toutes les énergies, en vue de mettre définitivement un terme aux agissements de ces navires dans notre zone maritime. Car, il est anormal qu’ils pillent nos ressources halieutiques et nous tuent impunément » a fustigé le président du syndicat des pêcheurs artisanaux du Sénégal, Tapha Dieng.

