Alors que le continent africain continue de lutter contre des maladies comme le paludisme, le VIH et la tuberculose, une menace plus discrète mais tout aussi redoutable s’impose : la résistance aux antimicrobiens. Selon une récente étude relayée par les institutions sanitaires africaines et internationales, ce phénomène est désormais l’un des principaux risques sanitaires pour les populations africaines.
Une “pandémie silencieuse” aux conséquences mortelles
Derrière ce terme technique se cache une réalité alarmante : des bactéries qui résistent de plus en plus aux antibiotiques et rendent de nombreux traitements inefficaces. L’Afrique subsaharienne est particulièrement touchée. En 2019, la résistance bactérienne y aurait été responsable de plus d’un million de décès, dont environ 250 000 directement liés à l’échec des traitements antimicrobiens. Et la situation empire d’année en année.
Contrairement au VIH ou au paludisme dont la mortalité tend à diminuer grâce aux efforts déployés, la résistance aux antibiotiques prend de l’ampleur, notamment chez les enfants et les nouveau-nés. Plusieurs études révèlent que jusqu’à 85 % des bactéries isolées chez les jeunes patients résistent aux médicaments les plus couramment utilisés.
Une menace alimentée par de multiples facteurs
L’explosion de la résistance aux antimicrobiens en Afrique s’explique par plusieurs causes : l’usage excessif ou inadapté des antibiotiques, le recours massif à des médicaments de qualité douteuse, souvent falsifiés, ainsi que l’absence de contrôle rigoureux dans les systèmes de santé. À cela s’ajoutent des lacunes criantes dans la surveillance épidémiologique et les capacités de diagnostic dans de nombreux pays du continent.
Par ailleurs, l’usage vétérinaire et agricole des antimicrobiens, non régulé, contribue également à la diffusion de souches résistantes, qui peuvent ensuite contaminer les populations humaines.
Une réponse en construction, mais encore insuffisante
Conscients de l’ampleur du problème, 38 pays africains ont adopté des plans nationaux de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Une stratégie régionale coordonnée a également été mise en place, reposant sur l’approche “Une seule santé”, qui intègre les dimensions humaine, animale et environnementale.
Cependant, les experts alertent : ces efforts doivent être accélérés. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle à renforcer la gouvernance sanitaire, à développer les capacités de laboratoire, à mieux encadrer les prescriptions médicales et à sensibiliser les professionnels comme les populations sur les dangers de l’automédication.
Une urgence mondiale aux répercussions économiques
Selon les informations du journal Apanews, si aucune mesure forte n’est prise, les projections font froid dans le dos : d’ici 2050, la résistance antimicrobienne pourrait entraîner jusqu’à 8 millions de morts par an, en particulier en Afrique et en Asie du Sud. Sur le plan économique, le coût pourrait s’élever à des milliers de milliards de dollars de pertes de PIB chaque année à l’échelle mondiale.
Face à cette bombe sanitaire à retardement, l’Afrique n’a plus le choix. Il en va non seulement de la santé publique, mais aussi de la stabilité sociale et du développement futur du continent.
Genèse MOUKAHA

