De Adama SENE, correspondant de TerangaNews à Saint-Louis
Durant le week-end, la marine nationale n’a pas chômé sur les côtes de Saint Louis. En 48 heures, les éléments de la base navale de la zone Nord ont intercepté trois embarcations remplis de migrants clandestins tentant de regagner l’Europe. Au moment, où la grande contrée du Gandiolais pleure ses enfants et ramasse leurs cadavres rejetés par la mer.
Dans la nuit du Mercredi dernier, une embarcation s’était renversée à la brèche de Saint Louis à hauteur du village de Pilote- Barre dans la commune de Ndiébéne-Gandiol. Un accident qui avait occasionné un mort et des portés disparus parmi les jeunes candidats à l’émigration clandestine. Mais entre-temps, le bilan des morts s’est nettement alourdi. En moins de soixante-douze heures, 05 corps sans vie dont trois jeunes filles, toutes originaires de la zone ont été ramassés sur la plage de Gandiole par les sapeurs-pompiers et déposés à la morgue de l’hôpital régional de Saint Louis. . D’ailleurs depuis hier, les recherches sont arrêtées sur les lieux. Selon les services de secours, il n’y a plus d’espoir de retrouver de survivants parce qu’aucun des passagers clandestins ne portait un gilet de sauvetage pour tenir aussi longtemps.
Après le chavirement de la pirogue, plusieurs personnes ont été portées disparues et les rescapés du naufrage et leurs familles avaient opté de garder le silence de peur d’être cueillis par la gendarmerie pour les besoins de l’enquête. Mais après ce temps de silence radio, les langues commencent à se délier dans le gandiolais. Des parents qui sont restés des jours sans voir leurs enfants ou avoir de leurs nouvelles élèvent la voix et alertent. C’est le cas du vieux Magatte Ka qui s’inquiète de l’absence prolongée de ses deux enfants. » Je suis profondément choqué. C’est un des rescapés qui m’a informé que mes deux fils étaient avec lui dans la pirogue. Malheureusement depuis Mercredi, nous n’avons aucune nouvelle d’eux. Sont- ils morts noyés? Leurs corps ont-ils dérivé sur d’autres plages? En tout cas nous ne savons rien d’eux depuis lors » s’est désolé le vieux Magatte Ka. Très bouleversé par la triste situation, le père de la famille Ka déclare tout ignorer du voyage clandestin de ses enfants. « Dieu m’est témoin, ils ne m’ont jamais informé de leur projet d’émigrer clandestinement en Espagne. Ils ont caché leur voyage à toute la famille. Même si les temps sont durs au Sénégal, rien ne vaut la vie humaine. Il faut que notre jeunesse se ressaisisse. Gandiole a énormément perdu de jeunes dans la mer. Toutes les familles de la commune sont endeuillées par l’émigration irrégulière. Si ils sont morts, c’est l’espoir de toute une famille qui est ruinée » a dénoncé le vieux Ka au bord des larmes.
Au village de Tassinére, des familles sont également endeuillées. Deux des jeunes filles mortes lors du naufrage sont originaires de cette localité. « Elles sont influencées par leurs amies qui les envoient de l’Europe souvent des photos et des vidéos. Pratiquement tous les jeunes ont l’esprit tourné vers l’Europe. Mais mais ceci ne doit nullement être un prétexte pour affronter les vagues de l’océan. Maintenant voilà le résultat, des jeunes dont l’une était en classe de première ont bêtement perdu leur vie et plongé leurs familles dans une grande tristesse. Les passeurs et les capitaines doivent être retrouvés et bien châtiés par la justice. Malgré les nombreuses pertes en vie humaines, d’autres jeunes hommes et femmes confondues sont prêts à aller à l’assaut de la mer. C’est vraiment dommage. C’est pourquoi nous invitons les autorités à sévir et à renforcer les dispositifs sécuritaires « , a soutenu Abou Dièye, voisin des familles des victimes. .
Vaste coup de gilet de la marine nationale
Malgré les mesures draconiennes de sécurité mises en place par les autorités pour freiner l’émigration clandestine, le phénomène Barça-Barsakh continue toujours sur nos côtes maritimes. En 48 heures, les soldats-marins de la base navale de la zone Nord ont frappé un grand coup. Ils ont intercepté et arraisonné trois embarcations remplis de candidats à l’émigration clandestine sur les larges de Saint Louis. Prés de 400 clandestins sous bonne escorte de la marine ont été débarqués au port polonais de l’hydrobase. Des sources sécuritaires révèlent que l’une des pirogues qui avaient à bord 141 passagers, est partie de la Gambie depuis une semaine. Mais pour des raisons de pannes techniques, il s’est accosté à plusieurs villes côtières avant d’être interceptée dans la nuit du Samedi au dimanche par les forces de défense et de sécurité. D’ailleurs dans cette dite embarcation, il a été dénombré une trentaine de blessés par armes blanches et des passagers très mal en point. Ils ont été acheminés à l’hôpital régional où ils ont reçu des soins aux urgences. A en croire des blessés rencontrés à l’hôpital, après cinq jours de navigation, des heurts se sont éclatés entre passagers dans la pirogue. Lèvres enflées et une blessure à la tête, habits trempés, pieds nus, A. Diallo, raconte le calvaire qu’ ils ont vécu en mer. » C’est ma deuxième tentative d’émigration irrégulière. Mais celle-là a été un enfer. Nous avons connu beaucoup de problèmes à l’intérieur de la pirogue. Les passagers avaient des comportements très bizarres. Les gens étaient devenus subitement très violents. Pour un oui ou un non, c’est la bataille rangée. Vous avez constaté, j’ai reçu un coup de coupe-coupe à la tête au cours d’une altercation en pleine mer alors j’étais assis sagement dans mon coin. Je pose la question comment et pourquoi des coupes coupes ont été embarqués dans la pirogue? Nous sommes 28 personnes ayant des blessures par armes blanches et il y a d’autres qui ont eu des ennuis de santé mentale. On ne pouvait pas arriver à destination dans cette atmosphère. Mais dieu merci, personne n’est mort en cours de route. La marine a débarqué tout le monde sur la terre ferme « , a raconté A. Diallo, originaire de la région de Kolda.
Il faut signaler que la gendarmerie a ouvert une enquête pour traquer les convoyeurs et que la majeure partie des clandestins arrêtés a été libérée après audition.

