« Bénéficier d’une éducation de base de qualité, de services de protection et de bien-être en complément de l’éducation coranique pour les préparer à une meilleure insertion dans la société ». Ces mots renvoient au projet dénommé « USAID-wallu talibe yi », lequel souhaite prévenir et réduire la mendicité forcée dans les régions de Dakar et de Kolda à travers un changement de comportement, grâce à la mobilisation et au leadership communautaires à travers les collectivités locales.

Ce mercredi 12 juillet 2023 a eu donc lieu le lancement de la campagne de communication du projet « Wallu Taalibe-yi », à la mairie de Hann Bel-Air sous la présence des enfants talibés, leurs maîtres coraniques, les ‘’ndeyou daara’’, et les autorités locales.
Ladite campagne a pour objectif de renforcer la communication pour le changement de comportement social afin de sensibiliser les parents à garder les enfants au sein des communautés.
‘’On cible 100 mille talibés qui mendient dont à peu près 30 mille sur Dakar et nos études montrent que ces enfants mendient entre deux à quatre heures par jour. Ce qui est énorme’’, déplore- la directrice pays de Save The Children, Emilie Fernandez.
Appuyé par le gouvernement des Etats-Unis par le biais de l’USAID (Agence des Etats-Unis pour le Développement International), ce projet ambitionne d’améliorer les capacités des communautés à développer et mettre sur pied des stratégies efficaces permettant aux enfants dans huit communes de Dakar et Kolda, de bénéficier d’un environnement protecteur. Ce, en s’appuyant sur les leaders religieux et les acteurs du gouvernement local.
D’après Emilie Fernandez, ce projet financé par l’USAID, à hauteur d’ 1 milliard 300 millions de francs Cfa, fait suite à un autre projet déroulé à Dakar suite à l’incendie qui avait coûté la vie à 9 talibés à la Médina (quartier de Dakar) en 2013. ‘’Dakar a été ciblée mais aussi, la région de Kolda parce que d’après une étude de base, Kolda est la plus grande région pourvoyeuse d’enfants talibés’’, fait-elle observer.
« La prévention et la réduction de la mendicité forcée des enfants talibés au Sénégal est un défi majeur pour tous les acteurs de la protection. C’est pour cette raison que Save the Children, avec l’appui de l’USAID, compte impulser une dynamique locale et nationale afin que des actions fortes et pérennes soient prises pour une protection intégrée des enfants talibés pour un objectif ‘zéro mendicité forcée’», poursuit-elle.
D’après ladite directrice pays au Sénégal, »42% du montant récolté par les talibés servent à financer les maîtres coraniques ». ‘’C’est un caractère d’exploitation économique sur lequel on veut revenir à travers ce projet puisqu’on vise aussi le renforcement de la gestion communautaire pour qu’il y ait des activités génératrices de revenus au niveau local’’, a-t-elle souligné.

Babacar Mbengue, le maire de Hann Bel Air a, pour sa part, fait noter que ‘’toutes les réalités locales doivent être prises en charge par les collectivités locales et l’enseignement coranique est une compétence transférée’’. A ce propos, il fait savoir que le ministère de l’Education a affecté un personnel technique composé d’arabisants.
La mendicité, une problématique qui perdure !
En dépit des efforts fournis par l’Etat pour la protection des enfants talibés notamment à travers l’adoption de la loi 2005-06 du 10 mai 2005 relative à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées et à la protection des victimes, la problématique des enfants talibés demeure et est plus que jamais préoccupante.
Rien qu’en 2019, l’ONG estime que plus de 100 000 enfants vivant dans des Daaras résidentiels à travers le pays ont été contraints de mendier.
A Dakar, près de 30 000 enfants âgés de 6 à 17 ans sont toujours contraints de mendier entre deux et quatre heures.
A travers cette campagne de communication, le projet « Wallu Talibe yi » va également donner un élan aux initiatives nationales en vue de l’adoption et de la mise en œuvre d’un cadre législatif et politique efficace inspiré et soutenu par les communautés. Au regard de leur fort impact communautaire et de la complexité de la question de la mendicité forcée des enfants, Save the Children a veillé à impliquer dans cette campagne, les municipalités, les leaders communautaires et religieux, les Ndeyou daara et les maitres coraniques, pour véhiculer des messages basés sur leurs vécus et connaissances et promouvoir des changements durables dans le comportement des communautés.
La vidéo projetée durant ce lancement de campagne étaye ces dires. Un talibé répondant au nom de Mouhamed Diao, habitant Diamaguene Sicap-Mbao y explique son quotidien. « Les daaras ne doivent pas représenter ni être considérer comme une porte ouverte à la mendicité. Nous voulons de meilleures cadres d’apprentissage et de vie », dit-il, plaidant pour que ces enfants aient les mêmes droits et les mêmes chances que ceux de leur âge.
Dans la même dynamique Sokhna Ami Sarr, une ‘’Ndeyou Daara’’, soumet une liste de revendications aux autorités présentes. Entre autres, elle souhaite que les ‘’Ndeyou daara’’ aient accès aux mêmes privilèges que les ‘Bajeenu Gox’’.
Pour assurer la pérennité de l’intervention, le projet prévoit de mobiliser le financement du gouvernement sénégalais, du secteur privé et celui provenant des pratiques sénégalaises religieuses de solidarité et d’aumône (Sarax et Zakat) pour créer des ressources locales durables et renforcer l’autonomie pour transformer les daara traditionnels et améliorer le bien-être des enfants.
D’une durée de trois ans (2022 – 2025), ce projet permettra à 6 500 talibés (apprenants) de bénéficier des services de protection et de bien-être.
Ce projet est la continuité du modèle de Daara Communautaire, soutenu, développé et piloté sous le financement de USAID depuis 2013 et qui encourage les parents à garder leurs enfants à la maison pour étudier le Coran dans leurs propres communautés et recevoir une éducation de base de qualité.
Ici à Dakar, Save the Children va assurer la supervision globale du projet et dirigera les opérations.

