La cérémonie d’inauguration franco-algérienne de la Grande Mosquée de Paris (GMP) aura lieu ce mercredi 19 octobre en présence du président Emmanuel Macron, dans un contexte où la question de l' »Islam en France » occupe le devant de l’actualité. Une cérémonie qui commémore le centenaire de la pose de la première pierre de la Grande Mosquée de Paris alors que sa construction était surtout un projet marocain.
C’est sur initiative du recteur, le franco-algérien Chems-eddine Hafiz que la mosquée de Paris sera inaugurée sans la participation du Maroc qui a donné corps à ce projet. Une situation qui risque de frustrer les personnes éprises de justice car le Maroc en est le véritable précurseur et à même lancé les travaux. Ce qui fait craindre une récupération politique de la part d’Alger à l’heure où Paris tente de renouer les relations avec ce pays sur fond de réduction du nombre de débits de gaz.
Une mosquée d’origine marocaine
Dans les faits, c’est à la Société des Habous et des Lieux Saints, fondée au palais royal de Rabat en 1917, sous l’égide du Sultan Moulay Youssef, que revient la propriété de la Mosquée de Paris. Ce même sultan ordonna le lancement des travaux en 1922, par l’intermédiaire de son représentant… un certain Hubert Lyautey. La mosquée fut inaugurée quatre ans plus tard, en juillet 1926. Il s’agissait de rendre hommage aux 100 000 combattants de confession musulmane morts pour la France, notamment lors de la Première Guerre mondiale.
Le jour du lancement des travaux, Lyautey envoya en personne une lettre au Sultan Moulay Youssef qui rappelle aujourd’hui l’origine des lieux : « Lorsque j’ai prononcé le nom de Votre Majesté Chérifienne, il a été hautement acclamé par l’assistance. Le premier coup de pioche a été donné par le grand vizir El Mokri (Premier vizir, Chambellan) et ensuite par les membres des diverses nationalités musulmanes ».
La France prise en otage
La Grande Mosquée de Paris n’est pas la mosquée d’Alger. Son histoire particulière en fait la Mosquée des musulmans qui ont combattu pour la France, et si nombre d’entre eux étaient Algériens tous ne l’étaient pas. De fait, son histoire l’attache aussi intimement que fermement au Maroc. Alors que des dissensions diplomatiques se font jour entre le Maroc et la France, il aurait été bon qu’Emmanuel Macron ne se laisse pas embarquer dans une cérémonie algérienne fruit d’une expropriation mémorielle coupable.
Une expropriation morale
D’origine algérienne et premier recteur de la Mosquée, Kaddour Benghabrit fut pourtant un sujet du royaume chérifien après sa naturalisation. Ses études à l’Université Al Qaraouiyine de Fès et les diverses fonctions qu’il occupa firent de lui un proche du Sultan Moulay Youssef, raison expliquant sa nomination. De conception marocaine, la Mosquée de Paris l’est indubitablement. Les lieux ont été aménagés par des artisans marocains spécialement dépêchés de Fès, comme le montrent les mosaïques de type zellij qu’on y trouve.
Depuis lors, les tentatives de manipulations touchant aux statuts de la Société des Habous ont été légion. Elles ont toujours eu pour objectif de réécrire l’histoire de ce lieu de culte, notamment pour en occulter ses racines marocaines. Des manœuvres initiées dès 1954 par François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur. Le socialiste jugeait que la Mosquée de Paris était avec le temps devenue un « haut lieu du nationalisme marocain » et le siège d’un mouvement en faveur du roi Mohamed V en exil. C’est ainsi qu’il fut décidé d’en modifier la gestion et de privilégier une optique se voulant « laïque et républicaine ».
La nomination par Guy Mollet du franco-algérien Hamza Boubakeur – lui-même adhérent du SFIO – au poste de recteur en 1957, pour un mandat qui dura jusqu’en 1982, fit prendre un tournant à la Mosquée de Paris. Les prétentions du jeune Etat algérien se sont multipliées, de même que diverses vexations qui ont eu des conséquences diplomatiques importantes. Parmi elles, la modification des statuts juridiques de la société des Habous fut la première étape d’une opération de réécriture de l’histoire et d’une appropriation des lieux par l’Algérie.
En 1962, le ministre plénipotentiaire Claude Lebel écrivit dans une note adressée à l’Etat français que : « La réapparition à Alger d’un prétendu bureau de la Société des Habous et des Lieux Saints, recréé de toutes pièces pour les besoins de la cause “dans le cadre de la procédure d’urgence”, – il convient d’ailleurs de noter la faible représentativité des membres non-algériens de ce bureau ». C’est en 1982 que ce plan s’est dévoilé au grand jour au terme d’un accord passé entre Hamza Boubakeur et le gouvernement algérien.
Après un intermède durant lequel deux recteurs proches du FLN furent en poste, le propre fils d’Hamza Boubakeur fut proposé. Médiatique, Dalil Boubakeur affronta les évènements de la « décennie noire » algérienne qui finit par provoquer la première grande série d’attentats islamistes en France en 1995. C’est ce même Dalil Boubakeur qui a pourtant été à l’origine de la reconnaissance de la domination algérienne sur cette Mosquée. Fin 2015, Alger engageait une procédure visant à placer la Mosquée de Paris sous la tutelle exclusive du ministère algérien des affaires religieuses et des Wakfs.

