A LA UNE Actualité economie Saint-Louis societe

Saint -Louis-Grève des boulangers : Biscuits, beignets et bouillie au menu du petit déjeuner en l’absence du pain quotidien 

De Adama Séne correspondant de Teranganews à Saint-Louis 

La grève de soixante douze heures déclenchée par la Fédération nationale des boulangers du Sénégal (Fnbs) a connu un franc succès à Saint-Louis. De nombreuses boulangeries de la capitale du Nord n’ont pas fonctionné pour respecter le mot d’ordre du syndicat. Une grève qui a été fortement fustigée par les associations de consommateurs et les populations.

Beaucoup de chefs de familles de la vieille cité n’ont rien vu venir. C’est une fois sur place, dans les boulangeries ou autres points de vente du pain qu’ils ont été informés de la grève nationale de trois (03 jours) des boulangers. Une mesure qui a été vigoureusement dénoncée par les usagers. Malgré la surprise et les nombreux désagréments de la grève, les mères de famille ont toutefois trouvé d’autres solutions pour combler le manque de pain du petit-déjeuner de la famille.

Adji Anta Wade, la cinquantaine bien sonnée, en compagnie de ses deux filles en partance pour l’école, explique s’être bien débrouillée pour le petit-déjeuner familial sans le pain matinal. « On a été pris au dépourvu. Aucune disposition n’a été prise pour acheter du pain la veille. Néanmoins, je me suis arrangée pour remplacer le pain par des parquets de biscuit. Mais c’est très difficile pour les enfants qui n’ont pas l’habitude. Comme on n’a pas ce que l’on veut, on se contente de ce que l’on a. Je leur ai demandé de s’adapter au biscuit en attendant la fin de la grève des boulangers» a soutenu Mme Wéllé. Pour sa voisine assise sur le banc de l’arrêt des bus Tata de Tableau Walo, le pain n’est pas indispensable à la vie des sénégalais.

«Certes les populations vont ressentir la grève, mais les boulangers seront les plus grands perdants parce que le pain n’est pas la seule alternative pour le petit-déjeuner. Les populations trouveront toujours un moyen pour pallier le pain au petit-déjeuner. Ce matin, certains parents se sont tournés vers la bouillie de mil, les biscuits et les beignets, etc… Donc que les boulangers continuent la grève pendant des mois. Ce qui est sûr, les populations n’accepteront pas l’augmentation du prix de la baguette. D’ailleurs les boulangers n’ont avancé aucun argument convaincant pour la hausse du prix du pain. Tout ce qui les intéresse c’est d’imposer une baguette de 200F aux populations fortement impactées par la crise sanitaire» a fustigé Isseu Diassé.

Les associations de consuméristes ruent dans les brancards

Des frustrations et des préoccupations que les populations partagent largement avec les consuméristes de la région Nord. Pour Gamby Diagne de l’association des consuméristes, Precos (Prévention des Consommateurs de Saint-Louis), l’Etat doit rester fort et ne pas entrer dans le jeu de chantage des boulangers. «Cette grève ne se justifie pas. Les boulangers veulent profiter de la tension avec les meuniers et tenir en otage les populations. Ce n’est pas normal. Ils ont toujours menacé sans jamais oser franchir le rubicond de la grève. Maintenant c’est au tour des autorités d’être très ferme. Aucune hausse du prix de la farine n’a été constatée et les explications données par les services du commerce sont claires et nettes. Donc que veulent les boulangers ? Le beurre et l’argent du beurre, c’est impossible » a râlé Gamby. Avant de poursuivre que depuis des mois, les intrants de la fabrication du pain n’ont connu aucune hausse, mais le prix de la baguette est resté le même. « Le sac de farine est toujours vendu à moins de 16.000 francs Cfa, prix conseillé, parce que l’Etat s’est passé des taxes des meuniers.

Pourtant la baguette du pain est toujours maintenue à son prix homologué au détriment du consommateur. Autant de raisons qui nous poussent à inviter le gouvernement à ne pas céder devant la gourmandise des boulangers et des meuniers. Ils doivent être patriotes. Les temps sont durs, pourquoi veulent-ils à chaque fois qu’il y a des difficultés dans le secteur, que les populations payent toutes seules leurs pertes » s’est indigné le président d e Precos

Selon le point focal de l’Ascosen à Saint Louis, le diktat des acteurs de la farine ne peut plus continuer. Pour lui, les autorités du commerce doivent assumer leurs responsabilités face à cette situation. Toutefois le défenseur des consommateurs, interpelle le gouverneur sur la protection des boulangeries non-grévistes. « Que l’Etat garantisse la sécurité aux boulangers qui n’observent pas le mot d’ordre de la fédération pour le ravitaillement des populations» a déclaré Zayir Fall. Très remonté contre l’attitude du syndicat des boulangers, le représentant de l’Ascosen invite également les consommateurs à la solidarité et dénonce toute spéculation constatée dans les quartiers.

A propos de l'auteur

Khadim FALL