De Abdou Rahmane Diène Journaliste-écrivain
Le sunugaal avait commencé à voguer depuis une décennie, puis il a tangué durant plus de quatre années, sans la moindre bribe de témérité du capitaine à bord. Aujourd’hui, il sombre vers les abysses. Les propos inqualifiables de Gaston Mbengue ne sont en réalité que la face visible d’un iceberg déstructuré. Les candides qui réclament une réparation sont en train de déployer des efforts gargantuesques pour défoncer une porte déjà ouverte. Le mal est profond.
Comment dans un pays aussi républicain que le nôtre, on puisse s’attaquer honteusement et manifestement à une minorité ? Les Dias, des sénégalaises et sénégalais à part entière, ne méritent pas d’entendre un rescapé australopithèque, rancunier du reste, supposer leur extermination au four crématoire. C’est scandaleux. Je ne suis pas un grand fan de la méthode va-t-en-guerre de Barth. J’ai souvent condamné certaines de ses positions que je logeais au delà du rubicon. Mais de là à stigmatiser sa lignée sénégalaise, il faut avoir la bêtise têtue de Gaston pour le penser et le dire. Malheureusement ou heureusement, c’est selon, il faut être du camp du pouvoir pour accoucher de telles idioties et voir une meute d’esprits, sagement opportunistes, bénir la création.
Le président Macky est au banc des accusés. Sa phobie des échos discordants secrète instinctivement de la bile bienveillante aux microbes destructeur de toute opposition. Le magistère de Macky a changé la donne. Ce n’est plus la taille de la base politique ou du poids électoral qui détermine les privilèges à pourvoir. Les opportunistes l’ont bien compris, seuls les plus virulents à l’égard des opposants seront les plus choyés.
Le médium qui a servi de support à cette incartade ne sort pas grandi de cette affaire. Faut-il encore rappeler que les acteurs de la presse, de surcroît les journalistes, sont les premiers garants de la cohésion sociale. Certains propos, mettant en péril le magnifique legs de nos aieux, mettant en désagrégation ce qui fait de nous, un peuple, un but, une foi, doivent être censurés sans hésitation. Que vaut un retentissant buzz face à un tissu social en lambeaux? Que vaut de pathétiques vues face à une paix en proie facile.
J’espère que Gaston Mbengue sera éconduit par ses pairs, j’espère que Macky Sall, notre président va désavouer publiquement et avec fermeté ces dérapages. La récréation n’a que trop duré. Mais le scénario était connu d’avance pour les têtes froides: quand tout le monde fait du traitement de l’information, lorsque tout le monde a droit à la parole, c’est là en toute simplicité le début d’une triste et spectaculaire implosion.

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