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Matam : Bienvenue à Thiama, le village avec un seul garçon à l’école primaire

De Thierno Baye Diène correspondant de Teranganews à Matam

C’est ce qui se passe au village de Thiama dans la commune de Nabadji Civol, trouver un garçon scolarisé relève du surréalisme. En effet, la seule école élémentaire qui y est construite ne compte qu’un seul élève garçon. Une situation inédite mais à laquelle l’enseignant M. Mbaye a fini par s’y faire. Ce jeune instituteur qui y est affecté depuis 3 ans n’a jamais eu le privilège d’avoir dans sa classe un garçon. « Je suis à la troisième année d’exercice dans ce village. Mais je n’ai jamais eu dans ma classe un élève de sexe masculin. Il n’y a que des filles. » renseigne-t-il.

Et pourtant, le village regorge de jeunes garçons. Seulement, ici, les garçons sont destinés à d’autres activités : l’apprentissage du coran ou la tenue du troupeau. A notre arrivée dans le village, la remarque sautait aux yeux. Les enfants en âge d’aller à l’école sont introuvables dans les maisons. Les deux que nous avions rencontrés à l’entrée étaient en compagnie de leur troupeau. Où sont les autres ? C’est baba dia, le vieil homme qui fait office de chef de village qui nous donne la réponse : « les enfants sont envoyés chez le maitre coranique. Chez nous, les enfants sont envoyés à bas âge chez le marabout pour apprendre la coran et maitriser au moins les règles élémentaires de la religion. Ensuite, quand ils auront entre 12 et 13 ans, ils sont envoyés pour s’occuper du bétail. L’école n’est pas encore vraiment adaptée dans nos mœurs même si on y envoie quand même nos filles. » soutient le chef de village.

Des propos corroborés par M. Mbaye : »les garçons sont bien là mais ils sont soit à l’école coranique soit en train s’occuper du bétail. Les parents ne voient pas l’école d’un bon œil. Ils estiment que l’école ne leur apporte pas grand chose contrairement au bétail qui représente leur trésor.  » Mais la situation des filles n’est guère plus reluisante car si elles sont bien envoyées à l’école, elles n’y restent pas très longtemps, explique l’instituteur. « L’école dispose d’un effectif de près de 40 élèves pour un seul garçon. Dans les classes, chaque année l’effectif diminue. C’est parce que les filles sont retirées de l’école pour être mariées malgré leur jeune âge. C’est de petites filles dont l’âge varie entre 12 et 14 ans. Mais c’est leur tradition, c’est très tôt que la fille est promise à un homme. C’est triste comme sort. » se désole-t-il.

Le seul garçon qui fréquente l’école dans ce village est assez timide mais travailleur selon son maître qui assure aussi la direction de l’école. « C’est un garçon assez intelligent, il est parfois perturbé d’être seul parmi des filles mais quand il faut travailler, il n’est pas mal. Il est considéré comme un cas par beaucoup mais c’est parce que son père est émigré qu’il a accepté de l’inscrire à l’école. » nous confie-t-il.

Le bureau du genre de l’inspection d’académie saisi a promis de faire une visite pour s’enquérir de la situation et accentuer la sensibilisation d’autant plus que pour la présente année scolaire, 22 élèves avaient été recrutés pour la classe de CI avant d’être renvoyés chez eux faute d’instituteurs.

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Khadim FALL

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