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La chronique d’Abdou Diaw : Pacte de convergence, les critères en sursis

Par Abdou DIAW, Journaliste économique

L’éternel débat sur le respect du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité a été remis au goût du jour par le chef de l’État, Macky Sall, lors du débat télévisé qui a suivi son adresse à la Nation, au soir du 31 décembre. Il n’en démord toujours pas. Il a vigoureusement fustigé le maintien de ces critères, notamment la barre des 70% qu’il qualifie de « domination sur les Africains ». « Nous Africains, ne devons plus accepter qu’on nous manœuvre », fulmine le président de la République, le ton menaçant. Plus loin, il va même jusqu’à trancher : « Le moment est venu de briser les chaines ».

Macky n’en est pas à son premier coup d’essai. Le 2 décembre 2019, à l’occasion d’une conférence internationale sur la dette, tenue à Dakar, avec son collègue du Bénin, Patrice Talon, ils avaient agité l’idée de réviser les critères de convergence de l’Uemoa, notamment le ratio dette sur Pib (inférieur ou égal à 70%) et le déficit public (supérieur ou égal à -3%). Devant leurs autres pairs de l’Union, la directrice générale du Fmi, Kristalina Georgieva, et autres partenaires techniques et financiers, ils s’étaient interrogés sur la pertinence de continuer à appliquer ce pacte de convergence. Ils sont même allés jusqu’à préconiser sa révision.

Cette demande du chef de l’État sénégalais, qui semble lui tenir à cœur, appelle plusieurs réflexions. D’abord, sa légitimité peut résider dans le fait que ce plafond de 70% réduit les marges de manœuvres des États d’accéder aux ressources sur les marchés financiers régionaux et internationaux. Ensuite, la pertinence d’imposer ce seuil pourrait être bonnement remise en cause si l’on sait qu’aujourd’hui, une masse critique de pays, notamment les plus développés dans le monde, ont vu leur ratio dette/sur Pib prendre la flèche. On en veut pour preuve le ratio dette sur Pib en 2019 de quelques pays, selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économique (Ocde) : Italie (155%), Usa (135%), la France (124%), l’Espagne (117%), le Canada (107%). Évidemment, certains diront que comparaison n’est pas raison. Mais la question est de savoir si l’institution de ce critère de convergence aux pays de l’Uemoa a permis d’asseoir une politique d’endettement efficace et efficiente et des finances publiques saines. Enfin, il nous paraît important de prouver si un dépassement de ce ratio de 70% peut être véritablement un handicap à la croissance économique des États. N’est-ce pas là une piste de recherche pour nos économistes.

Ne faudrait-il pas s’intéresser aux capacités des États à rembourser leurs dettes plutôt que de se focaliser sur un plafond qui semble avoir plus une fonction dissuasive ? Les avis semblent partagés chez les économistes sur l’impact négatif de la dette sur la croissance des États. L’on se rappelle la cinglante correction infligée par le jeune étudiant de l’université du Massachusetts, Amherst Thomas Herndon, à deux autres éminents économistes de l’université de Harvard, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff. Ces derniers, dans leurs travaux réalisés en 2010, soutenaient que la croissance économique d’un pays ralentit massivement quand sa dette dépasse le seuil de 90 % du Pib. Cette théorie, qui a fait tache d’huile dans le cercle des réflexions économiques ces dix dernières années, a été battue en brèche par le pensionnaire de Massachusetts. Dans une contre-étude menée en 2013, Amherst Thomas Herndon et ses deux maîtres, Michael Ash et Robert Pollin, étaient arrivés à la conclusion que les pays enregistrant une dette publique supérieure à 90 % du Pib connaissent une croissance moyenne de 2,2 % et non de – 0,1 % tel que soutenu par l’étude du duo Reinhart et Rogoff.

Même s’il faut laisser les États de l’Uemoa creuser leur déficit public et filer leur dette publique, surtout dans ce contexte de perturbations économiques impliquant l’accroissement des dépenses, il faut toutefois continuer à pousser les pays au respect du mécanisme de surveillance multilatérale. D’où l’urgence de signer le retour du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité de l’Uemoa, suspendu depuis le 27 avril 2020 par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Uemoa en raison de la crise sanitaire. Le respect des critères de convergence peut être gage de crédibilité pour les États vis-à-vis des investisseurs et des partenaires au développement (bilatéraux et multilatéraux). Rester en dessous des critères de convergence peut également contribuer à renforcer la signature des États sur les marchés financiers. L’imposition de plafonds aux États en matière d’endettement, de déficit et de ratio masse salariale sur recettes fiscales est d’autant plus importante qu’elle peut contribuer à asseoir une discipline budgétaire et une dette soutenable et viable. Le respect des critères de convergence par les États concernés est également un des préalables décisifs à la création d’une zone monétaire.

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Khadim FALL

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