De Abdoulaye Faye, correspondant de Teranganews à Diourbel
Le constat est amer, à l’unité industrielle de la Sonacos de Diourbel. Après une semaine du lancement de la campagne de commercialisation de l’arachide, les huiliers de Diourbel, à l’image des autres unités industrielles de ladite société, peinent à trouver de l’arachide à cause du marché parallèle. Le syndicat des travailleurs de la Sonacos, à travers un point de presse à Diourbel, attire l’attention des autorités et les invitent à réguler le marché avant que la société nationale tombe à la ruine.
Dans le cadre d’une tournée nationale, une délégation du syndicat des corps gras du Sénégal a effectué une visite mercredi 2 décembre 2020, à l’unité industrielle de la Sonacos de Diourbel pour s’enquérir de la situation. Par la voix du secrétaire général national du syndicat des travailleurs de la Sonacos Samuel Ndour, le constat est le même dans les différents unités industrielles de la Sonacos qu’ils ont pu visiter. « Le constat est amer, parce que nous n’avons pas trouvé de camion, c’est pareil par là ou nous sommes passés. Que ce soit à Ziguinchor, jusqu’à hier il y a zéro camion. A Kaolack, ils n’ont eu que deux camions. Je pense que ici, il n’y que trois camions qui ont eu à décharger. Ce qui est vraiment déplorable. Parce que, commencé une campagne dont on dit que y a une forte production et que l’industrie locale n’arrive pas à trouver son compte là-dedans. Je pense que les autorités étatiques ont à revoir leurs politiques », se désole Samuel Ndour.
« La Sonacos ne peut pas rester deux années successives sans matières premières », soutient le secrétaire général national du Syndicat des corps gras. L’année dernière, les huiliers ont eu peu de graine. Et pour cette année, les travailleurs de la Sonacos envisageaient de pouvoir obtenir en conséquence beaucoup de graines. « Donc, si vraiment la matière première n’arrive pas, avec l’ensemble des embauches, l’ensemble des fonds dépensés dans des travaux de fin de campagne pour remettre à pied les usines, vraiment ça sera une grosse perte pour la Société et la SONACOS ne pourra pas tenir », affirme-t-il.
« Ce qui explique cela, c’est le comportement des étrangers dans la collecte. La filière arachidière est une filière organisée ou il y a des décrets, des règlements et même des conventions pour la marche de la filière arachidière. C’est l’une des filières la plus organisée au Sénégal, mais malheureusement ces dernières années on est en train de tout bafouer par le non-respect des étrangers dans la commercialisation. Les étrangers devaient contractualiser avec les sociétés nationales et non laisser les sociétés nationales allaient en brousse et même dans les concessions villageoises pour chercher la graine. Et mieux, pour paralyser l’industrie locale, ils augmentent même le prix officiel du pays », dit-il.
Là où on a fixé le prix officiel, les paysans étaient représentés, donc, c’est tous les acteurs de la filière qui fixent le prix, ce n’est pas l’industrie qui fixe le prix.
Depuis 1960, quand on a pris les choses en main jusqu’en 2017, le prix officiel a toujours été respecté par tous les acteurs. C’est une chaîne, il y a des maillons. On ne peut pas fixer n’importe comment le prix. Mais aussi on ne devrait pas dévouer le prix n’importe comment parce que c’est renié au travail de beaucoup de commission. Le CNIA est là pour arbitrer. Donc, il y a des conditions, dans lesquelles peut-être on peut augmenter les prix, mais pas n’importe comment oubien le discours qu’on entend au niveau de Saloum « Ma mom sama guerte louma neex diayé » (l’arachide m’appartient, je vends comme je veux). Donc tu n’es plus dans une filière quand tu fais ce que tu veux. Dans ce pays, si tout le monde fait ce qu’il ne veut rien ne marchera. On ne sera même plus dans une société. Quand on achète plus de 350Fcfa, on ferme les usines. Parce que pour faire un litre d’huile, il faut trois kilos. Quand tu dois faire trois kilos pour un litre d’huile et tu achètes plus de 350FCFA, le prix homologué pour vendre l’huile c’est 1050 Fcfa le litre et nos frais de productions et nos assurances. Où est notre marge commerciale ?
« C’est le ministre du commerce qui a plafonné. Ce n’est pas la Sonacos qui plafonne ? Ce n’est pas nous qui dictons nos prix. C’est le ministère du commerce qui dicte ces prix plafonnés à 1 050 FCFA à l’usine et 1 200 FCFA au niveau du distributeur pour les consommateurs. Les solutions à prendre dans l’immédiat, c’est respecter ce qu’on s’était tous dit en tant que acteurs de la filière arachidière. C’est de collecter d’abord les semences, collecter l’arachide huilerie et ensuite collecter ce qui est à exporter. Mais on a mis la charrue avant les bœufs. Ce qui fait que le prix a flambé. Et c’est les étrangers qui l’ont fait flamber pour maitriser la collecte pour tout s’accaparer. Ce n’est pas les paysans, ce n’est pas les industriels. Et ce n’est pas normal qu’ils s’accaparent de tout et on laisse notre matière première du pays alors qu’il y a l’industrie locale. On ne peut pas tuer l’industrie locale et laisser ça aux étrangers. Demain, s’il n’y a plus d’industrie locale, quand les chinois vont revenir, ils vont acheter à 100 FCFA le kilo. Qui va dire non ? D’autres possibilités qui s’offrent aux paysans, rien ! »
« Donc, comme c’est chaine, il y a des maillons pour revenir au prix qu’on avait dit. Chaque maillon de la chaine doit se retrouver dans la commercialisation de graines d’arachide. Et non favoriser un seul maillon et tuer les autres. Sinon, il n’y a plus de filière et si l’industrie locale meurt, la filière va avec. Donc, pour sauvegarder les intérêts des uns et des autres, il faut qu’il y ait des sacrifices d’un côté comme de l’autre. L’industrie locale n’a jamais dit qu’il faut augmenter le prix. Mais à certaines conditions. L’année dernière, toutes les industries avaient refusé d’acheter sauf la Sonacos qui est une société nationale. Elle est allée de 210 à 250 FCFA. Cette année, le prix est fixé à 250 FCFA, après beaucoup de débats, mais pour que tout le monde puisse s’y retrouver. Les acteurs de la filière, ce n’est pas seulement les paysans, il y a d’autres personnes qui doivent survivre. Mais dans ces conditions, l’industrie locale ne survit pas. Elle ne peut pas se retrouver là-dedans. Comment faire ? »
« Il y a plus de 2 000 emplois directs menacés au niveau de l’industrie locale sans compter ceux indirects qui font même autant. Les autorités étatiques doivent réfléchir là-dessus. Et comme l’avait dit le président de la République, le 29 septembre à Diamniadio, les ministères du commerce, de l’agriculture, de l’industrie et des finances doivent se concerter avec les huiliers pour trouver une solution pour que les usines soient approvisionnées en graines d’arachide », affirme Samuel Ndour.
Selon Samuel, les autorités étatiques doivent prendre en main cette problème afin de réguler le marché. « Il faut que les gens puissent réguler le marché. Les autorités, les membres du gouvernement, c’est eux qui doivent prendre les choses en main. Ceux qui sont là et qui commencent à prendre les graines, ils commencent par les bonnes. Ils n’achètent jamais les graines matures. Ils achètent la bonne graine et l’exportent, ils nous laissent avec le reste. Ce n’est pas normal », précise Ndour.
« Les Ops, c’est les intermédiaires. Au niveau des usines, n nous a dit c’est le système carreau-usine : rester dans vos usines, attendez qu’on vous amène les graines. Ceux qui nous amènent les graines, on a signé des contrats avec eux, on les a agréés, on les a promis une marge commerciale de 14 500 FCFA la tonne avec remboursement de tout frais. Donc, nous n’achetons pas à 250 FCFA. Parce que, s’ils achètent à 250 FCFA au niveau du point de collecte, nous leur remboursons la manutention, le transport, le prix de la graine et nous leur conférons une marge commerciale de 14 500 FCFA la tonne. Donc, la Sonacos est à 276 500 FCFA la tonne, premier prix. Donc, ce n’est pas 250 FCFA. Ce prix, c’est pour les intermédiaires qui sont les Ops confrontés aux démarcheurs des chinois en brousse si les autres augmentent le prix, eux ils augmentent le prix pour s’approvisionner, mais malheureusement à ces prix-là s’ils prennent pour un prix fort, ils ne peuvent pas revenir le revendre à la Sonacos à perte. La Sonacos aussi ne peut pas acheter à perte », renseigne-t-il.
Samuel soutient que les ministères interpellés n’ont pas fait leur travail. « Je pense que tous ces ministères interpellés n’ont pas encore fait leur travail. Et nous n’allons pas rester-là les bras croisés et regarder à ce que d’ici l’année prochaine on ferme l’industrie locale », soutient Samuel Ndour.
« Notre plan d’action, c’est de continuer la communication jusqu’à vendredi. A partir de la semaine prochaine faire un point de presse à Dakar pour interpeller ces derniers et dégager un plan de riposte. Parce que le ministère du commerce qui délivre les bons de sortie. Le ministère de l’agriculture, nous dépendons de lui, c’est dû prendre notre défense, mais on ne l’entend pas », annonce M. Ndour.

